Tombeaux des Médicis, Michel-Ange

Tombeaux des Médicis

Cliché d’une sculpture en marbre d’Auguste Rodin

Auteur

Dimensions

Provenance

Technique

sculpture, architecture

Matériaux

marbre blanc

Datation

1524-1531

Lieu de conservation

Italie, Florence, basilique San Lorenzo, Nouvelle Sacristie

L'art funéraire sert-il les morts ou les vivants ?

En 1516, Julien de Médicis, duc de Nemours, meurt. Trois ans plus tard, son neveu Laurent II de Médicis, duc d'Urbino et père de Catherine de Médicis, décède à son tour. Deux grands ecclésiastiques de la famille, le pape Léon X et le cardinal Jules de Médicis, futur pape Clément VII, décident alors la construction d'une nouvelle chapelle funéraire et familiale dans l'église San Lorenzo, paroisse des Médicis. Érigée de 1520 à 1534, elle sera accolée à l'église et accueillera les monuments funéraires des deux Médicis, Julien image a et Laurent image b ainsi que les tombeaux des pères des deux commanditaires, Laurent le Magnifique et son frère Julien.

Le choix du florentin Michel-Ange s'impose pour l'architecture et les sculptures. Il a alors quarante-cinq ans, a été formé dans le giron des Médicis et est au sommet de sa gloire.

La nouvelle chapelle Médicis : la Sagrestia Nuova

Un siècle plus tôt, Brunelleschi avait déjà conçu une chapelle pour les Médicis au transept sud de San Lorenzo, la Sagrestia Vecchia, dans laquelle ont été aménagées les tombes de certains membres de la famille. La nouvelle chapelle, dite Sagrestia Nuova, doit s'inscrire en pendant dans le transept nord de l'église. Michel-Ange en conçoit l'architecture sur la base de celle de Brunelleschi : il conserve le plan carré, la coupole sur pendentif et l'utilisation d'une pierre grise propre à Florence qui contraste avec l'enduit et le marbre blanc, mais transforme l'élévation intérieure par l'ajout d'un niveau image c.

Dans les premiers projets, un monument isolé sur plan carré réunit les tombes des quatre défunts, mais sa place centrale pose problème. Le projet évolue donc : un côté de la chapelle abrite l'autel, les trois autres accueillent les monuments funéraires, un pour Julien, un pour Laurent, et un commun pour Laurent le Magnifique et son frère Julien.

Deux tombeaux monumentaux

Les tombes de Julien et Laurent sont indissociables. Elles se font face et occupent la plus grande partie du mur auquel elles sont adossées.

Dans la partie basse se trouve un sarcophage soutenu par deux hautes consoles. Sur son couvercle curviligne s'allongent deux figures nues. Deux figures nues, allongées, ornent le couvercle rectiligne. Séparée par une moulure, la partie haute, très architecturale, comprend trois niches. Celle du centre accueille une sculpture du défunt aux traits fortement idéalisés et siégeant en costume militaire romain.

Un projet ambitieux inachevé

Si les premières études de Michel-Ange montrent qu'il envisageait une chapelle où la sculpture avait une place prépondérante et où des fresques ornaient les murs, l'artiste évolue dans son projet et le résultat inachevé est plus sobre et architectural. En effet, Michel-Ange honore en parallèle d'autres commandes, comme la peinture du Jugement dernier dans la chapelle Sixtine et l'architecture de la basilique Saint-Pierre du Vatican. En 1534, il part pour Rome qu'il ne quittera plus. Les deux premiers monuments de la chapelle sont presque menés à terme, mais le projet de double tombe ne sera jamais réalisé. Une Vierge de sa main image 1 complétée par deux figures de saints dues à des élèves sera simplement placée sur un socle de marbre.

Le résultat impressionne cependant par son efficacité visuelle. La composition réduite à trois statues donne peut-être même encore plus de force à chacune d'entre elles tout en renforçant l'unité.

