Alignements de Carnac

Alignements de Carnac

Auteur

Dimensions

Provenance

Technique

Matériaux

granit, schiste, quartz

Datation

4000-1000 av. J.-C.

Lieu de conservation

Carnac, Bretagne

Carnac : un lieu pour les dieux ? Un calendrier solaire ?

Carnac, une petite ville de Bretagne dont le nom celte signifie « lieu où il y a des monticules de pierres », abrite le plus grand site mégalithique au monde [ image principale ]. Trois mille pierres levées, constituant plusieurs ensembles, se déploient les unes derrière les autres du nord-est vers le sud-ouest. Les réalisations artistiques spectaculaires entourées de mystère ont toujours fasciné les hommes. C'est en partie ce qui explique le succès des alignements mégalithiques de Carnac.

Menhir, dolmen, alignement, cromlech…

Le terme « mégalithe », du grec megas – grand – et lithos – pierre, désigne un monument réalisé avec de grosses pierres brutes, levées ou superposées. Si les mégalithes peuplent toute la surface du globe, c'est en Europe qu'ils se concentrent, ce près des côtes atlantiques et de la Manche, mais aussi en Corse et en Sardaigne. Les mégalithes se divisent en plusieurs types : les menhirs et les dolmens sont les plus répandus. Les menhirs sont des pierres dressées fichées dans le sol. Disposés en ligne, les menhirs forment des alignements [ détail b ] regroupés en cercle ou en demi-cercle, ils constituent des cromlechs. Le dolmen [ détail c ], « table de pierre » en breton, est composé de dalles monumentales assemblées sans l'aide de ciment ou de mortier il a pu servir de tombeau.

L'œuvre d'hommes sédentarisés

Il y a environ 10 000 ans, à la faveur d'un climat plus doux, la nature change d'aspect : les forêts tempérées se développent, les grands animaux se déplacent vers le cercle polaire ou disparaissent, et les groupes humains s'adaptent à l'apparition d'une faune et d'une flore nouvelles. La période néolithique est marquée par une transformation totale de leur mode de vie : ils se sédentarisent et « inventent » l'agriculture et l'élevage. Pour construire leurs maisons, les hommes abattent des arbres grâce à un nouvel outil : la hache en pierre polie. Ils enterrent leurs morts dans des nécropoles situées à l'extérieur des villages et réalisent de grands sanctuaires à l'aide de pierres dressées. Acheminer ces blocs de pierre de plusieurs tonnes jusqu'à leur destination constituait un véritable travail de forçat : les hommes du Néolithique ont dû les tirer avec des cordes pour les faire rouler sur un chemin de gros rondins de bois placés sur le sol, puis ils les ont fait basculer dans une fosse ensuite remplie de terre.

Des pierres par milliers

Le site de Carnac présente plusieurs alignements et cromlechs qui se visitent d'est en ouest : Kerlescan, Kermanio, le Petit Ménec et le Ménec. Ce dernier, avec ses 1 099 menhirs alignés sur 11 files et ses deux cromlechs qui délimitent à chaque extrémité l'espace sacré, est le plus étendu. Mais les menhirs de Carnac ne font pas tous partie d'un alignement. Un menhir en particulier se distingue par sa taille et par sa position : c'est le Géant du Manio qui culmine à 6,50 mètres, isolé au milieu d'une clairière. Ce menhir intrigue d'autant plus qu'il est gravé de cinq serpents et qu'on a retrouvé, enterrées à son pied, cinq haches polies.

Légende et repères pour marins

Pendant longtemps, les raisons et les significations profondes de ces champs de pierres sont restées obscures, mais des légendes n'ont pas tardé à se répandre pour expliquer leur origine, comme celle de saint Cornely aux premiers siècles du christianisme. Ce pape, persécuté par un empereur romain, aurait quitté Rome avec deux bœufs portant ses bagages. Arrivé en Bretagne, acculé à la mer par les soldats païens, il se serait caché dans l'oreille de l'un de ses bovidés et aurait transformé les légions romaines en menhirs. Néanmoins, au-delà de la fable, les alignements de Carnac ont trouvé une véritable utilité dans la vie quotidienne : les menhirs servaient autrefois de repères visuels pour les marins naviguant au large des côtes bretonnes.

Un secret bien préservé

Au fil du temps, des personnes se sont passionnées pour la question : en 1750, le comte de Caylus juge la réalisation de ces alignements antérieure à la période gallo-romaine et pense qu'elle pourrait remonter aux Celtes. Et si Gustave Flaubert, en visite dans la région, note simplement que « ce sont de grosses pierres », Victor Hugo s'en inspire dans le dernier poème des Contemplations, « Ce que dit la bouche d'ombre ». Au XIXe siècle, les recherches s'accélèrent. Zacharie Le Rouzic étudie le site et multiplie fouilles et publications ses travaux assurent la protection des alignements de Carnac. Aujourd'hui encore, nous ne savons toujours pas ce qui a conduit les hommes du Néolithique à construire de tels ensembles. Comme ils sont orientés selon la position du soleil lors des solstices d'hiver et d'été, on pense qu'ils sont certainement liés à l'étude des phénomènes astronomiques et aux rythmes de la vie agricole. Les cromlechs ont peut-être été élevés par les paysans du Néolithique comme des sanctuaires dédiés au soleil, et les alignements comme des voies sacrées pour y accéder.

Si les « sombres bataillons de pierre » n'ont toujours pas livré leurs secrets, on reste confondu d'admiration devant ces pierres dirigées vers le ciel qui semblent jaillir du sol. Entourées de légendes souvent tragiques, ces prouesses architecturales impressionnent et clôturent avec éclat les temps préhistoriques.

Véronique Lamère

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/alignements-de-carnac

Publié le 09/11/2011

Glossaire

Néolithique : En Europe occidentale, le Néolithique s’étend entre 6000 et 2000 av. J.-C. environ. Il se caractérise par la sédentarisation des groupes humains, l’apparition de l’agriculture, de l’élevage et des arts du feu.

Celtes : Populations de l’âge du fer qui ont occupé une partie de l’Europe de l’Ouest, notamment la Gaule, dans la seconde moitié du premier millénaire avant J.-C. Leur culture s’efface peu à peu du fait de la conquête romaine, mais perdure dans les îles Britanniques jusqu’au début du Moyen Âge. Aujourd’hui encore, il en subsiste des traces.

Sanctuaire : Lieu ou édifice consacré à un culte. Le terme peut correspondre à différentes réalités selon les religions. Dans le monde grec antique, c’est un espace délimité, parfois très vaste, dédié à une divinité et comprenant l’autel pour les sacrifices, le temple et les offrandes. Dans le christianisme, il désigne plus particulièrement la partie de l’église située autour du maître-autel.

Paganisme : Pour les chrétiens, le terme « paganisme » désigne l’ensemble des « païens », c’est-à-dire tous ceux qui ne pratiquent pas une religion du Livre.

Gallo-romain : Pour la France, l’époque gallo-romaine est la période qui va de la conquête de la Gaule par Jules César (52 av. J.-C.) à celle des Francs (Ve siècle).