Portail de l’abbatiale Saint-Pierre de Moissac

Abbatiale Saint-Pierre de Moissac

Le cloître

Auteur

Dimensions

Provenance

Technique

Architecture, Sculpture

Matériaux

Datation

1110-1130

Lieu de conservation

France, Moissac, abbatiale Saint-Pierre

Que raconte le décor ? Comment reconnaître l’art roman ?

« Celui qui n'a pas vu le portail de Moissac, celui-là n'a rien vu ! », dit-on sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Chef-d'œuvre de l'art roman, le portail de Moissac [ image principale ] en impose par sa monumentalité. Ses divers éléments, tympan, voussures, linteau, trumeau, piédroits, présentent un riche décor sculpté.

Sauvé de la destruction

Fondée en 506 par Clovis, l'« abbaye de mille moines » rayonne tout au long du Moyen Âge. Affiliée à l'ordre de Cluny en 1047, elle jouit d'une restauration matérielle et spirituelle qui la propulse parmi les plus grands centres spirituels du sud-ouest de la France, avec Sainte-Foy de Conques. Les moines obéissent à la règle de saint Benoît : ils divisent leur journée en trois (huit heures de travail, huit heures de prières, huit heures de sommeil). Astreints aux travaux agricoles et manuels, ils confient souvent ces tâches aux frères convers et aux serfs. Plus bâtisseurs que copistes, ils accueillent les pèlerins de Compostelle. Ils prient souvent collectivement dans l'église [ image 1 ] et individuellement dans le cloître [ image 2 ]. Endommagée pendant la guerre de Cent Ans, désertée par les abbés depuis le XVIIe siècle, l'abbaye subit des pillages en octobre 1793 : on vole, on brise, on martèle, on détruit, on brûle. Au XIXe siècle, la construction d'une ligne de chemin de fer menace à nouveau l'abbatiale : le cloître et l'église échappent de justesse à la destruction grâce à la mobilisation des habitants de la commune.

Un décor inspiré

Le décor du tympan [ détail b ] s'inspire de l'Apocalypse écrite par l'apôtre Jean : « Une porte s'ouvrit dans le ciel […] et je vis un trône […] et quelqu'un assis sur le trône. Celui qui était ainsi paraissait semblable à une pierre de jaspe et de sardoine et il y avait autour du trône un arc-en-ciel, semblable à une émeraude. Autour du trône étaient encore vingt-quatre trônes sur lesquels des vieillards étaient assis, revêtus de vêtements blancs, et sur leur tête, des couronnes d'or. Devant le trône il y avait une mer semblable à du cristal et autour du trône quatre animaux. Le premier était à la ressemblance d'un lion le second d'un taureau, le troisième avec le visage d'un homme, le quatrième était semblable à un aigle […] Il ne se donnait de repos ni le jour, ni la nuit, disant sans cesse : Saint, Saint, Saint, le Seigneur tout-puissant. »

Le message du tympan

Le tympan du portail [ détail c ] représente le retour glorieux du Christ sur terre pour assurer le triomphe définitif du Bien sur le Mal par le Jugement dernier et y établir le royaume de Dieu. Il porte la pourpre impériale romaine et un diadème byzantin. Il bénit de la main droite, sa main gauche posée sur le Livre. Les symboles des quatre évangélistes, le taureau pour saint Luc, l'ange pour saint Matthieu, l'aigle pour saint Jean et le lion pour saint Marc, l'entourent. Sous la grande figure, les vingt-quatre vieillards [ détail d ] chantent la gloire de Dieu. Ils portent « la coupe débordante de parfums qui sont les prières des saints » et s'animent pour honorer la révélation divine. Le retour du Christ est un thème iconographique très fréquent au XIIe siècle : on le retrouve à Conques, à Autun, à Vézelay…

