Jésus guérissant un sourd-muet Breenbergh Bartholomeus
Jésus guérissant un sourd-muet
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Pourquoi cette scène biblique est-elle représentée dans un paysage de ruines ?
L’artiste hollandais Bartholomeus Breenbergh s’est rendu à Rome au début du XVIIesiècle pour apprendre son métier de peintre de paysage. Il en a gardé une nouvelle façon de présenter les scènes bibliques.
Un tableau religieux
Dans un paysage inspiré de l’Italie, que l’on qualifie d’italianisant, des ruines antiques imposantes couvertes de végétation surplombent une foule de petits personnages, massée en un groupe compact image principale. Au premier plan détail b, dans l’ombre, des promeneurs et un infirme observent ce qu’il se passe dans la partie droite du tableau. La lumière guide le regard vers des silhouettes claires parmi lesquelles on peut identifier le Christ debout et un homme à ses pieds détail c.
Il s’agit d’une scène biblique, tirée de l’Évangile selon saint Marc (VII, 32-35) : après avoir quitté la région de Tyr, Jésus se rend en territoire de la Décapole, région située à l’est du Jourdain. On lui amène un sourd-muet qu’il guérit à l’écart de la foule : « Aussitôt ses oreilles s’ouvrirent, sa langue se délia, et il parla très bien. » Les nuages gris et les teintes sombres de la partie gauche contrastent avec les couleurs claires et éclatantes de celle de droite image principale, créant une tension et mettant en valeur le miracle en train de s’accomplir.
Le paysage en terre italienne
Le peintre, Bartholomeus Breenbergh image 1, fait partie des nombreux artistes européens qui se rendent en Italie au début du XVIIe siècle. Présent à Rome à l’âge de 20 ans, il y demeure et y travaille pendant dix années. Quelques années après son arrivée, en 1623, il fonde avec ses compatriotes néerlandais Van Pœlenburgh et Van Baburen la Schilderbent, la corporation des peintres nordiques. Au sein de cette puissante et joyeuse compagnie, il reçoit le surnom de Het Fret, « le Furet ». Comme beaucoup d’autres, il souhaite expérimenter une nouvelle manière de peindre des paysages en se confrontant aux vestiges de l’Antiquité romaine. Tous arpentent la ville et la campagne du Latium image 7, leur carnet de dessins à la main, pour représenter les vestiges architecturaux qu’ils découvrent. Ils sont également sensibles à la lumière méridionale, bien différente de celle du nord de l’Europe : ses accents chauds deviendront une des caractéristiques de leur peinture.
Un disciple de Paul Bril
À Rome, Breenbergh rencontre Paul Bril, un Anversois âgé de quarante-cinq ans de plus que lui, auteur de nombreux paysages à fresque ou à la peinture à l’huile pour de grands commanditaires romains image 2. Il s’initie à un vaste répertoire de paysages en collaborant avec Bril, considéré comme le fondateur de la nouvelle école de paysages « italianisants ». Ils mettent en scène de petites figures parmi des motifs de rochers, d’arbres, de ruines et de cours d’eau dans une lumière dorée.
Breenbergh réalise de nombreux dessins à la plume et au lavis durant cette période. Ils expriment son goût pour les compositions monumentales et poétiques et avec des éclairages contrastés image 3 image 4.
Les paysages italianisants à Amsterdam
De retour dans les Provinces-Unies, la république du nord des Pays-Bas en 1629, Breenbergh utilise ses nombreuses études romaines pour réaliser peintures et gravures à l’eau-forte. Le paysage avec Jésus guérissant un sourd-muet montre quelques restes de maniérisme, dans les figures élégantes et chantournées, comme le personnage exotique de l’enfant coiffé d’un bonnet à plume au premier plan détail d, et surtout dans un certain goût pour le paradoxe, puisque le sujet principal du tableau se remarque dans un second temps, après le décor.
La scène narrative n’est en effet pas aisée à distinguer ni à identifier. L’œil est d’abord séduit par la monumentalité des ruines et la solennité de l’atmosphère générale. Le style du peintre est désormais marqué par la construction dynamique, basée sur de grandes diagonales et des contrastes importants.
Un décor de ruines pour raconter l’Histoire
C’est à partir des années 1630 que Breenbergh introduit des figures bibliques (ou mythologiques) dans ses œuvres image 5. Les ruines reprennent en les modifiant légèrement celles de la villa de Mécène, à Tivoli, où a également été construite la villa de l’empereur Hadrien. Le détail des caissons sous la voûte semble inspiré de la basilique de Constantin dont les vestiges se trouvent sur le forum romain. Ces motifs, très appréciés à Rome, le sont également dans les pays du Nord, constituant un cadre jugé adéquat pour l’histoire ancienne. Ils apportent aussi une variation exotique dans le genre du paysage « local ». Parallèlement, Breenbergh développe un style de plus en plus naturaliste, décrivant les accents de lumière sur les feuillages avec une grande virtuosité. Il aime accentuer les masses et les contrastes. Cette évolution vers une peinture d’histoire chargée de références s’inscrit dans une évolution générale de l’art néerlandais de cette époque image 6.
Mots-clés
Stéphanie Cabanne
Permalien : http://panoramadelart.com/analyse/jesus-guerissant-un-sourd-muet
Publié le 20/02/2026
Ressources
Glossaire
Eau-forte : Acide nitrique utilisé pour mordre les plaques de cuivre et les creuser. Elle est utilisée par les émailleurs, les graveurs…
Lavis : Dilution de l’encre avec de l’eau afin d’obtenir différentes intensités
Maniérisme : Courant artistique né en Italie au XVIe siècle que l’on considère comme la dernière phase de la Renaissance. Il tire son nom du mot italien maniera utilisé pour désigner le style personnel d’un artiste. Pour les peintres qui se rattachent à ce courant, l’effet de style prime sur l’équilibre et l’harmonie. Ils se distinguent par une élégance du dessin, des compositions complexes privilégiant tensions et déséquilibres, une distance par rapport à l’imitation servile de la nature.
Peinture d’histoire : Genre pictural majeur représentant des scènes inspirées de l’histoire, de la religion, de la mythologie ou de la littérature.