La Danse Matisse Henri

La Danse

Auteur

Dimensions

H. : 260 cm ; L. : 391 cm

Provenance

Technique

Peinture

Matériaux

Huile sur toile

Datation

1909-1910

Lieu de conservation

Russie, Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage

En quoi le collectionneur est-il essentiel à l’artiste ?

La Danse image principale est une huile sur toile peinte par Henri Matisse en 1909 à la demande du collectionneur russe Sergueï Chtchoukine. Cette œuvre monumentale au dessin synthétique est composée de trois couleurs. Elle est accompagnée de son pendant : La Musique image 1

Henri Matisse 

Le peintre image 2 de la couleur pure est un homme du Nord, né au Cateau-Cambrésis le 31 décembre 1869. C’est à Bohain-en-Vermandois, petite ville dédiée à l’industrie textile, qu’Henri grandit dans une famille de grainiers. Tombé gravement malade à 20 ans, retranché dans sa chambre, il s’adonne à la peinture et se détourne de la carrière de clerc de notaire à laquelle il était promis. Rétabli, Matisse s’inscrit dans une école de dessin décoratif et d’ornement pour l’industrie textile. Il entre aux arts décoratifs de Paris, puis dans l’atelier de Gustave Moreau. Le vieux maître lui prédit : « Vous allez simplifier la peinture. » À la fin des années 1890, Matisse découvre les impressionnistes et la lumière du sud ; en résulte une nouvelle approche de la couleur : le pointillisme image 3. À Collioure, la couleur pure et vive se répand sur la toile en larges aplats : ces œuvres exposées au Salon d’automne de 1905 au Grand Palais font naître le fauvisme. Au Salon des indépendants de 1906, Matisse n’expose qu’une toile qui exacerbe les passions, horrifie ou fascine : Le Bonheur de vivre image 4 est un paradis habité de corps alanguis, d’amoureux enlacés et de musiciens. Au centre de la composition, on observe une farandole de danseurs image 5 qui sera aux origines de La Danse de 1909 image principale

Achetée par le collectionneur américain Leo Stein, Le Bonheur de vivre image 4 est selon lui l’œuvre « la plus importante de notre temps ». Au Salon, un autre visiteur, le Russe Sergueï Chtchoukine image 6, est bouleversé par cette toile. Après l’avoir revue chez Stein, il se rend à l’atelier de Matisse pour lui acheter sa première toile image 7. Dès lors, Chtchoukine devient un soutien indéfectible de Matisse. 

Sergueï Chtchoukine 

Puissant industriel du textile, Chtchoukine image 6 a formé son jugement esthétique au contact des tissus. Homme d’affaires redoutable, traversé de drames familiaux, Chtchoukine trouve refuge dans l’art. Fidèle des salons et galeries parisiennes, Chtchoukine, comme son compatriote Morozov, introduit l’avant-garde française en Russie. Dans son palais moscovite du XVIIIe siècle, qu’il ouvre aux artistes, à « la bonne société » et gratuitement le dimanche au public, il expose, entre autres et non sans courage, les précurseurs de l’art moderne : Monet, Cézanne, Gauguin, Van Gogh, Picasso et, au-dessus de tous, Henri Matisse. Chtchoukine crée ainsi le premier musée d’art moderne occidental de Russie. En 1907, il lègue par testament toute sa collection à la ville de Moscou. 

Le peintre et son collectionneur : la naissance de La Danse 

En 1909, Chtchoukine, inspiré par les œuvres du cycle portant sur « l’âge d’or » de l’humanité, telles que Jeu de boules image 8 et Nymphe et Satyre image 9, désire voir aux murs de l’escalier d’honneur du palais Troubetskoï un grand panneau décoratif représentant une danse. Pour Matisse et Chtchoukine, il n’y a rien de péjoratif dans le décoratif, car leur vision de l’art est totale. Les dimensions de l’œuvre (260 × 391 cm) sont aussi monumentales que l’escalier. D’abord, Matisse envoie de Paris une esquisse à Chtchoukine, qui hésite devant la nudité des figures. Mais le collectionneur va sacrifier ses peurs au nom de l’art : Matisse peut continuer. Dans une première étude à grande échelle, La Danse I, il capture le mouvement joyeux d’une farandole. Pour donner du rythme, Matisse peint en chantant les airs entendus au Moulin de la Galette. Ici, le trait s’efface devant la couleur : les silhouettes roses de cinq femmes composent une ronde tournoyante. Lorsque Chtchoukine lève le regard sur la version finale de La Danse image principale, accrochée au mur de son escalier, les nus sont rouges et se découpent sur un ciel bleu. Les bras forment un cœur et répondent au mouvement de la colline verte. Ces couleurs complémentaires intenses et franches font tourner la roue chromatique. L’anatomie des silhouettes aux lignes plus marquées accentue l’élan des corps. 

