Stèle de Néfertiabet

Stèle de Néfertiabet

Auteur

Dimensions

H. : 37,7 cm ; L. : 52,5 cm ; Pr. : 8,3 cm

Provenance

Lieu de découverte : Égypte, Gizeh, mastaba G 1225

Technique

Bas-relief, Peinture

Matériaux

Calcaire

Datation

2636-2573 av J.-C. - Égypte ancienne, Ancien empire, IVe dynastie, règne de Khéops

Lieu de conservation

France, Paris, musée du Louvre

Comment la stèle de Néfertiabet, qui a près de 4 600 ans, peut-elle avoir gardé des couleurs si fraîches ?

Le thème du festin funèbre est incontournable dans le culte des morts en Égypte. Cet élégant bas-relief image principale découvert à Gizeh image 6, non loin de la pyramide de Khéops image 1, en est un exemple particulièrement raffiné. 

Une qualité exceptionnelle

Sculptée en très léger relief levé sur une dalle calcaire de 52 centimètres sur 37, une femme est assise sur un siège aux pattes de taureau. Elle porte un habit léopard ainsi que des bijoux peints presque effacés : bracelets de poignet, de cheville et un étrange collier. Sa perruque est tripartite. Il y a la trace d’une bretelle sculptée qui ne correspond pas à sa tenue. D’autre part, la peau de léopard recouvre le bras replié. On peut alors supposer qu’il s’agit d’un manteau, porté sur sa robe traditionnelle à bretelle, noué par un nœud peint sur l’épaule, dans lequel elle est étroitement drapée détail b. Par convention le visage, les jambes sont de profil, mais l’œil, l’oreille et les épaules de face. Les mains, deux mains gauches, ont leurs pouces apparents détail c et, de même, les voûtes plantaires sont nettement dessinées détail b. C’est ainsi que les choses doivent être : œil capable de vision, mains qui peuvent saisir et pieds adaptés à la marche. 

Devant elle, une table d’offrande : plateau en pierre blanche sur un support de céramique. Dessus, des tranches de gâteau à croûte dorée et mie blanche détail d. Autour, dans des espaces délimités, se trouvent des hiéroglyphes détail e. Au-dessus d’elle, son nom et son titre, fille de roi : canard = fille et jonc fleuri = symbole de royauté. Son nom est Néfer = belle, Iabet = Orient détail f

Autour du guéridon sont figurés tous les éléments utiles au rituel funéraire : nourriture, boissons, offrandes, encens, fards détail d…La partie droite énumère les milliers de pièces d’étoffe sans doute nécessaires à la momification, avec leur qualité et leur métrage détail g. L’œuvre est délicatement peinte de pigments à base de minéraux : oxyde de fer pour les ocres jaune et rouge, carbonate de cuivre pour le vert, qui résiste moins bien au temps, et matières organiques pour le noir de carbone. 

Une fouille sauvage

En 1902, la stèle est découverte par un membre du Parlement britannique, magnat de la bière, Montague Ballard, qui a usé de son influence auprès du directeur du département des antiquités égyptiennes, Gaston Maspero, pour obtenir une concession à Gizeh. Il ne documentera pas sa découverte. Dès 1904, les fouilles sont sérieusement reprises par l’archéologue américain George Andrew Reisner. C’est lui qui détermine où se trouvait notre stèle, le mastaba G1225. 

Le bas-relief fut offert au Louvre en 1938 par le mécène Atherton Curtis. Il l’avait acquis des marchands d’art Jules Sambon et Jacob Hirsch en 1912. 

Le cimetière ouest de Gizeh 

Ces tombes constituent un groupe à part chronologiquement lié au pharaon Khéops, à l’origine de la grande pyramide. Ce sont des mastabas très semblables organisés le long de rues. Celui de Néfertiabet mesure 24 mètres sur 11. Il se compose d’une chambre funéraire, d’un puits avec un passage et d’un autre petit puits. La particularité de ces tombes est l’absence d’inscription ou de décors, ce qui est rarissime. La plupart sont donc anonymes. 

