Tenture de saint Étienne

La Translation des reliques de saint Etienne à Constantinople

Détail de la femme d'Alexandre,devant l'évêque de la ville

Auteur

Dimensions

H. 178 cm ; L. 573 cm

Provenance

Cathédrale Saint-Etienne d'Auxerre

Technique

tapisserie

Matériaux

laine et soie

Datation

Fin du XVe siècle - début du XVIe siècle

Lieu de conservation

Paris, musée de Cluny – musée national du Moyen Âge

Comment mettre en images une histoire au Moyen Âge ? Pourquoi saint Étienne ?

Datée de 1500, la tenture de chœur de saint Étienne image principale fut commandée par Jean III Baillet, évêque de la cathédrale d'Auxerre. Les vingt-trois scènes qui la composent sont réparties sur douze tapisseries. Elles illustrent l'histoire du saint patron de la cathédrale, son élection en tant que diacre à Jérusalem, son martyre image 1 et ses apparitions miraculeuses après sa mort image 2. La tenture est exposée au musée de Cluny depuis 1897.

Des images tissées pour la cathédrale

Exposée dans le chœur pour les chanoines, l'œuvre forme une longue bande tissée mettant en scène un texte sacré. En 1500, l'art de la tapisserie séduisait aussi l'Église, qui en devient, à la suite de la très haute noblesse, un grand commanditaire. Ayant une fonction d'isolation en même temps que de décoration, elle est aussi un signe extérieur de puissance et de richesse.

L'évêque d'Auxerre fut l'auteur du programme de la tenture de saint Étienne et finança sa création. Ses armoiries image b sont d'ailleurs représentées à treize reprises. Son portrait, aujourd'hui disparu, devait être placé au bout de la dernière tapisserie.

L'excellent état de conservation de l'œuvre est dû à un accrochage annuel qui avait lieu lors de la fête de saint Étienne, le 26 décembre. Les chanoines méditaient sur les vertus de ce saint, modèle du parfait chrétien.

À beau modèle, belle tenture

La maquette fut peut-être réalisée par un peintre flamand installé à Paris, Gauthier de Campes. Ses dessins, agrandis en cartons, furent tissés par des liciers de l'atelier parisien de Guillaume de Rasse ou bien d'un atelier bruxellois de l'entourage de Colyn de Coter. Le commanditaire s'inspira principalement des Actes des apôtres et de La Légende dorée.

Saint Étienne fut le premier martyr chrétien, lapidé à Jérusalem vers 33. Considéré comme un modèle pour tout chrétien, il fut très vénéré tout au long du Moyen Âge.

Une bande dessinée médiévale pour chanoines

Contemporaine à la tenture de la Dame à la licorne, cette œuvre est l'une des plus complètes et des mieux conservées du Moyen Âge.

Les scènes se lisent de gauche à droite. Chacune est séparée par un arbre ou un pilier supportant les armoiries et la crosse de l'évêque. Le récit alterne scènes d'intérieur et scènes d'extérieur. Chaque épisode est associé à un cartouche image c situé en bas, rédigé en français, résumant l'action. Quelques phylactères en latin placés devant les personnages exposent la parole sacrée. L'ensemble est unifié par trois thèmes communs : le décor, la reconnaissance des personnages, le langage du corps. Ces éléments de composition évoquent ceux de la bande dessinée aujourd'hui.

La scène de la tempête

La neuvième tapisserie de la tenture image 3 raconte l'histoire du transfert des reliques de saint Étienne à Constantinople.

L'histoire commence à Jérusalem. La veuve du sénateur de Constantinople souhaite récupérer le tombeau de son mari, placé dans l'oratoire de saint Étienne, où se trouve aussi celui du saint image 4. Après l'accord de l'évêque de Jérusalem, la veuve embarque dans le bateau, emportant par erreur avec elle le tombeau du saint image principale. En mer, une tempête éclate, déclenchée par des diables image d, mais elle est arrêtée par l'intervention miraculeuse de saint Étienne image e.

Cette scène illustre trois temps du récit : l'embarquement, la tempête et l'apparition miraculeuse du saint. Le bas de la scène présente un décor dit millefleurs : pâquerettes, fraisiers… Au loin, la mer, l'espace de la peur médiévale, est encadrée par un paysage, donnant l'illusion de la profondeur. Occupant largement l'espace, le bateau est à la fois arrimé et vogue sur une mer agitée par des diables. L'échelle sur le bateau fait le lien entre la terre et la mer.

Codification des costumes et des expressions

Au Moyen Âge, le costume est un indicateur du statut social de chaque individu. Sur la tenture, même si les costumes sont décoratifs, ils permettent également d'identifier chaque personnage. Cette codification n'exclut ni la variété, ni la richesse des costumes. Le héros du récit est facilement reconnaissable par son costume. Sa tête tonsurée est entourée d'un nimbe de lumière indiquant sa sainteté. Vêtu d'une dalmatique ornée de velours rouge, saint Étienne tient la palme de son martyre.

Le langage très expressif des corps est au cœur de l'image. Les mains à la taille exagérée se déclinent en gestes calmes, comme pour la bénédiction de saint Étienne, ou en gesticulation pour les diables. Aussi codifié que le costume, ce langage révèle les attitudes morales. Les corps, entre agitation et apaisement, illustrent la lutte du bien contre le mal. Cette gestuelle maîtrisée rappelle celle des hommes d'Église lors des sermons ou celle des gens de théâtre. La présence des phylactères introduit la parole: l'image en devient sonore.

Réussite totale, ce chef-d'œuvre abouti illustre les liens très proches avec la peinture de style 1500. L'œuvre révèle autant le style de la peinture (les primitifs flamands) que celui de l'enluminure aux couleurs lumineuses.

Si l'histoire de saint Étienne se déroule durant l'Antiquité, l'atmosphère rendue reste très médiévale. Ancrer l'histoire sacrée dans cet univers contemporain séduit l'auditoire. Ému par l'exemplarité de saint Étienne, le lecteur aspire ainsi à imiter ce chrétien si parfait.

Marie Weigelt

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/tenture-de-saint-etienne

Publié le 22/09/2022

Ressources

La fiche de l’œuvre sur le site du musée de Cluny

https://www.musee-moyenage.fr/collection/oeuvre/tenture-histoire-saint-etienne.html

Glossaire

Armoiries : Ensemble composé de signes, de couleurs, de devises ou d’ornements qui constitue l’emblème d’un groupe, d’une famille, d’une ville ou d’un État.

Tapisserie : Ouvrage textile tissé à la main sur une lice.

Cartouche : Dans l’Égypte ancienne, forme ovale dans laquelle étaient inscrits les noms des pharaons

Maquette : Modèle destiné à être agrandi. Dans le domaine de la tapisserie, la maquette désigne le dessin préparatoire.

Diacre : Homme d’Église assistant à son organisation.

Chanoine : Homme d’Église faisant partie du chapitre d’une cathédrale.

Dalmatique : Tunique blanche bordée de pourpre, dont le modèle est originaire de Dalmatie.

Tenture : Ensemble de plusieurs tapisseries, formant un cycle autour d’un thème central.