La photographie au-delà du réel

De Paul Strand à Man Ray, en passant par Moholy-Nagy, Christian Schad ou Marcel Bovis, ce parcours explore comment les avant-gardes du XXe siècle se sont affranchies de la fonction documentaire de la photographie. Photogrammes, rayographies, solarisation, réticulation ou brûlage de la gélatine : autant de techniques expérimentales qui manipulent la lumière et la matière pour offrir du réel une image inédite, entre abstraction et rêverie poétique.

1839

Les photogrammes de William Henry Fox Talbot

— Photogramme botanique en négatif d'une fronde de fougère sur fond clair.

1907

Début du cubisme

Portrait cubiste d'un homme, visage et buste décomposés en facettes géométriques.

1912

L'Arc noir de Kandinsky

Peinture abstraite aux formes organiques et traits noirs dynamiques sur fond pastel.

1914

Début de la Première Guerre mondiale

Groupe de soldats français posant dans une tranchée pendant la Première Guerre mondiale.

1917

Photographie abstraite et lumière

Photogramme abstrait aux formes sinueuses en noir et blanc

1919

Le Bauhaus

Portrait photographique en noir et blanc d'un homme, tête posée sur la main. Walter Gropius

1920

André Breton au festival Dada

Homme en lunettes tenant une cible et une pancarte manuscrite, portrait dadaïste.

1924

Le manifeste du Surréalisme d'André Breton

Page de titre du "Manifeste du surréalisme" d'André Breton, exemplaire manuscrit.

Années 20

Photogramme de László Moholy-Nagy

Photogramme abstrait composé de formes ovoïdes blanches et d'éclats géométriques sur fond noir.

Arrêt sur image

image de mode Willy Ronis

© GrandPalaisRmn - Gestion droit d'auteur Willy Ronis © Ministère de la Culture - Médiathèque du patrimoine et de la photographie, Dist. GrandPalaisRmn / Willy Ronis

Willy Ronis, Rue de Castiglione, Paris, épreuve gélatino-argentique, 7 août 1958

Photographe aux multiples talents, Willy Ronis, pour cette image de mode, choisit de travailler avec une focale assez longue (200mm) qui donne à l’image une certaine froideur, un cadrage très maîtrisé qui sied à la recherche de l’élégance. Paris, ville lumière, capitale de la mode, est suggérée par les cartes postales à l’arrière-plan. Les courbes du mannequin épousent nonchalamment celles de la grosse voiture américaine, rutilante de chrome, symbole d’un hédonisme consumériste et moderne. Ce télescopage urbain de culture chic à la française et d’américanité s’inscrit dans une réalité sociale de l’après-guerre qui voit nombre de photographes, notamment de mode, descendre dans la rue.

photographiant deux modèles dans le reflet d’un miroir déformant

© GrandPalaisRmn - Gestion droit d'auteur André Kertész © Ministère de la Culture - Médiathèque du patrimoine et de la photographie, Dist. GrandPalaisRmn / André Kertész

André Kertész, Distorsion n°91, négatif verre au gélatino-bromure d'argent, 1932-1933

En 1933, la revue satirique Le Sourire commande à André Kertész une série d'images licencieuses, aujourd'hui connue sous le nom de Distorsions, accompagnées d'un texte intitulé Fenêtre ouverte sur l'au-delà. Le photographe hongrois répond à la demande en photographiant deux modèles dans le reflet d’un miroir déformant. Le miroir instaure une ambivalence érotique, entre exposition d’une chair nue et désirable et envahissement de l’image par une partie du corps. Si ces photographies relèvent plus de l’intelligence créatrice et visuelle que d’une expérimentation avant-gardiste, la situation des deux modèles, d’âges sensiblement différents, dans des postures gentiment saphiques, invite à apprécier cette explosion des potentialités du corps féminin comme une déclaration d’indépendance du photographe face à la réalité.