Le Jardin chinois, Boucher François

Le Jardin chinois

Dimensions

H. 40,5 cm ; L. 48 cm

Provenance

Technique

peinture sur toile

Matériaux

Datation

1742

Lieu de conservation

Besançon, musée des Beaux-Arts et d’Archéologie

Est-ce une image réaliste de la cour de l’empereur de Chine au XVIIIe siècle ?

François Boucher est l'un des artistes les plus célèbres du règne de Louis XV. Introduit auprès du roi par madame de Pompadour, la favorite royale, il est l'un des interprètes les plus féconds de l'art rocaille français. Grand collectionneur d'objets asiatiques, Boucher contribue à diffuser la mode des « chinoiseries » [ image 1 ] . Ce goût pour l'exotisme est perceptible dans le décor des riches appartements, dans le mobilier [ image 2 ] et dans la tapisserie. Le Jardin chinois de Boucher [ image principale ] est d'ailleurs un modèle destiné à devenir une tapisserie.

Un jardin chinois de fantaisie

La scène se situe dans un jardin luxuriant, près d'un petit pavillon chinois. Assise dans un fauteuil de laque rouge à côté d'une une table de toilette, une jeune aristocrate se fait coiffer et choisit des fleurs pour sa parure.

Cette œuvre, parfois nommée « La toilette » dans certains inventaires, transpose en Chine une scène de toilette occidentale. Toutes les femmes sont de type européen [ détail b ]. Seuls les vêtements, les objets, le pavillon et les personnages masculins ont un caractère asiatique et donnent à ce tableau son atmosphère exotique.

Le tableau est une « chinoiserie » : Boucher présente une vision fantaisiste de la Chine en y mêlant des objets asiatiques de sa propre collection. L'artiste connaît bien le sujet, car il a déjà édité des gravures sur le thème de la vie quotidienne en Chine. Pour cela, il s'est inspiré de livres illustrés sur les voyages en Orient du XVIIe siècle.

Une pastorale orientale

L'intimité entre les personnages assis dans le paysage rappelle les pastorales de Boucher [ image 4 ] . Ces pastorales, issues de la tradition du paysage hollandais, montrent des scènes de vie champêtre animées par de charmants paysans aux costumes de fantaisie. Cette représentation idéalisée de la vie rurale s'inscrit dans un mouvement de retour à la nature qui prendra plus d'ampleur sous le règne de Louis XVI.

Boucher, peintre de la manufacture de Beauvais

La manufacture royale de Beauvais est créée en 1664 sur une initiative privée, pour répondre aux commandes des particuliers auxquelles ne pouvait répondre la manufacture royale des Gobelins à Paris. Au XVIIIe siècle, le peintre Jean-Baptiste Oudry, qui en est le directeur adjoint, souhaite donner un nouvel élan à la production de tapisseries de Beauvais et concurrencer les Gobelins. Il décide ainsi en 1734 d'employer un peintre talentueux, François Boucher, pour réaliser les modèles de tapisserie.

Le Jardin chinois, présenté au Salon de 1742, appartient à un ensemble de huit peintures exécutées pour servir de modèles de tapisserie. Le thème de la Chine avait déjà fait l'objet d'un tissage à la manufacture royale de Beauvais à la fin du XVIIe siècle avec la « Tenture de l'histoire de l'empereur de Chine » [ image 5 ]. La manufacture souhaitant renouveler le succès de cette première tenture sollicite Boucher pour remettre le sujet au goût du jour. Elle sélectionne six des huit modèles proposés pour former la nouvelle « Tenture chinoise », tissée de 1742 à 1746.

De la peinture à la tapisserie

Le tableau Le Jardin chinois constitue une première étape dans la réalisation de la future tapisserie. Dans un second temps, il est reproduit sur une grande toile aux dimensions de la tapisserie, appelée « carton ». Cette opération est exécutée soit par l'artiste qui a réalisé le modèle, soit par un autre peintre qui travaille à la manufacture.

Le carton est souvent moins coloré que le modèle, laissant aux liciers le soin d'interpréter les couleurs en fonction des teintures de laines disponibles. Au XVIIe siècle, Colbert impose l'utilisation de couleurs en nombre limité (bleu, rouge, jaune, fauve et noir) dont on pouvait tirer une centaine de nuances : ce sont les couleurs dites de grand teint. Cependant au XVIIIe siècle et à l'initiative d'Oudry, les manufactures élaborent des couleurs de petit teint plus nombreuses, mais peu résistantes à la lumière. Avec cette palette de 35 000 couleurs, Oudry souhaite que la tapisserie puisse rivaliser avec la grande peinture.

Boucher peint des modèles pour Beauvais jusqu'en 1755. Grâce à son imagination fertile, il fait de Beauvais l'une des manufactures les plus inventives du XVIIIe siècle. La « Tenture chinoise » est tissée au moins dix fois entre 1743 et 1775. Louis XV en offrira même une édition à l'empereur de Chine Qianlong en 1765. Elle prendra place dans l'un des pavillons du Palais d'été des empereurs de Chine, lieu où étaient envoyées les œuvres les plus précieuses. Le succès de la « Tenture chinoise » incite parallèlement la manufacture d'Aubusson à commander une réplique des cartons afin de proposer cette tapisserie à un plus large public.

Cécile Galinier

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/le-jardin-chinois

Publié le 22/09/2022

Glossaire

Tenture : Ensemble de plusieurs tapisseries, formant un cycle autour d’un thème central.

Aubusson : Depuis la fin du Moyen Âge, des tapisseries sont tissées à Aubusson. Colbert, ministre de Louis XIV, y crée en 1665 une Manufacture royale. Spécialisée dans le tissage de basse lisse, elle produit des œuvres moins prestigieuses que celles de la Manufacture royale des Gobelins, à destination d’une clientèle plus large.

Gobelins : Manufacture de meubles et de tapisseries créée à Paris sous Louis XIV, dont Charles Le Brun fut le premier directeur. Institution royale puis nationale, elle conserve et produit encore aujourd’hui des pièces destinées à l’ameublement des palais de la République.

chinoiserie

Tapisserie : Ouvrage textile tissé à la main sur une lice.

Palette : La palette est la petite planche sur laquelle l’artiste dispose et mélange ses couleurs. Le terme désigne aussi l’ensemble des couleurs qu’il choisit pour une œuvre.

Rocaille : Mouvement artistique du XVIIIe siècle qui s’épanouit en France, à partir de la Régence, dans les ornements architecturaux et les arts décoratifs en privilégiant les jeux de courbes. En peinture, les artistes illustrent des sujets légers et séduisants, galants ou exotiques, dans un traitement où l'aspect décoratif voire anecdotique l’emporte.