Appartements Napoléon III Lefuel Hector

Grand salon

Nuit du 24 Mai 1871 - Détail

Auteur

Dimensions

Provenance

Technique

Architecture

Matériaux

Datation

1861

Lieu de conservation

France, Paris, musée du Louvre

Les appartements Napoléon III, situés côté rue de Rivoli, occupent la partie du Louvre construite entre 1852 et 1857 par les architectes Louis Visconti puis Hector-Martin Lefuel. Aménagés pour accueillir le ministère d’État sous le Second Empire, ils comprennent au rez-de-chaussée les bureaux du ministre et des secrétaires. L’escalier d’honneur image 1 conduit aux appartements privés du ministre, à la décoration discrète qui contraste avec les grands appartements d’apparat. Ils sont constitués de plusieurs pièces de réception, dont la grande antichambre, la galerie d’introduction, le salon-théâtre et le grand salon que nous étudions ici image principale. Cette pièce pouvait être éventuellement transformée en théâtre, et accueillir 265 spectateurs. Les musiciens se tenaient alors dans une loge située au-dessus de la grande porte donnant sur le salon-théâtre détail b

Un décor fastueux et luxueux 

De plan rectangulaire, le grand salon éclairé par un immense lustre en cristal de Baccarat détail c, est la pièce la plus prestigieuse des appartements de réception. La couleur dorée est partout présente : elle contribue grandement à l’impression de richesse et d’opulence de l’ensemble. La pièce, rythmée de pilastres cannelés blanc et or sur fond de faux marbre, est surmontée d’une large voussure dorée ceinturant la base du plafond détail d. Celle-ci est ornée de sculptures monumentales, en carton-pierre, œuvres de Joseph-Félix Simouillard et Eustache Bernard détail d

Le carton-pierre est une technique dérivée du papier mâché. Des moules permettent d’obtenir des ornements répétitifs. En séchant, ces décors deviennent durs comme de la pierre. Ce procédé est un signe du début de l’ère industrielle. La sculpture en carton-pierre est partout présente dans le grand salon : draperies, fleurs, rinceaux, amours rythment le décor des parties hautes. Par exemple, à chaque angle se trouve un trophée sculpté soutenu par deux putti et symbolisant un art détail e

L’architecte Hector-Martin Lefuel vise avant tout à impressionner, et utilise à cette fin des techniques modernes et des matériaux de substitution : les faux marbres, le carton-pierre et la galvanoplastie. Ce procédé consiste à appliquer une couche métallique sur une matière par électrolyse. Peu de grands noms, tant peintres que sculpteurs, ont travaillé à l’élaboration de ces appartements. On ne peut nier cependant la réussite de Lefuel dans la création d’un ensemble imposant et majestueux bien révélateur de cette époque. 

Les peintures du grand salon 

Au plafond , une œuvre de Charles-Raphaël Maréchal réalisée en 1860 représente l’empereur et l’impératrice. Assis sur des trônes, ils accueillent les Administrations, les Beaux-Arts et les Arts mécaniques, qui leur présentent les projets et les modèles d’exécution du nouveau Louvre détail f. Quatre peintures de forme semi-circulaire ornent la voussure et illustrent quatre moments de l’histoire du Louvre à travers les siècles. Elles mettent à l’honneur quatre souverains : d’abord François Ier qui, au retour de sa captivité de Madrid, décide de faire du Louvre sa résidence détail g. La démolition du château fort est décidée. Le souverain écoute ici l’architecte Pierre Lescot qui lui présente le nouveau projet. Jean Goujon, un des principaux sculpteurs qui ont travaillé à l’ornementation du bâtiment, se tient à côté. 

La deuxième souveraine est Catherine de Médicis qui, en 1564, fait construire à 500 mètres du Louvre le château des Tuileries image 2. Ici, la reine explique le projet aux seigneurs de sa suite détail h. Cette résidence est le point de départ d’un projet de plusieurs siècles que l’on appellera le « Grand Dessein » image 3

Initié par le roi Henri IV, troisième roi représenté dans les peintures du grand salon, ce projet se structure par la création d’une grande galerie de 460 mètres reliant le Louvre au palais des Tuileries. Ici, Henri IV donne les derniers ordres à Sully et à l’architecte Androuet du Cerceau pour la réalisation de cette galerie, nommée la Galerie du bord de l’eau détail i – aujourd’hui la Grande Galerie. 

