L’Impératrice Eugénie entourée des dames de sa cour Winterhalter Franz Xaver

L’Impératrice Eugénie entourée des dames de sa cour

Dimensions

H. 295 cm ; L. 420 cm

Provenance

Technique

peinture

Matériaux

Huile sur toile

Datation

1855

Lieu de conservation

Compiègne, château

Entre témoignage historique et vision idéalisée.

L'Impératrice Eugénie entourée des dames de sa cour image principale est un tableau commandé par Eugénie de Montijo quelques mois après son mariage avec l'empereur Napoléon III, en 1853. Il est réalisé par Franz Xavier Winterhalter en 1855 pour orner l'une des pièces du musée chinois, au château de Fontainebleau. Présenté aux visiteurs de l'Exposition universelle qui ouvre au mois de mai de la même année, il reçoit un bel accueil.

Fastes de la vie de cour (1852-1868)

Sans pour autant interrompre l'exercice du pouvoir, l'empereur s'installe à Fontainebleau de mai à juillet. Une nouvelle forme de séjour apparaît : la villégiature. Chaque semaine, à la belle saison, le couple impérial reçoit quarante à cinquante invités.

Ces séries, dont la liste est renouvelée chaque semaine, nécessitent la création de nouveaux espaces de réception : fumoir, théâtre et salons. Parmi eux, figure le musée chinois image 1. Il s'agit d'un espace à l'ambiance feutré comprenant quatre pièces : une antichambre, un salon-galerie (qui était orné du tableau de Winterhalter), un grand salon (orné du portrait de Louis XV d'après Rigaud et celui de Marie Leszczynska image 2 d'après Louis Tocqué), et une dernière pièce où Eugénie présentait sa collection d'objets.

Une image emblématique et irréelle

Dans une clairière, sur une pente douce formant comme un plancher de scène de théâtre, un groupe de femmes est assis en demi-cercle, à même le sol.

L'œuvre respecte le protocole. L'impératrice image b est assise légèrement en hauteur. Une couronne de fleurs sur la tête, un bouquet de chèvrefeuille pouvant évoquer un sceptre dans la main, elle est tournée vers la princesse d'Essling image c, grande maîtresse de la Maison de l'Impératrice.

À sa gauche, figure la duchesse de Bassano image d, sa dame d'honneur.

Six des treize dames d'honneur du palais sont assises en demi-cercle autour de ce groupe principal, liées entre elles par un savant jeu de regards et d'attitudes image e image f.

Ces femmes, en tenue de bal au milieu d'une clairière, offrent une vision idéalisée de l'impératrice accompagnée de sa cour. À leur apparente décontraction, s'opposent leurs robes somptueuses ornées de rubans et de dentelles, leurs coiffures sophistiquées, anglaises tombant sur les épaules et chignons sur la nuque.

Le peintre immortalise ici la splendeur de la vie de cour au Second Empire. Cette œuvre connaît un vif succès international elle est largement reproduite et diffusée, et devient l'un des symboles de la fête impériale et du faste de cour.

Un couturier : Charles Frederick Worth

Ce tableau est emblématique de la mode au Second Empire. Si la crinoline apparaît dès 1830, avec l'utilisation de jupons en crin gonflant les jupes, elle atteindra son apogée au milieu des années 1850, lorsque ces jupons sont remplacés par des armatures métalliques, comme en témoigne une gravure d'Honoré Daumier parue dans Le Charivari image 3.

Le couturier anglais Charles Frederick Worth, présenté à l'impératrice par la princesse de Metternich, s'en fait une spécialité. Il crée sa propre maison, et ses premières clientes appartiennent aux grandes cours d'Europe.

Dans l'œuvre de Winterhalter, la sublime robe à crinoline de l'impératrice, ornée d'un nœud mauve, attire le regard vers Eugénie, point central de la composition. Toutes les dames portent des toilettes unies aux tons délicats. Les jupes à amples crinolines mettent en valeur la finesse des tailles et les larges décolletés.