Dans neuf d’entre elles furent trouvées in situ des stèles de festins funèbres, au rôle de culte mortuaire, incrustées dans le mur extérieur, au sein de modestes chapelles de briques. Pour six autres stèles, dont celle de Néfertiabet, on a pu déterminer le lieu d’origine. Une dizaine d’emplacements béants montrent que d’autres stèles sont perdues. Sur les quinze stèles retrouvées, quatre sont trop fragmentaires pour nous apprendre quelque chose. Toutes les autres présentent le même schéma : personnages assis sur la gauche, titre au-dessus, offrande sur la droite, grande qualité d’exécution qui indique qu’elles ont été réalisées dans un atelier royal. 

Le mystère des couleurs 

Trois stèles seulement ont gardé leurs pigments. Néfertiabet, la plus intacte, Oupemneferet, mastaba G1201, image 3  fouillé en 1904 (et conservée au musée de l’univerrsité de Berkeley), et Iunu, G4150, image 4 en 1913. Comment expliquer ce mystère ? La chance a voulu que les deux autres soient trouvées in situ par des archéologues scrupuleux. Et ainsi le secret s’est dévoilé : elles étaient cachées dans l’épaisseur du mur, bien à l’abri de l’air et de la lumière, ce qui est la meilleure manière de préserver les coloris, pendant près de 4 600 ans. Mais pourquoi cacher de telles merveilles ? Des travaux semblent avoir été réalisés dans le cimetière vers la fin du règne de Khéops. Plusieurs mastabas furent modifiés, ce qui conduisit à la disparition des stèles, leur rôle cultuel étant remplacé par une fausse porte image 5. Parfois elles furent soigneusement recouvertes d’une dalle de calcaire, permettant ainsi de conserver leur pouvoir magique, puisqu’en Égypte ancienne toute image est vivante. 

Que nous apprennent les couleurs ?

La peinture apporte des informations, comme les bijoux ou les taches de léopard, qui ne sont pas sculptés. La peau de bête est un détail important car lié au sacré. Elle se retrouve sur Oupemneferet, bien que très effacée. Sur l’ensemble des quinze stèles, nous avons sept figures masculines. Elles ont toutes le même habit long attaché par un nœud sculpté sur l’épaule gauche. Ce costume est assez particulier. L’hypothèse d’une cape en léopard est intéressante. Pour deux des figures de femmes, nous retrouvons le nœud sculpté. 

Sur la stèle de Néfertiabet, le nœud existe aussi, mais il est seulement peint. Peut-être pouvons-nous imaginer le même habillement pour tous ces festins funèbres, qui renvoie à un même rôle social au sein de la cour de Khéops ? Pouvons-nous en savoir plus sur la princesse Néfertiabet ? Fille de roi, elle peut être la fille de Khéops, ou sa sœur, fille de Snéfrou. Pour le reste, le mystère demeure, mais nous pouvons peut-être la rapprocher d’une statuette qui aurait été retrouvée dans sa tombe.

Mots-clés

France Richemond

Permalien : http://panoramadelart.com/analyse/stele-de-nefertiabet

Publié le 09/06/2026

Glossaire

Mastaba : Édifice funéraire rectangulaire à parois obliques et à toit plat, caractéristique des premières dynasties de l'Égypte antique. Construit en briques ou en pierres au-dessus d'un puits funéraire, il abritait le caveau du défunt (pharaon, noble ou haut fonctionnaire) et une chapelle pour les offrandes.

Oxyde métallique : Composé chimique qui se colore à la chaleur. Le cobalt devient bleu, le cuivre vert, le manganèse brun ou violet, le chrome jaune ou rouge…

Pigment : Substance colorée d'origine minérale, organique ou synthétique qui, réduite en poudre et mélangée à un liant (eau, huile, œuf...), permet de fabriquer de la peinture ou de la teinture. Contrairement aux colorants, le pigment ne se dissout pas dans le liquide, mais reste en suspension.