Linteau, piédroits et trumeau

Le tympan repose sur un linteau orné de rosaces. Semblable à la « pierre constantine » du musée de Cahors, il pourrait provenir d'un vestige romain réemployé. Sur les deux piédroits à festons sont représentés Isaïe à droite et saint Pierre tenant les clés du paradis, à gauche. Le trumeau central, monolithique, porte trois couples de lions et de lionnes croisés, symbole d'une force ascensionnelle irrésistible. Dans la chronique de l'abbaye, il est écrit que l'abbé Ansquitil « fit faire une très belle porte à l'église et placer au milieu du portail […] une pierre ornée de léopards, œuvre de grand travail, grande dépense et grande peine, à tel point qu'il faut y voir le fait d'un miracle bien plus que l'œuvre d'un homme, d'un simple abbé ». Sur le côté du trumeau, à droite, en face d'Isaïe, se tient le prophète Jérémie, l'une des figures les plus célèbres de Moissac [ détail e ]. Son visage lisse, à l'expression mélancolique, est encadré par les longues mèches de ses cheveux et de sa barbe qui ondulent dans un jeu de lignes parallèles animé par la moustache transversale. Avec son style très graphique, la figure de Jérémie constitue un des exemples les plus exceptionnels de la sculpture romane.

Un chef-d'œuvre roman

Les personnages hiératiques, le traitement des drapés, les postures contournées, voire acrobatiques, les détails pittoresques, la soumission des figures au cadre architectural, sont caractéristiques de la sculpture romane. Dans cette période de l'église militante, l'iconographie est au service de l'éducation religieuse et de l'élévation spirituelle. L'orchestration monumentale, l'exécution détaillée, les pieds plats en virgule, caractérisent l'art roman du Languedoc.

Sous la direction de Cécile Maisonneuve

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/portail-de-labbatiale-saint-pierre-de-moissac

Publié le 09/11/2011

Ressources

Un site sur l’art et l’architecture romane avec banque d’images, chronologie et cartes historiques

http://www.romanes.com/

Une présentation détaillée du portail avec vidéos, textes, jeux et activités

http://www.archimome.fr/index.php?page=accueil

Glossaire

Abbatiale : Église principale d’une abbaye.

Tympan : Élément architectural situé au-dessus du linteau d’une porte, qui peut recevoir un décor.

Roman : Style qui se développe dans l’Occident chrétien à partir du Xe siècle. Vers le milieu du XIIe siècle, l’art gothique le remplace progressivement au nord de la Loire.

Guerre de Cent Ans : Conflit franco-anglais qui s’étale sur le XIVe et le XVe siècle.

Prophète : Personne qui parle au nom d’un dieu dont il se dit inspiré et qui, dans certains cas, prédit l’avenir.

Jugement dernier : Dans la religion chrétienne, jugement prononcé par Dieu à la fin du monde sur les vivants et sur les morts ressuscités.

Ordre cistercien : Le mot « cistercien » vient du nom de l’ordre et de l’abbaye de Cîteaux, fondés par Robert de Molesme à la fin du XIe siècle. L’ordre est réformé au XIIe siècle par Bernard de Clairvaux, qui en devient le maître spirituel. Il désirait revenir aux principes de simplicité et de pauvreté dictés par la règle de saint Benoît, en opposition aux riches monastères bénédictins, comme Cluny, qui s’en étaient éloignés.

Iconographie : Ensemble des images correspondant à un même sujet. On parle de programme iconographique lorsqu’un décor en plusieurs parties regroupe de manière cohérente différents sujets autour d’un même thème.

Règle de saint Benoît : Règle monastique mise en forme par saint Benoît au VIe siècle, qui constitue une véritable réforme de la vie spirituelle et matérielle des moines. Elle se diffusa dans la chrétienté tout au long du Moyen Âge et fut adoptée par de nombreuses communautés bénédictines ou cisterciennes.

Évangélistes : Auteurs des Évangiles. Ils sont au nombre de quatre : saint Jean, saint Matthieu, saint Luc et saint Marc.

Linteau : Pièce horizontale placée au-dessus d'une ouverture. Il permet de répartir le poids d'une maçonnerie autour du vide créé par une porte ou une fenêtre.

Piédroit : Pilier de section carrée qui supporte la retombée d'un arc ou d'une voûte. Dans un portail, les piédroits encadrent et soutiennent le linteau.

Trumeau : Mur ou pilier situé entre deux ouvertures.