Par goût personnel, l'impératrice s'inspire avec enthousiasme du style Marie-Antoinette, choisissant des dentelles précieuses, des rubans et des fleurs pour parer ses robes dans l'esprit de la cour du XVIIIe siècle. Elle se fait même portraiturer dans un costume à la Marie-Antoinette image 4.

Franz Xavier Winterhalter, peintre de cour

D'origine allemande, Winterhalter image 5 étudie auprès de Joseph Karl Stieler à l'Académie des beaux-arts de Munich. Excellent portraitiste, ce dernier transmet à son élève son goût et son talent pour ce genre de peinture.

Winterhalter devient rapidement l'artiste le plus sollicité par l'aristocratie européenne. Il jouit d'une renommée internationale : en 1842, en Angleterre, il exécute le portrait de la reine Victoria image 7 et celui du prince Albert en 1857, il se rend à Bad Brückenau, en Allemagne, pour peindre le tsar Alexandre II de Russie et la tsarine Maria Alexandrovna en 1864, il est à Vienne pour réaliser le portrait de l'empereur François-Joseph d'Autriche et de l'impératrice Élisabeth. Sa réussite tient entre autres à sa capacité à peindre ses commanditaires tel qu'ils souhaitent se voir représentés.

La chute du Second Empire en 1870 met un terme à la carrière de peintre de cour de l'artiste. Winterhalter regagne l'Allemagne, et s'éteint trois ans plus tard à Francfort. Son nom tombe progressivement dans l'oubli.

Parmi les œuvres de Winterhalter conservées dans les collections de prestigieux musées image 6 image 7, ce portrait de groupe est considéré comme son plus grand chef-d'œuvre. Le tableau est envoyé au château de Fontainebleau en 1865. Propriété personnelle d'Eugénie, il lui est restitué en 1881, à l'occasion de la liquidation de la liste civile. Elle le conserve dans sa demeure anglaise de Farnborough Hill. Vendu à Londres en 1927, chez Christie's, il est acquis par la baronne d'Alexandry d'Orengiani, qui en fait don au château de Malmaison pour y intégrer la collection Napoléon. Il est mis en dépôt au château de Compiègne, au sein du musée du Second Empire, en 1952.

Au coeur de l'histoire - Eugénie, la dernière impératrice de France

Who is Charles Frederick Worth ?

Ressources

« L’empereur en représentation : décor et chorégraphie des soirées impériales au théâtre », un billet d’Émilie Fissier dans L’Histoire à la BNF

https://histoirebnf.hypotheses.org/29

Un commentaire de l’œuvre sur le site d’histoire de la Fondation Napoléon

https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/tableaux/limperatrice-eugenie-entouree-de-ses-dames-dhonneur/

Une présentation de l’exposition Spectaculaire Second Empire (1852-1870), qui s’est tenue au musée d’Orsay du 27 septembre 2016 au 15 janvier 2017

https://www.musee-orsay.fr/fr/expositions/spectaculaire-second-empire-1852-1870-196105?tx_ttnews[backPid]=254&cHash=0a56b63823

Une présentation du chiffre orné de brillants de la grande maîtresse de la Maison de l’Impératrice, porté par la princesse d’Essling, sur le site d’histoire de la Fondation Napoléon

https://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/objets/chiffre-orne-de-brillants-de-la-grande-maitresse-de-la-maison-de-limperatrice-porte-par-la-princesse-dessling/

Glossaire

Second Empire : Régime politique impérial français né du coup d’état du 2 décembre 1852 qui met fin à la Seconde république. Napoléon III, neveu de Napoléon Ier, devient l’empereur des Français. Le second empire prend fin le 4 septembre 1870, lors de la débâcle de Sedan pendant la guerre de 1870 contre la Prusse. C’est un régime autoritaire dans lequel l’empereur exerce un pouvoir absolu.

Dames du palais : Chargées de seconder l’impératrice.

Grande maîtresse de la Maison de l’Impératrice : Devait être présente auprès de l’impératrice lors des occasions publiques. Elle supervisait également les dames d’honneur.