Le Petit Parisien Ronis Willy

Le Petit Parisien

Photographie issue de l’album no 3 de Willy Ronis

Auteur

Dimensions

H. 24,2 cm ; L. 19,4 cm

Provenance

Technique

Photographie

Matériaux

Tirage gélatino-argentique sur papier baryté

Datation

1952

Lieu de conservation

France, Charenton-le-Pont, médiathèque du Patrimoine et de la Photographie (MPP)

En quoi cette photographie traduit-elle l’esprit de l’après-guerre ?

Willy Ronis naît à Paris en 1910. Ses parents, ukrainiens, ont immigré pour échapper aux pogroms. Si, dans un premier temps, le jeune Willy se destine à la musique, il finit par marcher dans les pas de son père, photographe traditionnel dont il reprend le studio parisien en 1936. Il deviendra l'un des plus grands photographes de l'école française de l'après-guerre, aux côtés de Robert Doisneau (1912-1994), Izis (1911-1980) ou encore Édouard Boubat (1923-1999).

Cette photographie d'un petit Parisien image principale, prise en 1952, est l'un de ses clichés les plus célèbres. On y aperçoit un petit garçon courant allègrement sur un trottoir ensoleillé, une longue baguette de pain sous le bras image b. Celle-ci constitue l'élément majeur de la composition, structurée par les lignes architecturales qui l'entourent. L'enfant, suspendu dans les airs, semble sauter par-dessus son ombre image c, dont la forme et la position indiquent que le soleil est au zénith et qu'il est midi. Tout sourire image d, l'enfant se précipite vers un avenir heureux.

Une image emblématique du travail de Willy Ronis après-guerre

Cette vision radieuse correspond à la nouvelle période qui s'ouvre, celle d'un bonheur de vivre retrouvé.

Durant la seconde guerre mondiale, en raison de ses origines juives, Willy Ronis doit partiellement suspendre son activité de photographe et se réfugier dans le Sud de la France. À la Libération, il entre à l'agence Rapho et réalise alors de nombreux reportages, dont Revoir Paris. Ce projet raconte le retour d'un Français à Paris, redécouvrant sa ville et ses particularités après avoir vécu quinze ans à New York. C'est dans le cadre de ce reportage que, désireux de porter à l'image la baguette de pain, Willy Ronis photographie ce petit garçon, cliché qui deviendra emblématique de son œuvre. C'est l'occasion pour lui d'observer avec une grande tendresse, à travers son objectif, la vie quotidienne des familles françaises et de témoigner de ce monde désormais en paix. Willy Ronis s'inscrit dans une tradition de la photographie remontant au XIXe siècle, en particulier à Charles Nègre qui, avec sa série des petits métiers image 1, avait voulu rendre l'instantané de la vie quotidienne parisienne image 1. Ronis s'éloigne néanmoins du reportage strictement objectif pour s'engager plus avant et montrer un avenir meilleur auquel il croit et qu'il interprète au travers de l'enfance heureuse.

Un regard humaniste

L'œuvre de Willy Ronis se caractérise surtout par sa dimension humaniste. Le photographe porte sur le monde qui l'entoure un regard bienveillant on perçoit en effet dans ses clichés tout son amour des gens. À l'opposé de la photographie conventionnelle pratiquée par son père, Willy Ronis considère que l'acte de photographier est une rencontre : en saisissant l'instant, il nous offre sa vision de l'autre et du monde, dont émane une foi profonde en l'humanité.

Dans les années 1930, son empathie naturelle et son intérêt pour le monde ouvrier l'amènent à couvrir les événements qui se déroulent dans les rues et les usines. Il défend ce milieu prolétaire. Grèves et manifestations sont alors au cœur de son travail image 3. Willy Ronis adhère d'ailleurs au Parti communiste français en 1945, dont il restera membre jusqu'en 1964.

Dans Le Petit Parisien, Willy Ronis évoque, comme André Kertész image 2, le Paris populaire. Mais ce n'est plus le gamin d'avant-guerre qui marche l'artiste photographe fait sa mise en scène. Il opte pour le mouvement et l'élan de la course. Il choisit son modèle et, certainement avec une volonté politique marquée d'un idéal communiste, offre au petit garçon souriant le rôle d'annoncer les jours heureux à venir.

Une mise en scène inhabituelle pour Willy Ronis

Un témoignage de Willy Ronis nous raconte le contexte de la création de la photographie du Petit Parisien : « Il était midi, je suis allé dans mon quartier rôder du côté d'une boulangerie. Dans la queue, j'ai vu ce petit garçon, avec sa grand-mère, qui attendait son tour. Il était charmant, avec un petit air déluré image d. J'ai demandé à sa grand-mère : “S'il-vous-plaît, Madame, est-ce que vous m'autoriseriez à photographier ce petit garçon quand il sortira avec son pain ? J'aimerais bien le voir courir avec son pain sous le bras. — Mais oui, bien sûr, si ça vous amuse, pourquoi pas ?” Je me suis posté un peu plus loin, j'ai attendu. Il a acheté son pain et il a couru, de façon si gracieuse et si vivante. Je l'ai fait courir trois fois, sur quelques mètres, pour avoir la meilleure photo. »

Cette mise en scène est en fait assez exceptionnelle dans le travail de Willy Ronis, qui reconnaît lui-même une « petite entrave » à sa pratique habituelle. En effet, le photographe a coutume de flâner dans les rues en se laissant guider par le son et la lumière, son appareil déjà préparé, avec un réglage moyen correspondant aux cas les plus fréquents de prises de vue, prêt à saisir ce qu'il nomme les « cadeaux du hasard ». L'un de ses clichés les plus fameux, La Péniche aux enfants image 4, résulte de l'un de ces « cadeaux du hasard ».

Le travail de Willy Ronis aura une portée internationale. Il devient notamment le premier photographe français à travailler pour le magazine Life. Parallèlement, il enseigne la photographie et milite afin de la faire reconnaître comme discipline artistique.

En 1972, Willy Ronis arrête le photojournalisme. Les années qui suivent sont très difficiles pour lui sur le plan financier. Après avoir reçu le prix Nadar en 1981, le photographe décide d'offrir son œuvre à la France par legs successifs. En retour, l'État français garantit son logement et prend en charge son loyer jusqu'à la fin de ses jours. À cette occasion, il sélectionne ses meilleurs clichés et les classe par albums qui deviennent son testament photographique.

Véronique Duprat-Roumier

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/le-petit-parisien

Publié le 25/11/2020

Ressources

« Willy Ronis, l’instant du déclic (1910-2009) » sur France Culture

https://www.franceculture.fr/emissions/une-vie-une-oeuvre/willy-ronis-1910-2009-linstant-du-declic

La naissance du cliché Le Petit Parisien relatée par Willy Ronis dans l’article « Ce jour-là, moi, Willy Ronis (2/2) » publié dans Télérama

https://www.telerama.fr/scenes/ce-jour-la-moi-willy-ronis-2-2,47189.php

Glossaire

Humanisme : Mouvement de la pensée qui se développe au cours de la Renaissance et qui met au cœur de ses valeurs la personne humaine, sa dignité et son épanouissement, accompagné d’un retour aux sources gréco-latines

Composition : Manière de disposer des figures, des motifs ou des couleurs dans l’élaboration d’une œuvre.