L'Enlèvement d'Hélène Reni Guido

L'Enlèvement d'Hélène

Auteur

Dimensions

H. : 253 cm ; L. : 265 cm

Provenance

Technique

Peinture

Matériaux

Huile sur toile

Datation

1631

Lieu de conservation

France, Paris, musée du Louvre

Comment ce tableau du XVIIe siècle peut-il encore nous parler aujourd’hui ?

L’Enlèvement d’Hélène image principale est l’œuvre d’un peintre italien. Mêlant beauté et morale, elle a été le fleuron d’une galerie privée de peinture à Paris, la Galerie dorée, avant de parvenir au musée du Louvre. Son sujet noble et sa composition très étudiée révèlent le talent d’un peintre d’histoire à l’époque.

Une commande prestigieuse

Le tableau a été commandé par l’ambassadeur du roi d’Espagne Philippe IV à Rome en 1628. Lorsqu’il le termine vers 1631, Reni refuse de le livrer au nouvel ambassadeur. L’œuvre est sans doute vendue à la reine de France Marie de Médicis. La souveraine devant s’exiler, la toile est alors acquise par Louis Phélypeaux de La Vrillière, secrétaire d’État de Louis XIII. Elle est exposée dans la galerie de son hôtel particulier à Paris (actuel siège de la Banque de France), qui prend le nom de Galerie dorée. Pour compléter cette œuvre qu’il admire, il commande neuf toiles à des peintres contemporains actifs en Italie : Guerchin, Turchi, Poussin, Maratta et Pierre de Cortone, image 1 image 2 image 3 image 4 image 5 image 6 image 7 image 8 image 9. Leurs sujets exaltent les vertus des Romains de l’Antiquité, mais celui du tableau de Guido Reni fait exception. Les œuvres sont insérées dans les murs de la galerie et somptueusement encadrées de lambris dorés. Une fresque de François Perrier sur le thème symbolique des éléments orne le plafond (ce décor peint entre 1646 et 1649 sera refait au XIXe siècle).

Élève des Carrache à Bologne

Lorsqu’il reçoit la commande, Guido Reni est à Rome, mais depuis 1614, il réside principalement à Bologne, sa ville natale et seconde cité des États pontificaux image 14. Il est l’élève de l’école des Carrache, dont l’enseignement préconise de s’imprégner du style des grands maîtres de la Renaissance et de concilier inspiration de la nature et idéalisation. Cette académie artistique ainsi que le style plus réaliste de Caravage sont à l’origine d’un renouveau artistique en Italie au tournant du siècle. Guido Reni est un des meilleurs représentants du courant classique, basé sur la recherche du beau idéal. Néanmoins, après sa formation à l’académie des Carrache, il se rend à Rome et son style est alors influencé par le caravagisme image 10. C’est dans les années 1620 qu’il atteint la pureté classique que l’on observe dans L’Enlèvement d’Hélène image principale et qui le rendra célèbre. Il est alors considéré comme l’héritier de Raphaël, artiste qu’il admire profondément.

Le triomphe de l’amour et de la beauté

L’Enlèvement d’Hélène image principale est un sujet mythologique. D’après la légende, Hélène, fille de Zeus et de Léda, est la plus belle femme du monde. Elle a épousé le roi de Sparte, Ménélas. Le prince troyen Pâris obtient pourtant son amour en récompense du prix de beauté qu’il a décerné à la déesse Aphrodite (le fameux Jugement de Pâris image 11). Profitant de l’absence de Ménélas, Pâris enlève Hélène et l’emmène à Troie, ce qui déclenche la fameuse guerre de Troie. Homère, dans l’Iliade, évoque Hélène consentante, ce que nous montre le tableau de Reni. Mais la plupart des artistes ont privilégié le thème du rapt et la mise en scène d’une action violente image 12.

Reni propose une composition en frise, formée d’une procession d’élégants personnages. Les attitudes et les visages correspondent à une esthétique classique, comme dans un bas-relief antique. En même temps, l’ambiance est raffinée et noble : aigrettes, couleurs claires et pas dansés évoquent un cortège nuptial ou un ballet de cour. Au centre du tableau, Pâris, coiffé d’un casque à cimier, avance fièrement en tenant par le poignet sa conquête, Hélène, jeune femme gracieuse à la peau claire comme la porcelaine détail b. À gauche, se détache sur la muraille sombre de Sparte un groupe de trois servantes. Deux d’entre elles portent le coffret à bijoux et le petit chien d’Hélène détail c. À droite, se tiennent trois guerriers, dont l’un, aux côtés de Pâris, qui porte un béret orné d’une plume et tient une lance. Il semble indiquer au couple la direction de la mer, où les attendent des bateaux. Ce personnage est peut-être Énée détail d. La présence dans la composition de deux enfants nus ailés nous fait entrer visuellement dans le registre de la fable. Ils représentent Éros (Cupidon), le dieu de l’amour, fils d’Aphrodite. L’un d’eux vole dans le ciel, une torche allumée à la main détail d. L’autre, au premier plan à droite, nous regarde malicieusement, un doigt levé, et semble nous avertir que l’amour a triomphé détail e.

