La Balançoire Renoir Auguste

La Balançoire

Sylvia Bataille dans le rôle d’Henriette

Dimensions

H. 92 cm ; L. 73 cm

Provenance

Technique

huile sur toile

Matériaux

Datation

1876

Lieu de conservation

Paris, musée d’Orsay

Qui donc est cette jeune personne ? Où le peintre l’a-t-il rencontrée ?

Par une belle journée ensoleillée, une toute jeune femme se balance. « Un tableau doit être une chose aimable, joyeuse et jolie, oui, jolie ! » Ainsi s'exprimait Auguste Renoir. Son œuvre La Balançoire [ image principale ] est certainement l'une de celles qui représentent le mieux cette joie de vivre.

Renoir peint ce tableau en 1876 dans le jardin de la maison où il vient d'emménager, rue Cortot, à Montmartre. Contemporaine du célèbre Bal au Moulin de la Galette [ image 1 ], l'œuvre s'inscrit au cœur de sa période impressionniste. Autour de la jeune femme apparaissent des amis de Renoir venus jouir de la vie dans ce lieu champêtre à l'heure où Paris connaît les grandes mutations urbaines d'Haussmann.

Jeanne à Montmartre

La jeune femme, à la tournure élégante et qui se tient nonchalamment aux cordes de la balançoire, se nomme Jeanne. Habituellement elle travaille dans un petit atelier de couture, mais elle aime surtout faire du canotage et danser. C'est au bal du Moulin de la Galette, pas très loin de la rue Cortot, qu'elle a croisé Renoir. Par sa grâce, son allure, elle plaît immédiatement au peintre. Il l'invite alors à venir poser dans sa maison-atelier toute proche, elle hésite. Renoir insiste, rencontre l'amant de Jeanne pour le rassurer sur ses intentions et finalement obtient gain de cause. Dans le tableau, elle attire tous les regards.

Un homme vu de dos la contemple : il s'agit probablement de Georges Rivière. Témoin de ce moment chez Renoir, il nous apprend que la jeune femme les distrait en conversant légèrement et en contant toutes sortes d'anecdotes tandis que Renoir peint que désirant placer un petit enfant dans le bas de la composition à gauche, mais gêné par l'agitation de son modèle, le peintre renonce à le faire poser et préfère finalement se servir d'une poupée. L'autre homme, appuyé à l'arbre, que nous voyons de face, est également peintre. Il se nomme Norbert Goeneutte et fait partie des amis de Renoir. Ce sont les mêmes que nous retrouvons dans le tableau Le Bal au Moulin de la Galette [ image 1 ]. Ceux qui écoutent Jeanne et la regardent se balancer dans le jardin et qui l'après-midi accompagnent Renoir jusqu'à la rue Lepic l'aidant à y transporter sa grande toile du Moulin. Jeanne y danse avec le Cubain Cardenas, tandis que sa sœur Estelle, assise à droite, pose en compagnie de Goeneutte, Lamy et Rivière.

Au cœur de l'impressionnisme

Renoir, travaillant en plein air, dans une mosaïque de touches légères, de tons fondus, saisit le jeu de la lumière qui perce à travers le feuillage des arbres. Les taches colorées font vibrer la toile et la construisent par contrastes. La robe blanche de Jeanne, ponctuée de nœuds bleus, n'est en fait qu'un amalgame de tonalités opposées de bleu, de vert, de jaune, de rose, qui se réconcilient dans la lumière ambiante. L'ombre bleutée des arbres s'étend au sol, éclairée ici et là de rose, d'orangé et de jaune. La lumière joue partout par petites touches éparses, sur l'enfant, les troncs d'arbre, les chapeaux, les cheveux, les vêtements. Une touche de rouge, unique, conduit le regard vers l'homme [ détail b ] qui porte cette cravate flamboyante et vers le groupe de promeneurs de l'arrière-plan. Renoir utilisera ce même effet novateur et en jouera dans une gamme de couleurs très proche et avec une technique analogue dans Le Bal du Moulin de la Galette, travaillé sur place, rue Lepic.

Une scène galante dans l'esprit du XVIIIe siècle

Renoir aborde ici un sujet relativement rare en peinture, mais dont le caractère plaisant ne pouvait que lui convenir. Il affirme d'emblée une filiation avec Boucher, Fragonard [ image 2 ] et Watteau, peintres qu'il admire. Ce regard vers le passé révèle le goût de Renoir pour la grande tradition et annonce ses futures recherches.

Un succès tardif

La Balançoire et Le Bal au Moulin de la Galette appartiennent aux vingt et un tableaux que Renoir présente lors de la troisième exposition impressionniste en 1877. C'est un échec. Ces peintures audacieuses, considérées aujourd'hui comme des chefs-d'œuvre, sont alors reçues avec une hostilité quasi générale. Heureusement, le peintre est soutenu par le marchand de tableaux Paul Durand-Ruel. Le succès viendra plus tard, en 1879, avec le Portrait de Mme Georges Charpentier et ses enfants, présenté au Salon. Renoir s'orientera alors vers une nouvelle manière de peindre et abandonnera la technique impressionniste. Par la suite, le corps féminin, cette fois mis à nu, sera privilégié et enfin magnifié dans Les Baigneuses [ image 3 ].

Pourtant La Balançoire n'a pas que déplu : Zola, qui l'a remarquée, reprend l'image dans une scène de son roman Une page d'amour, publié fin 1877, où son héroïne Hélène se balance dans un jardin.

En 1936, Jean Renoir, cinéaste et fils du peintre, la réinterprète dans son film Une partie de campagne. Cette fois, c'est Henriette, incarnée par l'actrice Sylvia Bataille, qui se balance [ image 4 ].

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Véronique Duprat-Roumier

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/la-balancoire

Publié le 22/09/2022

Ressources

Glossaire

Impressionnisme : Courant artistique regroupant l’ensemble des artistes indépendants qui ont exposé collectivement entre 1874 et 1886. Le terme a été lancé par un critique pour tourner en dérision le tableau de Monet Impression soleil levant (1872). Les impressionnistes privilégient les sujets tirés de la vie moderne et la peinture de plein air.

Touche : La touche désigne la matière picturale appliquée d’un seul coup de pinceau sur le support. Le terme peut également désigner plus largement la manière dont le peintre travaille.

Salon : Au XVIIIe siècle les expositions des membres de l’Académie royale de peinture et de sculpture se tenaient dans le Salon carré du Louvre. Le terme « Salon » désigne par la suite toutes les expositions régulières organisées par l’Académie.