Allégorie de la Foi et du Mépris des Richesses Vouet Simon

Allégorie de la Foi et du Mépris des Richesses

Auteur

Dimensions

H. : 170 cm ; L. : 125 cm

Provenance

Technique

Peinture

Matériaux

Huile sur toile

Datation

1638-1640

Lieu de conservation

France, Paris, musée du Louvre

Qui est cette allégorie ? Que représente-t-elle ?

L’Allégorie de la richesse image principale est une œuvre baroque peinte vers 1630-1635 par Simon Vouet. Sa provenance est incertaine. 

Faisait-elle partie d’un ensemble décoratif ornant l’une des pièces du château Neuf de Saint-Germain-en-Laye (désigné simplement sous le nom de château Neuf) ? Était-elle associée à deux autres œuvres présentées également au Louvre, La Vertu image 1 et La Charité image 2 ? La seule certitude est que le tableau se trouve en 1706 au cabinet de la surintendance à Versailles et qu’à partir de cette date, il est traité comme un tableau indépendant. 

La période italienne 

Attirés de toute l’Europe par les vestiges de l’Antiquité et les œuvres de la Renaissance, de nombreux artistes se rendent en Italie, et notamment à Rome, entre le XVIIe et le XIXe siècle. Simon Vouet y réside quinze ans, entre 1612 et 1627. Il est en contact avec les représentants du baroque italien : Caravage, Le Bernin

Caravage vient de révolutionner l’art de peindre en abandonnant le maniérisme pour un réalisme aux contrastes puissants image 3. Vouet s’imprègne de ce mouvement et réussit brillamment à s’imposer sur la scène italienne. Son œuvre Saint Jérôme et l’Ange image 4 en est un exemple. On y retrouve la ténébrosité du Caravage. Sous le pontificat d’Urbain VIII, Vouet devient l’un des premiers peintres de la Ville éternelle. Ses œuvres à Rome sont nombreuses. En 1624, il est élu à la charge de « prince » (directeur) de l’Académie romaine de Saint-Luc, fait exceptionnel pour un artiste qui n’est pas de nationalité italienne. 

Puis sa gamme chromatique évolue. Les tons chauds prennent le dessus ; il peint dans un style plus décoratif, plus élégant, dont il impose la formule à son retour d’Italie. En 1627, Simon Vouet, malgré sa renommée, rentre à Paris. 

La période française 

C’est donc à un artiste à la réputation bien établie que Louis XIII confie d’importants travaux. Simon Vouet est revenu à un moment propice. Paris prospère. L’entourage du roi bâtit et fait décorer avec faste ses hôtels. Vouet met en place un important atelier destiné à le seconder dans ses travaux, atelier où seront formés presque tous les grands peintres de la génération suivante, comme Le Sueur et Le Brun. Il introduit les figures allégoriques dans les décors. 

Une allégorie imposante 

Une femme ailée de forme monumentale occupe le centre de la composition image principale. Ses ailes représentent sa capacité à s’élever au-dessus du commun. Elle représente la figure allégorique de la Foi couronnée de lauriers détail b. Le laurier est un arbre au feuillage persistant, symbolisant de ce fait l’invincibilité. Elle enserre tendrement l’Amour céleste détail c qui par son geste et son regard désigne le ciel. L’envol du drapé doré recouvrant son épaule unit les deux personnages. Elle n’accorde aucun intérêt aux objets précieux détail d (bijoux, aiguières en or ciselé) qu’un ange lui propose, signifiant ainsi que les biens célestes doivent être préférés aux richesses terrestres. Sur l’Amour terrestre plane l’aile aux couleurs sombres de cette imposante figure féminine. 

La foi symbolise ici l'Éternité. Elle apporte la valeur du durable, du spirituel et de la vérité en opposition à l’éclat séduisant mais éphémère des richesses terrestres. C’est ce contraste que Simon Vouet met en scène pour inviter le spectateur à réfléchir à la vraie nature de la richesse. Elle relie ici l’être humain. Par ce lien, elle donne accès aux réalités éternelles, le salut, la vie après la mort. Dans la pensée chrétienne, la Foi mène à l'Éternité. À ses pieds est posé un livre, symbole de la connaissance détail e

Tout est emphase. Le peintre met l’accent sur le drapé aux plis profonds et sinueux qui enveloppe les deux personnages et renforce ainsi leur proximité. La lumière éclaire les corps, mettant en valeur le profil de la Foi et sa peau blanche détail b ; elle joue sur les couleurs du drapé aux tons chauds jaune et orangé. Ces couleurs font écho à la chevelure des enfants et à divers objets posés au sol : l’aiguière, le plateau et les bijoux. 

Cesare Ripa, modèle pour les artistes 

Simon Vouet trouve son inspiration dans le recueil d’allégories Iconologia de Cesare Ripa paru en 1593. Il a été traduit en français par Jean Baudouin en 1643. Cet ouvrage est une encyclopédie où, par ordre alphabétique, sont présentées des allégories à travers une figure humaine, le plus souvent une femme, reconnaissable par divers attributs spécifiques. Le livre sert à plusieurs générations de poètes, de peintres et de sculpteurs pour représenter les vertus, les vices, les sentiments et les passions humaines. 

Même si une partie de ses grands décors sont détruits à la Révolution, Simon Vouet reste une figure fondatrice du baroque en France et en Europe.

Mots-clés

Glossaire

Art baroque : (du mot portugais « barocco »qui désigne une perle irrégulière) : Style qui se développe au XVIIe siècle en Italie, puis dans de nombreux pays européens. Parlant plus aux sentiments qu’à la raison, il privilégie l’exubérance des formes, la représentation du mouvement et les effets de surprise. Il fait appel à tous les arts dans leur ensemble.

Maniérisme : Courant artistique né en Italie au XVIe siècle que l’on considère comme la dernière phase de la Renaissance. Il tire son nom du mot italien maniera utilisé pour désigner le style personnel d’un artiste. Pour les peintres qui se rattachent à ce courant, l’effet de style prime sur l’équilibre et l’harmonie. Ils se distinguent par une élégance du dessin, des compositions complexes privilégiant tensions et déséquilibres, une distance par rapport à l’imitation servile de la nature.

Académie de Saint-Luc : Académie des beaux-arts créée à Rome en 1577, en remplacement de l’ancienne corporation des peintres placée sous le patronage de saint Luc.