Concilier beauté classique et morale chrétienne

La toile de Reni n’est pas seulement une illustration raffinée et théâtrale du récit mythologique. Au XVIIe siècle, se développe le courant de la Contre-Réforme. L’art ne doit pas uniquement plaire, mais inspirer de nobles pensées et nous ramener vers la foi chrétienne. Le tableau de Reni offre une méditation sur l’histoire et la présence éternelle du bien et du mal. Au centre, le chien, symbole de la fidélité, est confronté au singe, symbole du vice détail f. L’amour a donc aussi une composante néfaste, quand il n’obéit pas à la raison et à la morale. Pâris enlève une femme mariée. Sa passion est illégitime et conduira à la guerre et à la destruction de Troie. Ce désastre final est évoqué par les ruines sur lesquelles Cupidon pose le pied et par la torche enflammée dans les mains du petit amour en vol, allusion à l’incendie de Troie image 13.

Guido Reni a joui très tôt d’un prestige international, particulièrement en France où ses œuvres étaient recherchées par les collectionneurs et par le roi. D’ailleurs, son nom a été francisé (Le Guide). Le peintre a su allier dans cette œuvre la clarté des formes, la beauté des couleurs et l’intention morale. Cette réussite explique la popularité de ce tableau, longtemps considéré comme un chef-d’œuvre inégalable.

Colette Féraudet

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/lenlevement-dhelene

Publié le 30/08/2023

Ressources

La notice de l’œuvre sur le site web du Musée du Louvre

https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010060782

Sur la galerie La Vrillière et son décor

https://www.banque-france.fr/louis-phelypaux-de-la-vrilliere

Visite virtuelle de la Galerie dorée

https://www.banque-france.fr/galerie-doree/#Accueil

Glossaire

Maniérisme : Courant artistique né en Italie au XVIe siècle que l’on considère comme la dernière phase de la Renaissance. Il tire son nom du mot italien maniera utilisé pour désigner le style personnel d’un artiste. Pour les peintres qui se rattachent à ce courant, l’effet de style prime sur l’équilibre et l’harmonie. Ils se distinguent par une élégance du dessin, des compositions complexes privilégiant tensions et déséquilibres, une distance par rapport à l’imitation servile de la nature.

Classicisme : Au XVIIe siècle, courant de pensée qui fait de l’Antiquité le modèle de toute forme artistique (littérature, musique, architecture et arts plastiques). Il coexiste avec le baroque auquel il oppose une certaine forme de rigueur et de pondération. En France, il trouve sa meilleure expression sous le règne de Louis XIV, au travers des différentes académies.

Caravagisme : Courant artistique initié à Rome au début du XVIIe par Caravage, qui se caractérise principalement par des compositions sobres, clairement structurées, une représentation fidèle de la réalité et des effets de clair-obscur. On qualifie les peintres qui se rattachent à ce mouvement de « caravagesques ».

Contre-Réforme : En pleine crise, l’Église affronte la Réforme protestante avec la Contre-réforme au travers du Concile de Trente (1545-1563). Plusieurs décrets concernent l’emploi des images religieuses qui doivent affermir la foi et éduquer les fidèles les moins instruits. Les formes et les gestes doivent être simples. Les tableaux doivent comporter peu de personnages et des couleurs franches. Les thèmes du culte des saints et de la Vierge et les scènes montrant la Passion du Christ sont privilégiés.

École des Carrache : École de peinture à Bologne formée dans les années 1580 par Annibal et Augustin Carrache, avec leur cousin Ludovic. Connue sous le nom Degli incamminati (« les acheminés »), cette école réagit aux débordements raffinés et artificiels des maniéristes par l’inspiration de l’Antiquité et de la nature. Le style vise une simplicité des formes et une lisibilité des scènes religieuses en lien avec la Contre-Réforme. Cette nouvelle quête esthétique pose les bases du classicisme et du baroque au XVIIe siècle.