Épurée et harmonieuse, La Danse image principale dionysiaque fait écho à son pendant La Musique image 1. Sur cette toile figurent également cinq personnages rouges, cette fois immobiles, sur un fond vert qui écrase le ciel bleu. Seul le violoniste est debout. Un joueur d’aulos, flûte antique, est assis en tailleur alors que trois autres figures, recroquevillées, semblent hypnotisées par la mélodie. Le violoniste, comme le peintre, orchestre l’harmonie. « J’espère que j’apprendrai à l’aimer ». Dans sa correspondance, le collectionneur ne cache pas son trouble auprès de son peintre. Il doit apprivoiser l’œuvre, apprendre à vivre avec. 

Chtchoukine, malgré les critiques, renouvelle sa confiance en Matisse qui pour lui est l’avenir. En 1911, il invite Matisse à Moscou, qui réorganise l’accrochage de ses œuvres dans le salon rose, en créant une muséographie chromatique faisant fi des décors baroques. Il crée d’autres œuvres pour le palais (La Desserte rouge image 10). 

La Danse elle-même sera mise en abyme dans d’autres compositions du peintre. Le tableau dans le tableau est célébré dans Nature morte à La Danse image 11 (1909), Les Capucines à La Danse et Les Capucines à La Danse II (1912). 

Destin d’une collection 

La révolution bolchévique de 1917 fait tout perdre à Chtchoukine. Alors qu’il est exilé à Paris, sa collection et son palais Troubetskoï deviennent « musée de la peinture moderne occidentale ». Jusqu’en 1923, la collection s’enrichit positivement et devient le premier musée d’art moderne au monde. Mais en 1928, le déménagement de la collection et sa fusion avec celle de Morozov décident Sergueï à révoquer son testament en faveur de la ville de Moscou. La collection finit par être dispersée entre le musée de l’Ermitage à Leningrad (Saint-Pétersbourg) et le musée Pouchkine à Moscou. En 1936, le « Patron de l’art moderne » s’éteint à Paris, loin de ses œuvres et de La Danse image principale qui seront soustraits au public pour de nombreuses décennies par la volonté de Joseph Staline. 

Matisse et la danse 

En 1909, les représentations des Ballets russes de Serge de Diaghilev au théâtre du Châtelet, à Paris, sont une révélation pour Matisse, qui voit en la danse la synthèse de tous les arts. En 1920, il crée pour la compagnie les décors et costumes du Chant du Rossignol image 12. Le thème de la danse ne quitte pas Matisse, qui le choisit en 1930 pour la fondation Barnes aux États-Unis. Alfred Barnes possède alors la plus grande collection au monde de Renoir. Matisse, qui admire Renoir, lui rend hommage en s’inspirant de ses baigneuses et en citant à nouveau la farandole du Bonheur de vivre, qui se trouve alors dans la collection de Barnes. Pour élaborer son programme décoratif monumental, Matisse innove en mettant en œuvre une nouvelle technique. Il punaise sur la toile des formes de papiers qu’il a découpés après les avoir peints dans différentes couleurs, afin de les repositionner jusqu’à obtenir une composition harmonieuse. Ce moyen lui permet de déjouer son épuisement physique et lui ouvre un nouveau champ d’exploration esthétique. 

En découpant à vif dans la couleur des papiers gouachés, Matisse dessine aux ciseaux et réalise la prophétie de Gustave Moreau. Sans les aspirations de ses collectionneurs, Henri Matisse n’aurait sans doute pas pu atteindre la simple et noble monumentalité d’un art qui connaît son apogée à la fin de sa vie, dans la création de la chapelle de Saint-Paul de Vence image 13.

Mots-clés

Catherine Lemaire

Permalien : http://panoramadelart.com/analyse/la-danse-0

Publié le 22/05/2026

Glossaire

Fauvisme : Les Fauves sont les artistes qui, à leurs débuts, dans les dix premières années du XXe siècle, explorent dans leur peinture le potentiel expressif des couleurs pures sans se soucier d’imiter la nature. L’expression « Fauves » est apparue en 1905 sous la plume d’un critique, exaspéré par la liberté que ces artistes prennent quant aux conventions : l’association sauvage des couleurs, leur tonalité criarde, évoquent pour lui le rugissement d’un fauve. Les représentants les plus célèbres de ce courant baptisé aussi le fauvisme sont Henri Matisse, André Derain et Maurice de Vlaminck.

Pointillisme : Technique picturale qui consiste à appliquer sur le tableau de petits points colorés.

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