Une allégorie à la gloire intemporelle des Médicis

Julien et Laurent n'apparaissent ni en défunts ni en chrétiens, mais en militaires romains, probablement pour évoquer le statut de chef de la Maison des Médicis ainsi que la fonction de capitaine de l'Église qui leur a été conférée par Léon X. Leurs poses sont cependant très différentes : Julien se tourne résolument vers l'autel image d, alors que Laurent médite image e. L'un incarne la vie active, l'autre la vie contemplative. Les deux statues sont animées de lignes diagonales dynamiques, tandis que l'allongement marqué des cous compense les déformations provoquées par le point de vue bas du spectateur.

Sous la figure de Julien, une femme portant un diadème au croissant de lune et associée à une chouette, un masque et une gerbe de blé incarne la Nuit image f. En pendant, un homme au visage inachevé personnifie le Jour image g. Ce sont les deux premières œuvres réalisées, et les postures montrent qu'à l'origine, les couvercles des sarcophages devaient être plats. Sur la tombe de Laurent, l'homme au visage non poli et la femme, tous deux sans attributs, représentent le Crépuscule image h et l'Aurore image i.

L'œuvre a suscité de nombreuses interprétations. Dans les figures féminines plus achevées que les masculines mais moins harmonieuses, certains ont reconnu l'inexpérience et la jeunesse de L'Aurore, et la maternité dans la nuit.

Plus globalement, en tenant compte des sculptures qui devaient compléter l'ensemble, se dessine une progression. Au-dessus du monde temporel représenté par les quatre allégories du Jour s'élève le monde céleste où prennent place Julien et Laurent, signifiant ainsi l'intemporalité de la gloire des Médicis. Le tout est renforcé par la promesse de la vie éternelle offerte par la Vierge, vers laquelle Julien et Laurent se tournent.

Une œuvre de référence

Michel-Ange occupe une grande place dans la création du style maniériste florissant au xvie siècle. Les sculptures des tombeaux des Médicis présentent des caractéristiques qui se remarquent déjà dans les nus masculins (ignudi) de la chapelle Sixtine image 2 : poses contrariées, diagonales dynamiques, torses puissants, cous longs et têtes petites.

À partir du xvie siècle, les artistes occidentaux qui se rendent à Rome, séjour devenu quasi obligatoire dans leur formation, s'arrêtent souvent à Florence. Les œuvres de Michel-Ange sont aussi diffusées par les gravures ou de petites copies.

La composition des tombes médicéennes inspire de nombreuses œuvres, dont la tombe de Christophe de Thou réalisée par Barthélemy Prieur après 1585 image 3, et, bien plus tard, la grande composition de La France impériale de Jean-Baptiste Carpeaux image 4 qui orne le pavillon de Flore au Louvre. La réflexion sur la figure d'homme assis en méditation aboutit chez Carpeaux à son Ugolin image 5et chez Rodin à son Penseur image 6.

L'aspect inachevé de la sculpture de Michel-Ange, appelé non finito, connaît lui aussi une postérité. Rodin saura utiliser la force qui émane d'un inachèvement volontaire, comme dans son Aurore image 7, dont la thématique rejoint celle des tombeaux des Médicis.

Nathalie Gathelier

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/tombeaux-des-medicis

Publié le 22/09/2022

Ressources

La biographie Michel-Ange sur Wikipédia

http://fr.wikipedia.org/wiki/Michel-Ange

Un texte sur l’œuvre de Michel-Ange à Florence

http://www.aboutflorence.com/florence/itineraires-Florence/michelangelo.html

Glossaire

Maniérisme : Courant artistique né en Italie au XVIe siècle que l’on considère comme la dernière phase de la Renaissance. Il tire son nom du mot italien maniera utilisé pour désigner le style personnel d’un artiste. Pour les peintres qui se rattachent à ce courant, l’effet de style prime sur l’équilibre et l’harmonie. Ils se distinguent par une élégance du dessin, des compositions complexes privilégiant tensions et déséquilibres, une distance par rapport à l’imitation servile de la nature.

Médicis : Famille florentine de banquiers collectionneurs et protecteurs des arts. Ses membres s’emparent progressivement du pouvoir à Florence au XVe siècle. Deux grands papes de la Renaissance en sont issus : Léon X (1475-1521) et Clément VII (1478-1534). Anoblie au XVIe siècle, la famille Médicis s’allie deux fois à la France en lui donnant deux reines et régentes : Catherine (1519-1589), épouse d’Henri II, et Marie (1575-1642), épouse d’Henri IV.