Philippe IV à cheval, Velázquez Diego

Philippe IV à cheval

Copie attribuée à Velázquez et son atelier, d’après une œuvre de Pierre-Paul Rubens

Dimensions

H. 303 cm ; L. 317 cm

Provenance

Espagne, Madrid, palais du Buen Retiro, salon des Royaumes

Technique

peinture

Matériaux

huile sur toile

Datation

vers 1635

Lieu de conservation

Espagne, Madrid, musée du Prado

Pourquoi le portrait équestre est-il le symbole du pouvoir ?

Ce tableau image principale, peint par Diego Velázquez vers 1635, représente le roi d'Espagne Philippe IV (1605-1665) à cheval. D'un point de vue culturel, le règne du souverain marque l'apogée du Siècle d'or espagnol, notamment avec la présence des peintres Velázquez et Rubens à la cour.

Dans une composition simple, le roi est représenté chevauchant une monture cabrée. Il porte une armure et tient dans sa main droite un bâton de commandement. Les silhouettes du cheval et du souverain, de profil, se détachent sur un large paysage, le massif montagneux de la Sierra de Guadarrama, situé au nord-est de Madrid. Aux couleurs claires de l'arrière-plan répondent les tons soutenus des figures, traitées en noir, brun et blanc. Dans l'angle inférieur gauche, a été représentée une feuille de papier blanc dépliée le peintre, qui ne signait généralement pas ses œuvres, a utilisé à plusieurs reprises ce motif, qui est devenu une forme de signature.

Diego Velázquez, un Andalou à la cour d'Espagne

Né dans la petite noblesse de Séville en 1599, le précoce et talentueux Velázquez bénéficie d'une formation complète chez le maître local Francisco Pacheco. Par l'intermédiaire de ce dernier, il est introduit à la cour de Madrid à l'âge de 24 ans. En effet, si le roi Philippe IV, un peu plus jeune que lui, souhaite s'entourer de jeunes artistes, il vient également de nommer Premier ministre un Andalou, le comte-duc d'Olivares image 1, qui fait venir à la cour nombre de compatriotes sévillans.

Ainsi commence pour Velázquez une brillante carrière de peintre de cour image 2. Bénéficiant de l'admiration et de la confiance du roi, il se plie aux exigences de sa charge, réalisant pendant presque quatre décennies d'innombrables portraits des membres de la famille royale, dont trente-sept de Philippe IV lui-même image 3. Deux ans avant sa mort, il est anobli par le roi, distinction suprême pour un artiste, et nommé Chevalier de l'ordre de Santiago.

Le palais du Buen Retiro (1630-1640), nouveau temple des arts

En 1630, Olivares lance l'ambitieux chantier du Buen Retiro, un immense palais entouré de jardins, afin d'offrir à la famille royale un lieu de villégiature agréable et plus confortable que l'Alcazar, le palais royal de Madrid. Philippe IV souhaitant y rassembler une grande collection de peintures modernes, des commandes sont passées aux peintres ayant séjourné à Rome, considérés comme les meilleurs de leur temps image 4. Velázquez lui-même s'est rendu dans cette capitale artistique où s'épanouit le style baroque.

Le salon des Royaumes, bâtiment principal destiné à abriter les fêtes, les représentations théâtrales et les réceptions officielles, reçoit le décor le plus somptueux, créé par les grands peintres espagnols contemporains. Celui-ci compte douze représentations des victoires militaires de Philippe IV image 5 et cinq portraits équestres des rois Philippe III et Philippe IV, de leurs épouses et de l'infant Baltasar Carlos image 6, tous peints par Velázquez. L'ensemble concourt à une glorification de la monarchie espagnole.

La tradition du portrait équestre

Apparu dans l'Antiquité, le portrait du souverain sur un cheval cabré traverse les siècles avec une remarquable constance. Il semble que l'empereur Alexandre le Grand soit le premier à être associé à sa célèbre monture, Bucéphale, dans une peinture aujourd'hui disparue, La Bataille d'Alexandre, évoquée par une mosaïque de Pompéi. Le motif du cheval fougueux, réputé indomptable, maîtrisé par un monarque-soldat, est repris à la Renaissance, en sculpture et en peinture.

Le portrait de l'empereur Charles Quint à la bataille de Mühlberg image 7, peint par Titien en 1548, constitue une source d'inspiration majeure pour les peintres baroques qui en reprennent la composition et la symbolique. Velázquez étudie attentivement ce tableau, aux côtés du Flamand Rubens, qui séjourne un an à la cour et copie les œuvres de Titien. Tous deux admirent ce portrait et en tirent leur propre interprétation pour représenter Philippe IV ainsi, dans le portrait qu'il réalise en 1628 (original disparu, mais connu par une copie attribuée à Velázquez et son atelier image 8), Rubens ajoute des figures allégoriques à sa composition, tandis que Velázquez opte pour une plus grande sobriété dans ce portrait daté de 1635 image principale.

Derrière l'image du cavalier, l'allégorie du Bon Gouvernement

Dans le tableau de Velázquez comme dans celui de Titien, le roi ne prend part à aucune bataille. Le paysage, réel, est paisible et ne montre ni ennemi ni combat. L'armure n'est qu'une tenue de parade l'écharpe rouge évoque la parenté avec la dynastie des Habsbourg.

Ce qui domine, c'est le caractère impassible du personnage, maître de sa monture – fier cheval du haras royal issu de croisements avec des pur-sang arabes. Un tel personnage se démarque du commun et se montre capable de dominer les ennemis de la même façon qu'il domine sa monture, de maîtriser les révoltes du peuple comme il tient la bride à son cheval. Ainsi le portrait est-il devenu une pure allégorie, l'image intemporelle d'un souverain élu de Dieu, héritier des empereurs antiques et des chevaliers chrétiens.

Velázquez : l'exposition

Stéphanie Elhouti-Cabanne

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/philippe-iv-cheval

Publié le 22/09/2022

Glossaire

Art baroque : (du mot portugais « barocco »qui désigne une perle irrégulière) : Style qui se développe au XVIIe siècle en Italie, puis dans de nombreux pays européens. Parlant plus aux sentiments qu’à la raison, il privilégie l’exubérance des formes, la représentation du mouvement et les effets de surprise. Il fait appel à tous les arts dans leur ensemble.

Renaissance : Mouvement artistique né au XVe siècle en Italie et qui se diffuse dans le reste de l’Europe au XVIe siècle. Il repose sur la redécouverte, l’étude et la réinterprétation des textes, monuments et objets antiques. À la différence de la pensée médiévale qui donne à Dieu une place centrale, c'est l'homme qui est au cœur de la pensée de la Renaissance.