La Colonne brisée Kahlo Frida

La Colonne brisée

Auteur

Dimensions

H. : 30,5 cm ; L. : 39 cm

Provenance

Technique

Peinture

Matériaux

Huile sur toile

Datation

1944

Lieu de conservation

Mexique, Mexico, musée Dolores Olmedo

Pourquoi exposer sa douleur ?

La Colonne brisée image principale est un autoportrait de l’artiste mexicaine Frida Kahlo, peint en 1944 alors qu’elle est au paroxysme de la douleur. Dans cette huile sur toile de petit format, Frida Kahlo se met à nu et nous prend à témoin comme en un appel à la compassion. 

Regarde-moi, c’est ainsi que je suis 

Dans un style réaliste et une peinture léchée, Frida Kahlo se représente en buste, la poitrine offerte et les hanches drapées telle la Vénus de Milo image 1. À l’inverse de ses autres autoportraits chatoyants de couleurs, elle apparaît ici sans aucun apparat, les cheveux noirs en partie détachés, le visage légèrement de trois quarts. Elle nous regarde et pleure détail b. Son visage est fermé, comme crispé par la douleur accentuée par les clous qui la piquent, à l’image des flèches qui transpercent le corps de saint Sébastien image 2. À l’instar de celui-ci, Frida vit le martyre. À même sa peau brune, un corset de lanières de cuir blanc l’enserre sans pour autant contenir sa chair, qui se fend sur toute sa longueur détail c. Frida représente sa colonne vertébrale comme une colonne antique cannelée à chapiteau ionique, brisée de toutes parts. Vestige puissant, cette colonne témoigne de la ruine de son corps détail c. Malgré cette plaie béante, le sang de Frida ne coule pas, il s’est retiré, comme la vie dans le paysage volcanique des jardins del Pedregal. La présence de l’eau dans le lointain de ce paysage aride a une charge symbolique forte détail d. L’eau est source de vie et Frida l’exprime dans Ce que l’eau m’a donné en 1938 . 

« Je ne suis pas morte et, de plus, maintenant, j’ai quelque chose qui me fait vivre : la peinture » 

Magdalena Carmen Frieda est née en juillet 1907 à Coyoacán, non loin de Mexico image 7. De père allemand, Wilhelm Kahlo, et de mère hispano-mexicaine, cette troisième enfant du couple s’inventera une nouvelle date de naissance en 1910, date de la Révolution mexicaine, et se renommera Frida et non Frieda, « paix » en allemand, au moment de la montée du nazisme. 

Le chemin de croix de Frida commence à l’âge de 6 ans, lorsqu’elle est frappée par la poliomyélite. Son corps diminué et sa jambe droite atrophiée lui valent le surnom de « Frida pata de palo » (Frida jambe de bois) par les autres enfants. De sa différence, elle se forge un caractère volontaire et indomptable. Bien que formée au métier de photographe par son père, Frida entre à l’École nationale préparatoire de Mexico à l’âge de 15 ans dans le but de devenir médecin. Elle fait partie des 35 filles de l’institution qui compte 2 000 élèves. Brillante et politisée, Frida est membre des « Cachuchas » (les casquettes), joyeux étudiants provocateurs et volontiers farceurs. C’est à cette époque qu’elle observe longuement le muraliste Diego Rivera travailler à une fresque au sein de son école. Pour Frida, ce qui « fut la seule période heureuse de sa vie » s’achève. 

Victime d’un terrible accident entre un tramway et un bus image 3 dans lequel elle se trouve, Frida est brisée par de multiples fractures. Une rampe de métal transperce son corps. La jeune femme va subir un calvaire indescriptible qui lui vaudra de nombreuses opérations chirurgicales et le port de corsets tout au long de sa vie. 

Dans la solitude de sa convalescence, Frida, alitée, découvre la peinture grâce à sa mère et en fait un exutoire. Par un système de support mobile et un miroir fixé au ciel de son baldaquin, Frida peint ses premiers autoportraits, qui seront une constante de son œuvre. 

L’autoportrait ou la conquête d’une identité nationale

En 1928, l‘artiste débutante montre ses peintures à Diego Rivera, qui écrira dans son autobiographie My Art, My Life : « Les toiles révélaient une énergie expressive peu commune. » De cette rencontre naît un mariage tumultueux et passionné entre l’« Éléphant » et la « Colombe »

Avec Diego, de vingt ans son aîné, Frida part pour les États-Unis. Si Diego croit en l’alliance entre l’Amérique du Nord industrialisée et l’Amérique du Sud comme la racine du continent, Frida, elle, voit dans les USA, une civilisation mortifère. En réaction, Frida Kahlo s’impose par sa mexicanité. À présent, elle porte le rebozo (une grande étole) et la robe traditionnelle tehuana. Les cheveux en couronne tressée piquée de fleurs, des boucles aux oreilles ou des perles de pierres précieuses mexicaines autour du cou, c’est ainsi que Frida Kahlo élève son identité au rang d’icône mexicaine image 4

Nourrie de culture classique et de culture préhispanique, d’athéisme et de religiosité, Frida est le reflet de son pays. 

Une œuvre sans détour 

La permanence de la souffrance physique et morale et l’omniprésence du monde médical dans sa vie ont donné à Frida Kahlo un regard cru, à la manière d’un diagnostic froid et réaliste. Elle aborde frontalement des sujets que nul autre, et encore moins une femme, n’avait exposés jusqu’alors. En 1939, même les surréalistes parisiens, avec à leur tête André Breton, n’osent montrer toutes ses œuvres. Son corps de femme, sa naissance, la violence conjugale jusqu’au féminicide image 5, l’avortement image 6, l’alcoolisme ou encore le suicide n’ont rien d’un tabou pour elle. Frida bouscule la société bourgeoise et puritaine. L’exhibition des maux immuables de l’humanité par l’artiste a une fonction cathartique et salvatrice. Ces sujets traités sous l’apparence d’ex-voto ouvrent à l’espérance d’une réparation. 

En avril 1953, Frida est consacrée par une rétrospective à Mexico. Extrêmement faible, elle participe au vernissage alitée. Amputée de sa jambe droite jusqu’au genou en août, Frida s’amenuise. Un an plus tard, l’artiste trouve la force de manifester contre l’intervention de la CIA au Guatemala. Hélas, elle contracte une pneumonie qui l’emporte le 13 juillet 1954 à la Casa Azul, depuis devenue musée Frida Kahlo.

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Mots-clés

Catherine Lemaire

Permalien : http://panoramadelart.com/analyse/la-colonne-brisee

Publié le 08/06/2026

Glossaire

Ex-voto : Objet offert à une divinité et placé dans un lieu de culte pour la remercier d’un bienfait ou en solliciter un.

Surréalisme : Courant artistique très lié à la littérature, qui se développe à partir des années 1920. En 1924, André Breton définit le surréalisme comme un « automatisme pur », une « dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison ».