La Nuit étoilée Van Gogh Vincent

La Nuit étoilée

Dimensions

H : 73 cm ; L: 92 cm

Provenance

Technique

Peinture

Matériaux

Huile sur toile

Datation

1888

Lieu de conservation

France, Paris, musée d’Orsay

Ce paysage nocturne est-il réel ou rêvé ?

En 1886, Vincent Van Gogh quitte Amsterdam pour s’installer à Paris, sur la butte Montmartre. Le peintre y découvre avec enthousiasme les couleurs solaires des impressionnistes et les touches pointillées des néo-impressionnistes, lors de la dernière exposition du groupe. Il abandonne alors ses teintes terreuses pour celles éclatantes de ces artistes modernes.

Désireux de nouvelles sources d’inspiration, il choisit de se rendre dans le Sud, à Arles, en février 1888. Il y arrive après seize heures de train, découvre la ville sous la neige ainsi que la lumière éclatante de la Provence. Quelques mois plus tard, en septembre 1888, le peintre se rend de nuit sur les bords du Rhône, à quelques minutes de la Maison jaune, où il habite, et peint La Nuit étoilée image principale.

Peindre la nuit provençale : genèse d’un motif

Comment le peintre en est-il arrivé à la peinture de ce motif ? Le 12 avril, Van Gogh écrit au peintre Émile Bernard : « Un ciel étoilé par exemple, tiens, c’est une chose que je voudrais essayer de faire de même que le jour j’essaierai à peindre une verte prairie étoilée de pissenlits. »

Mi-juin, Van Gogh fait la connaissance du peintre impressionniste belge Eugène Boch (1855-1941), qui vient passer quelques semaines à Fontvieille, près d’Arles.

Le 18 août, il fait part à son frère d’une idée : « Je voudrais faire le portrait d’un vrai artiste qui rêve de grands rêves, qui travaille comme le rossignol chante parce que c’est ainsi sa nature. »

En voulant peindre le portrait idéal d’un « poète », Vincent amorce un passage à l’acte. Le décor, autour de la figure du peintre, est une nuit étoilée image 1. Avec son bleu outremer profond et ses étoiles scintillantes, il inaugure la technique que Van Gogh utilisera pour ses futures Nuits. La seconde étape dans l’élaboration de ce motif est le tableau Terrasse de café le soir, réalisé début septembre 1888.

Une question se pose ici : les étoiles représentées sont-elles disposées au hasard, ou bien correspondent-elles à une configuration réelle du ciel nocturne ? Il semble aujourd’hui admis que, passionné d’astronomie et attentif aux études des constellations qui fleurissent à l’époque, il ait cherché à représenter un ciel réel, et non pas imaginaire.

Une nuit sur le Rhône : cartographie du ciel et du paysage

C’est en septembre 1888 que Van Gogh peint La Nuit étoilée image principale. Stupéfait par la limpidité du firmament, il écrit à son frère Théo : « Le ciel d’un bleu profond était tacheté de nuages d’un bleu plus profond que le bleu fondamental d’un cobalt intense, et d’autres d’un bleu plus clair, comme la blancheur bleue des voies lactées. Dans le fond, les étoiles scintillaient, claires, verdies, jaunes, blanches, rose plus claire, diamantée davantage comme des pierres précieuses. »

Auréolé d’étoiles aux lumières douces, le ciel de son tableau se déploie amplement, dans une symétrie parfaite avec les eaux du Rhône, égayées par les lumières de la ville.

Au premier plan, dans un coin sombre du tableau, un couple isolé se promène au bord de l’eau image b.

Au deuxième plan est peinte l’eau du Rhône, parsemée de reflets lumineux provenant des réverbères à gaz ainsi que des étoiles. Ces reflets descendants donnent une impression de mouvement image d.

Au troisième plan, les maisons fortement éclairées sont la principale source de lumière du tableau.

Le dernier plan, lui, est constitué du ciel parsemé d’étoiles image c. La Grande Ourse, avec ses sept points lumineux, est parfaitement reconnaissable. Les étoiles paraissent pâles et malades face aux lumières acides de la ville, qui empêche le spectateur de profiter pleinement des premières.

Si l’on compare le paysage actuel avec celui du tableau, on repère le positionnement exact des clochers des églises Saint-Julien et de Saint-Martin-du-Méjan et, au centre, le pont de Trinquetaille. Aujourd’hui encore, les réverbères (désormais électriques, et non plus au gaz) se reflètent sur la surface du Rhône.

