À l’heure où la brume descend et les ombres s’allongent Wen Zhengming

À l'heure où la brume descend et les ombres s'allongent

Auteur

Dimensions

H. : 133 cm ; L. : 61 cm

Provenance

Technique

Peinture sur papier

Matériaux

Encre de Chine, Lavis d’encre

Datation

Première moitié XVIe siècle

Lieu de conservation

France, Paris, musée Guimet, musée national des Arts asiatiques (MNAAG)

Comment le regard du spectateur est-il invité à se promener dans le paysage ?

Ce rouleau vertical image principale peint à l’encre sur papier porte la signature de Wen Zhengming détail b, l’une des figures dominantes de la peinture chinoise au XVIe siècle. On y retrouve les deux éléments qui définissent le paysage – shanshui – dans la tradition picturale chinoise : montagne (shan) et eau (shui).

Paysage, poésie, méditation

Dans une barque amarrée au rivage, sous deux pins aux racines tortueuses, un lettré contemple le fleuve détail c. Le poème calligraphié dans l’angle supérieur gauche traduit son état d’âme détail b. Au loin, une figure s’apprête à traverser le pont de bois pour rejoindre un ermitage sur la rive opposée détail d.

D’un rocher au premier plan, le regard est conduit vers le poète dans sa barque, puis, suivant la ligne des pins et la courbe rocheuse, rejoint les montagnes qui se fondent au loin dans un lavis très pâle.

L’œuvre porte l’empreinte à l’encre rouge de sept sceaux, signatures du peintre lui-même et témoignages de l’admiration des collectionneurs successifs.

Montagne et eau dans la peinture chinoise

Pics escarpés parcourus de torrents ou courbes douces perdues dans la brume, la montagne est un élément incontournable du paysage tel que le conçoit la peinture chinoise image 1. La peinture s’accorde à la pensée chinoise et se révèle un véritable microcosme faisant intervenir tout un ensemble de notions complémentaires, multiples déclinaisons du binôme fondamental yin yang (vide/plein, ciel/terre, lointain/proche…).

Dans ce contexte, la montagne et l’eau constituent les deux pôles de la nature, auxquels correspondent les deux pôles de la sensibilité humaine : le cœur et l’esprit.

Un peintre lettré

Wen Zhengming naît en 1470 à Suzhou, dans l’est de la Chine carte, dans une grande famille de lettrés. En raison d’échecs répétés aux examens, il ne fait pas la carrière espérée dans l’administration impériale, et revient dans sa ville natale en 1527.

Il consacre alors l’essentiel de son existence à la collection, à la peinture image 2 et à la calligraphie image 3, fréquentant un petit cercle d’artistes et d’amateurs érudits.

Remarquable professeur, il forme la plupart des peintres qui seront actifs à Suzhou dans la seconde moitié du XVIe siècle.

Naissance d’un style littéraire

Wen Zhengming est considéré comme l’un des fondateurs d’un style qualifié de « littéraire ». Sa formation très éclectique nourrit son œuvre de l’influence des maîtres anciens, tels que Wu Zhen ou Zhao Mengfu, déjà revisités par son propre maître et ami Shen Zhou. Sa personnalité et son originalité s’expriment par la manière dont il interprète les styles et les œuvres d’autrefois. L’art de peindre devient un jeu de correspondances savantes avec le passé que traduisent, dans le titre de certaines peintures, des mentions comme « d’après X, travaillant dans le style de Y ».

À sa suite, des générations de peintres s’engagent dans cette voie. Pour le collectionneur, il s’agit ensuite de saisir et d’apprécier toute la subtilité des interprétations successives.

Mots-clés

Glossaire

Lavis : Dilution de l’encre avec de l’eau afin d’obtenir différentes intensités

Lettré : Le lettré, en Chine, désigne celui qui détient la connaissance des textes classiques et qui possède des qualités morales.

Sceau : Cachet de pierre gravé au nom d’une personne et dont la marque tient lieu de signature.

Shanshui : Combinant les mots « montagne » (shan) et « eau » (shui), expression qui désigne le paysage, genre majeur de la peinture chinoise.

Dynastie Ming : Dynastie impériale chinoise qui régna de 1368 à 1644.