Saint Thomas à la pique, La Tour Georges de

Saint Thomas à la pique

Dimensions

70 x 51 cm

Provenance

Technique

Huile sur toile

Matériaux

Datation

Lieu de conservation

Paris, musée du Louvre

Thomas, l'apôtre incrédule

Ce tableau au format presque carré représente un homme âgé vu à mi-corps, vêtu d'un pourpoint dans le style du XVIIe siècle et d'un manteau bleu. Le visage grave et le regard soucieux, l'homme semble absorbé dans ses pensées. Seule la pique d'une lance qu'il tient dans la main droite permet de savoir qui il est. Il s'agit de saint Thomas, l'un des douze apôtres recrutés et formés par Jésus pour convertir le monde. Dans l'art chrétien, les personnages sont souvent identifiables grâce aux objets ou aux attributs qui les accompagnent et se rapportent à un épisode marquant de leur histoire. La légende selon laquelle l'apôtre Thomas aurait été tué en Inde d'un coup de lance lui vaut d'être souvent représenté avec cette arme [ image 1 ]. La lance fait aussi allusion à un épisode plus ancien et très célèbre de sa vie. Alors que la nouvelle de la résurrection de Jésus se répandait à Jérusalem, Thomas, en l'absence de preuves tangibles, refusait d'y croire. Jésus se présenta alors à lui et l'invita à glisser son doigt dans les plaies que la crucifixion avait laissées sur son corps, plus particulièrement dans celle occasionnée par le coup de lance d'un soldat dans son flanc. Quant au livre, il fait référence aux Évangiles relatant la vie du Christ et rappelle le rôle des apôtres dans la diffusion du christianisme.

Georges de La Tour, peintre de la réalité

Dans ce tableau, saint Thomas est représenté avec un réalisme saisissant : c'est un vieillard au crâne chauve et au visage rude, profondément marqué par l'âge. Le peintre détaille ses traits avec précision: les rides, les veines saillantes, les yeux enfoncés dans les orbites, la paupière tombante, les mains calleuses et déformées. La mise du saint est négligée, son habit mal boutonné, et son livre, aux pages cornées, est tout usé. Avec beaucoup d'humanité, La Tour décrit le saint comme quelqu'un d'ordinaire, rappelant ainsi que les apôtres étaient d'extraction modeste. Si ce n'était l'attribut de saint Thomas, le cadrage, le vêtement, la physionomie très particulière pourraient faire penser qu'il s'agit d'un portrait. Cette impression vient certainement du fait que, pour le peindre, La Tour a probablement fait poser un homme de son entourage, voire un homme du peuple croisé dans la rue, comme ce joueur de vielle qui revient dans son œuvre à maintes reprises [ image 2 ]. Ce faisant, l'artiste abolit la distance entre la représentation et le spectateur pour mieux toucher et émouvoir. Il rend ainsi le sacré plus accessible. Dans l'œuvre de La Tour, les scènes religieuses [ image 3 ] et les sujets profanes inspirés de la vie quotidienne des gens humbles sont traités sur le même plan, avec un même souci de réalisme. Aux côtés d'autres artistes français de la même époque, comme les frères Le Nain [ image 4 ], Georges de La Tour est reconnu comme l'un des plus grands « peintres de la réalité ».

Un art de la lumière et de la sobriété

Saint Thomas à la pique, l'une des rares œuvres de Georges de La Tour à être signées, porte en haut à droite une inscription en latin qui signifie « Georges de La Tour l'a fait », ainsi que le voulait l'usage depuis l'Antiquité. L'œuvre témoigne d'une maîtrise exceptionnelle dans le jeu des ombres et des lumières. L'artiste tire parti de leur contraste pour donner un caractère dramatique à son sujet et pour souligner les volumes et les formes simples de la composition. Ainsi, le visage du saint, illuminé par la lumière du jour, se détache sur la partie du fond, plongée dans l'obscurité. La violence du contre-jour fait ressortir la courbe ovale du crâne. Un éclat de lumière sur le métal attire l'attention sur la pointe de la pique et sa géométrie parfaite. La sobriété générale de l'ensemble est renforcée par l'utilisation d'une gamme restreinte de couleurs sourdes, bleu ardoise pour le manteau, jaune pâle pour le pourpoint, gris pour l'acier. Ce dépouillement, en accord avec la destination religieuse du tableau, invite au recueillement et se retrouve dans toute une série de tableaux de La Tour sur le thème des apôtres [ image 5 ] et [ image 6 ].

Françoise Besson

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/saint-thomas-la-pique

Publié le 22/09/2022