Louis XIV est le quatrième souverain mis à l’honneur. Cette peinture illustre un épisode déterminant. Le moment où le Louvre devient pleinement un lieu consacré aux arts. Le souverain y installe l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1692 image 4. En mettant en valeur Louis XIV comme souverain bâtisseur et protecteur des arts, le programme décoratif établit un parallèle avec Napoléon III lui-même. Louis XIV achève le grand Louvre classique, Napoléon III achève le nouveau Louvre. La peinture consacrée à Louis XIV devient ainsi une pièce d’un discours historique, elle inscrit l’action de Napoléon III dans la continuité des grands souverains qui ont façonné l’histoire du Palais. 

Du mobilier luxueux… et curieux 

Le mobilier est mis en place à la fin de l’année 1860. Les sièges ne sont plus appuyés contre le mur, ils envahissent la totalité de la pièce. Ceux-ci traduisent les aspirations au luxe et au confort caractéristiques de cette époque. La grande innovation est le capitonnage : ce matelassage très doux, fait à l’origine avec de la bourre de soie, était plutôt réservé aux fauteuils des malades ; les tapissiers du Second Empire l’adoptent avec un rembourrage de laine. En outre, dans certains fauteuils du salon-théâtre, le bois n’est plus du tout apparent. 

Au centre du grand salon, le canapé borne est de forme circulaire détail j. Il comprend quatre sièges adossés à un socle qui forme une sorte de jardinière dans laquelle sont mises des plantes vertes. Autres sièges curieux : le confident. Il s’agit d’un siège à deux places ayant la particularité de permettre à deux personnes de discuter en se faisant face Il permet des conversations intimes. 

L’indiscret est un meuble où trois fauteuils sont accolés détail k. Il permet à trois personnes de discuter sans avoir à tourner la tête. Ce dernier comprend trois fauteuils accolés réunis par une traverse supérieure en forme d’hélice. Des chaises légères au dossier ajouré en forme de lyre et des fauteuils complètent l’ameublement détail j

Des soirées somptueuses 

Le ministère d’État, créé le 22 janvier 1852, est chargé de la coordination et de la direction des affaires, ainsi que de la politique de prestige de l’empereur Napoléon III : il organise des fêtes et des cérémonies et intervient également dans le domaine des beaux-arts, des théâtres et des musées. Plusieurs ministres d’État se sont succédé pendant le Second Empire, dont Achille Fould. Celui-ci a joué un rôle important dans la conception du programme architectural et décoratif du ministère, à la fois comme ministre chargé de la réunion du Louvre aux Tuileries et comme futur occupant. 

Mais il n’occupa finalement pas les lieux, qui furent inaugurés par son successeur Alexandre Walewski en février 1861 image 5. À cette occasion, un somptueux bal costumé est donné. Avec les Walewski, les salons du ministère d’État connurent leur période la plus brillante. Le comte Walewski était apprécié pour son affabilité, et la belle comtesse Walewska contribuait au prestige des soirées. Les fêtes se succédaient, conformément aux encouragements de l’empereur qui incitait ses ministres et ses hauts fonctionnaires à multiplier les réceptions. Le ministère d’État fut supprimé en 1869. Les appartements Napoléon III échappèrent de justesse à l’incendie des Tuileries des 23 au 26 mai 1871 image 6

Après la Commune s’ouvre, avec l’installation du ministère des Finances, un nouveau chapitre de l’histoire de ces appartements. Le transfert de ce ministère à Bercy dans le XIIe arrondissement de Paris, en 1989, libère plus de 20 000 mètres carrés, que le musée du Louvre a récupérés.

Au Louvre ! Les appartements Napoléon III, une vidéo du musée du Louvr, 3mn

 

Antonella Colé

Permalien : http://panoramadelart.com/analyse/appartements-napoleon-iii

Publié le 18/05/2026

Glossaire

Galvanoplastie : Placage d’une couche métallique par électrolyse.  Pour réaliser la statue de Notre-Dame de la Garde, un moule en latex de celle-ci fut plongé dans un bain de sulfate de cuivre, où un courant électrique continu fixa le métal sur le moule.