La Maison carrée, les arènes et la tour Magne à Nîmes Robert Hubert
La Maison carrée, les arènes et la tour Magne à Nîmes
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Ce tableau image principale, d’un format presque carré (243 cm × 244 cm), a été réalisé par Hubert Robert. Il appartient à une série de quatre peintures image 1 image 2 image 3, commandées par la direction des Bâtiments du Roi en 1786 pour la salle à manger des petits appartements de Louis XVI au château de Fontainebleau. Hubert Robert adapte ses tableaux à cette salle à manger, en tenant compte de son espace, de l’orientation des fenêtres, de la lumière naturelle. Ces toiles se voulaient un témoignage de la grandeur romaine en Gaule mettant en valeur le patrimoine français.
Nîmes, paysage de la réalité ?
Cette vue de Nîmes n’existe pas dans la réalité. Hubert Robert recompose le paysage en éliminant toute construction contemporaine pour ne garder que les monuments antiques emblématiques de la ville de Nîmes. C’est une « vue idéale », et cette façon de peindre est caractéristique des compositions du peintre, qui aime créer une sorte de « musée imaginaire » des ruines.
Au premier plan est représentée la Maison carrée (lieu de culte romain de l’époque d’Auguste) ; au second plan, l’amphithéâtre (qui date de 60 ap. J.-C.) détail b ; et au troisième plan, la tour Magne (la grande tour, la plus haute de l’enceinte romaine) détail c. Tous ces édifices sont dépeints par l’artiste avec une grande précision, dans leur état remarquable de conservation. Sur le sol sont montrés pêle-mêle des restes de monuments : bases de colonnes, inscriptions gravées dans le marbre, sarcophages détail d. La composition est animée par de nombreux personnages détail b détail d détail e détail f dominés par les dimensions imposantes de la Maison carrée. Leur petite taille par rapport aux monuments donne une impression de grandeur et de permanence de l’Antiquité face à la vie quotidienne. On retrouve souvent ce contraste dans les autres tableaux du peintre. Certains personnages sont vêtus à l’antique et rappellent les figures de Nicolas Poussin. Quant à la lumière presque dorée, elle fige les vestiges et en donne une impression d’éternité.
Entre fiction et réalité
Le caprice architectural est une vue imaginaire où sont représentés des éléments réels et/ou fictifs, comme des bâtiments et des ruines, dans le but de créer une scène poétique. Il ne respecte pas forcément la réalité historique ou géographique. L’imagination du peintre produit des paysages d’architecture qui n’existent que dans son œuvre. En Italie, dans la première moitié du XVIIIe siècle, Panini image 4 en a été l’un des grands représentants. En France, dans la seconde moitié de ce siècle, Hubert Robert devient le maître français de ce genre pictural.
« Robert des Ruines »
Hubert Robert, surnommé « Robert des Ruines », fit de ce type de visions architecturales une véritable spécialité. Formé à Rome, où il séjourne de 1754 à 1765, il y découvre les trésors de l’Antiquité et les paysages urbains mêlés de fragments archéologiques. Il étudie les maîtres italiens. Revenu en France, il représente aussi bien les monuments romains que les vestiges français, mais également des ruines imaginaires conçues avec fantaisie. Académicien, proche des cercles de collectionneurs et de mécènes, il incarne une sensibilité nouvelle : celle où la ruine n’est pas seulement le témoignage d’un passé, mais aussi une vision poétique.
L’engouement pour les monuments antiques
À cette époque, les monuments antiques font l’objet d’une attention particulière. L’inscription dédicatoire concernant la Maison carrée est déchiffrée en 1758. Dès les années 1770, l’administration royale s’intéresse de près aux monuments antiques du Midi. Elle encourage ce courant d’études très sérieux et d’une rigueur archéologique toute nouvelle. De plus, il faut y voir le reflet de l’évolution de la peinture d’histoire : David reçoit en 1785 la commande officielle, pour le roi, du Serment des Horaces image 5.
Hubert Robert montre son grand intérêt pour cette tendance antiquisante, novatrice, mais qui revendique aussi sa filiation avec l’art de Poussin, grand représentant du classicisme français. Hubert Robert peut être qualifié de peintre néoclassique et, par certains aspects de sa peinture, préromantique
Mots-clés
Catherine Vergnol
Permalien : http://panoramadelart.com/analyse/la-maison-carree-les-arenes-et-la-tour-magne-nimes
Publié le 10/02/2026
Ressources
Glossaire
Caprice architectural : Architecture de fantaisie. Le peintre part de monuments réels, mais ce qu’il réalise n’a rien à voir avec une vue photographique : il supprime des éléments, en rapproche d’autres. Il s’agit d’une recomposition.
Néoclassicisme : Mouvement artistique qui se développe du milieu du XVIIIe au milieu du XIXe siècle. Renouant avec le classicisme du XVIIe siècle, il entend revenir aux modèles hérités de l’Antiquité, redécouverts par l’archéologie naissante. Il se caractérise par une représentation idéalisée des formes mises en valeur par le dessin.
Romantisme : Le mot est introduit dans la langue française par Rousseau à la fin du XVIIIe siècle. Il désigne par la suite un élan culturel qui traverse la littérature européenne au début du XIXe siècle, puis tous les arts. Rompant avec les règles classiques, la génération romantique explore toutes les émotions données par de nouveaux sujets, en privilégiant souvent la couleur et le mouvement.