Il apparaît que Van Gogh, de là où il était placé, voyait à sa gauche la ville illuminée par les réverbères, avec ses reflets sur l’aval du fleuve, et à sa droite la Grande Ourse. Des astronomes qui ont reconstitué l’état du ciel en septembre 1888 confirment la présence de cette constellation à cette date.

Van Gogh modifie cependant un peu la réalité. L’éclat des reflets des étoiles apparaît aussi intense que celui des réverbères, conférant à la toile une dimension poétique. Même si le peintre s’inspire du motif, il cherche surtout à représenter ce qu’il ressent.

Une nuit sur le Rhône : un rêve coloré

Dans sa lettre du 29 septembre à son frère Théo, Van Gogh donne une description haute en couleur de cette toile qu’il vient de terminer : « La nuit est bleue et violette, le gaz est jaune et des reflets or roux descendent jusqu’au bronze vert. Sur le champ vert du ciel, la Grande Ourse a un scintillement vert et rose dont la pâleur discrète contraste avec l’or brutal du gaz. Deux figurines colorées d’amoureux à l’avant-plan. »

Le peintre nous propose une vision toute personnelle de ce paysage, avec les lumières à gaz qui brillent d’un orange intense et se reflètent dans l’eau. Ses étoiles scintillent comme des pierres précieuses. Van Gogh utilise les lois de l’optique pour faire vibrer les couleurs dans l’œil du spectateur en juxtaposant les complémentaires orangé et bleu.

Sa touche est très particulière. La toile a été réalisée au couteau. Avec de brefs coups de couteau à palette, Van Gogh invente une manière de peindre. Il juxtapose les tons comme le faisaient les impressionnistes, mais avec une pâte épaisse, comme s’il sculptait la couleur.

Une voûte étoilée comme reflet de l’âme

Les symbolistes image 3, contemporains de Van Gogh, s’intéressent au rêve et au mystère de la nuit. Depuis des siècles, la voûte céleste est synonyme d’ordre et de beauté pour l’homme. Les étoiles peintes par l’artiste sont comme des évocations de la puissance et du réconfort divins.

Le couple d’amoureux image b au premier plan du tableau paraît minuscule par rapport à l’immensité du ciel. Celui-ci prend plus de puissance encore dans cette nuit merveilleuse. L’homme porte un chapeau de paille jaune comme celui de Van Gogh quand il part peindre sur le motif. Serait-ce un autoportrait ?

L’atmosphère du tableau est méditative, comme dans l’art japonais. Le peintre parle d’ailleurs souvent dans ses lettres de son « œil japonais », un œil empreint de poésie. Les couleurs, la composition, la circulation du regard mais aussi l’émotion, tout nous conduit vers une vision poétique et quasi religieuse de cette douce nuit.

La nature et le paysage ont chez Van Gogh une fonction cathartique qui permet à l’artiste de déposer ses émotions dans la peinture. En effet, les tableaux de Van Gogh, en particulier à la fin de sa vie, sont l’expression de son état intérieur et de sa subjectivité. Ses paysages deviennent des portraits de son âme.

Peu après la peinture de ce tableau, Van Gogh quitte Arles pour Saint-Rémy-de-Provence, car sa santé mentale décline. Il y peint une seconde nuit étoilée (La Nuit étoilée, 1889, Museum of Modern Art, New York). Dans ce tableau, qui est une variation du premier, les lumières de la ville ont disparu. Seul demeure le scintillement des étoiles. Pourtant, cette seconde nuit semble beaucoup plus inquiétante et mélancolique que la première, si tranquille, si calme, si sereine.

Les Nuits étoilées de Van Gogh

L'Art en Question 1 - VAN GOGH : La Nuit étoilée

Marie-Louise Schembri

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/la-nuit-etoilee

Publié le 15/08/2022

Ressources

La notice de l’œuvre sur le site du musée d’Orsay

https://www.musee-orsay.fr/fr/oeuvres/la-nuit-etoilee-78696

Glossaire

Postimpressionnisme : Au lendemain de la dernière exposition impressionniste en 1886, période durant laquelle certains artistes qui s’appuient sur les expériences et les avancées des impressionnistes s’en éloignent pour suivre une démarche propre, comme Paul Cézanne, Georges Seurat, Vincent Van Gogh ou Paul Gauguin.

Cathartique : De catharsis, qui désigne un processus mental de libération des émotions.

Symbolisme : Mouvement littéraire et artistique de la fin du XIXe siècle dont les adeptes préféraient l’évocation du monde de l’esprit à la description de la réalité.