La Charrette de foin Constable John
La Charrette de foin
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Pourquoi ce tableau est-il devenu une des icônes de la peinture anglaise ?
La Charrette de foin image principale peinte par l’Anglais John Constable en 1821 est présentée pour la première fois, cette même année, à la Royal Academy de Londres sans y trouver le succès. Trois ans plus tard, au Salon de Paris, l’œuvre remporte une médaille d’or.
L’art du paysage
John Constable puise son inspiration dans l’univers qui lui est familier : la campagne de son enfance dans le comté de Suffolk en Angleterre image 7 . L’endroit exact où a été peinte cette œuvre peut être identifié grâce à la chaumière, connue sous le nom de Willy Lott’s Cottage image 7 . La cheminée qui fume suggère une présence à l’intérieur. Cette demeure existe encore aujourd’hui dans cette région du Suffolk connue d’ailleurs sous le nom de Constable Country.
Avant le XIXe siècle, notamment en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, le paysage était considéré comme un genre mineur dans la hiérarchie académique. Il servait seulement de décor pour des scènes mythologiques ou religieuses. Cependant dans les Flandres dès le XVIIe siècle, le paysage devient un genre à part entière. La lumière et les variations du ciel sont scrupuleusement représentées. Cette tradition annonce en partie l’intérêt que Constable portera à l’observation directe de la nature image 1.
À cause des conflits entre la France de Napoléon et l’Angleterre, il est devenu difficile de voyager pour les artistes anglais. C’est ainsi que la campagne anglaise devient leur principale source d’inspiration. John Constable tient un rôle important dans cette transformation de l’art du paysage.
Une campagne vivante
Ce paysage est traversé par la rivière nommée la Stour, frontière entre le Suffolk, où se trouve le cottage, et l’Essex, sur la rive opposée. Au premier plan, le cours d’eau s’étale en une large boucle. Il s’enfonce dans la composition, accentuant la profondeur du tableau. S’y trouve une charrette à foin en bois détail b. Elle est le point focal de la composition. Vues de biais, les roues immenses sont cerclées de bandes métalliques. Avec la chaleur, le bois se rétracte. L’habitude était d’immerger les roues dans l’eau pour que le métal ne puisse se desserrer. La charrette est tirée par des chevaux aux selles rouges. On observe aussi dans les roseaux, près d’une barque, un pêcheur avec un foulard rouge détail c. Ces taches de couleur intensifient le vert des champs et du feuillage. Ce vert extrêmement frais constituait une grande nouveauté dans la peinture anglaise, qui traitait jusque-là la végétation dans des tons bruns. Près de la chaumière, une femme agenouillée plonge une cruche dans l’eau détail d. Sa présence illustre un aspect de la vie domestique dans ce milieu rural. Au premier plan, un chien aboie en direction de la charrette détail e, un des deux personnages tend la main vers les chevaux détail b. À l’arrière-plan, des paysans travaillent à la moisson dans les champs sous le soleil détail c. Constable présente ici la vie champêtre comme il la voyait, avec simplicité, sans l’idéaliser. Il transmet l’image d’un univers naturel dans lequel l’homme, les animaux et le paysage sont en harmonie.
Un travail en plein air
Constable est un peintre réaliste. Pour lui, l’art se trouve « sous n’importe quelle haie et dans n’importe quelle prairie ». Il travaille lentement et réalise des croquis en plein air dans la vallée de la Stour. Pour ce tableau, en plus des esquisses en extérieur, il fait une esquisse grandeur nature à l’huile sur toile. Cette étude préparatoire, The Hay Wain (La Charette de foin) est aujourd’hui conservée dans la collection du Victoria and Albert Museum de Londres image 2. Peintes au couteau, les touches larges et rapides annoncent l’impressionnisme.
En revanche, le tableau dédié à être présenté à la Royal Academy est peint par l’artiste dans son atelier londonien. La touche y est précise et soignée. Constable représente la nature avec vérité, notamment les variations de l’atmosphère. Le caractère instable du temps – éclaircies, averses propres au climat océanique – est ainsi presque palpable détail f. Plus tard, Claude Monet réemploiera ces réflexions sur la lumière pour la série de toiles représentant la Tamise à Charing Cross image 3. Dans La Charrette de foin, d’un côté le paysage est ouvert et le ciel, malgré l’accumulation de nuages blancs, laisse transpercer la lumière du soleil détail f. L’ombre joue sur les champs. De l’autre côté de la composition, le ciel est très sombre et contribue à mettre en valeur la silhouette presque inquiétante des arbres. Quelques touches de blanc sur la chaumière illuminent l’espace. L’eau avec ses reflets clairs et sombres, ses petits remous blancs sur la rive, anime l’œuvre.
Constable, « peintre météorologue », exercera une influence décisive sur l’évolution de la peinture de paysage en France et en particulier sur les peintres de l’école de Barbizon.
Ses contemporains
De 1750 à 1780, le portrait anglais a toute son importance. Il atteint son apogée avec deux artistes : Thomas Gainsborough image 4 et Joshua Reynolds image 5. Le paysage n’avait que peu d’importance. Mais au début du XIXe siècle, un changement radical se produit. Il est porté à son sommet par deux maîtres : John Constable et William Turner image 6. Ils sont de la même génération. En 1803 est créée l’école de Norwich, qui devient le premier groupe provincial de peintres anglais paysagistes. Ces peintres s’inspirent de l’environnement naturel du Norfolk. Parmi les artistes, John Crome et Robert Ladbrooke, qui se réunissaient à la taverne du village à Norwich. Cette installation à la campagne est une manière d’échapper à l’industrialisation londonienne. La date de 1834 marque la fin de cette association culturelle.
Reconnaissance
À la suite de son exposition au Salon de Paris en 1824, l’œuvre est vendue au marchand John Arrowsmith. Elle est ensuite achetée par le collectionneur Henry Vaughan qui en 1886 l’offre à la National Gallery à Londres.
John Constable, le peintre-météorologue qui avait la tête dans les nuages, une vidéo de France Culture, Culture Prime
Mots-clés
Antonella Colé
Permalien : http://panoramadelart.com/analyse/la-charrette-de-foin
Publié le 13/04/2026
Glossaire
Hiérarchie des genres : Classification, par l’Académie royale de peinture et de sculpture, des sujets de tableaux. Le grand genre est celui de la peinture d’histoire, relatant des épisodes de l’Antiquité, de la Bible, de l’Histoire…il permet de transcrire le sentiment, le devoir, la pensée humaine. Viennent ensuite le portrait, qui décrit les formes et l'expression d'une morphologie humaine, puis la scène de genre, qui met en scène la personne humaine dans le quotidien, le labeur, non plus dans le sentiment ou la pensée. Le paysage traduit quant à lui une idée de perspective, de construction, de composition. Enfin la nature morte : elle se limite à une description simple d'un objet ou d'un groupe d'objets inanimé ou peu animé.
Impressionnisme : Courant artistique regroupant l’ensemble des artistes indépendants qui ont exposé collectivement entre 1874 et 1886. Le terme a été lancé par un critique pour tourner en dérision le tableau de Monet Impression soleil levant (1872). Les impressionnistes privilégient les sujets tirés de la vie moderne et la peinture de plein air.
École de Barbizon : Groupe de peintres installés à Barbizon, en forêt de Fontainebleau, dans les années 1840-50. Ils se consacrent surtout à la peinture de paysage et annoncent l’impressionnisme. Les plus célèbres sont Camille Corot, Charles-François Daubigny, Jean-François Millet et Théodore Rousseau.