La Colonne Vendôme

La Colonne Vendôme

Auteur

Dimensions

H. : 440 cm ; D. : 360 cm

Provenance

Technique

Architecture, Relief

Matériaux

Datation

1810 - 1873/1975

Lieu de conservation

France, Paris

Que représente la colonne Vendôme dans l’histoire ?

Érigée au centre de la place éponyme construite par Louis XIV, la colonne Vendôme image principale est achevée le 15 août 1810. Haute de 44 m et d’un diamètre de 3,60 m, elle change de nom à plusieurs reprises : colonne d’Austerlitz, colonne de la Victoire, colonne de la Grande Armée. Elle fut abattue par la colère parisienne en 1871, avant d’être reconstruite par la République.

Un lieu de prestige et de finance

En 1685, Louis XIV fait aménager un lieu prestigieux à la place de l’hôtel de Vendôme, qui lui donne son nom : la place Vendôme image 16. Cette place est entourée de bâtiments publics : hôtel des Monnaies, hôtel des Académies, Bibliothèque royale, hôtel des Ambassadeurs extraordinaires… L’architecte Jules Hardouin-Mansart mène les travaux et François Girardon réalise la monumentale statue équestre de Louis XIV image 2 qui est installée au milieu de la place image 1. Toutefois, l’argent manque. Le projet est modifié. L’idée des bâtiments publics est abandonnée, mais on imagine des façades luxueuses devant des terrains nus. Un décor de théâtre, en quelque sorte. Les façades sont achevées, les terrains à l’arrière sont vendus à de riches acquéreurs (les architectes Hardouin-Mansart, Robert de Cotte, Gabriel, les financiers Crozat ou John Law…), qui construisent de somptueux hôtels particuliers. La place Vendôme est l’une des plus élégantes de Paris.

La statue de Louis XIV remplacée par la colonne impériale

Pendant la Révolution, la place Vendôme devient la place des Piques. La statue de Louis XIV est fondue en 1792. En 1800, Napoléon Bonaparte ordonne l’érection d’un monument « à la mémoire des braves du département ». Grand admirateur de Rome, il s’inspire de la colonne Trajane image 3, qui raconte et commémore les victoires de l’empereur Trajan. C’est ainsi qu’en 1803, il fait ériger une colonne au milieu de la place Vendôme dédiée à la gloire du peuple français. Devenu empereur le 2 décembre 1804, Napoléon Ier est victorieux à Austerlitz le 2 décembre 1805. Il prend à l’ennemi 1 200 canons de bronze, qui seront fondus pour réaliser la colonne. Vivant-Denon, directeur du musée Napoléon (aujourd’hui musée du Louvre), dirige le projet, sur lequel la « dernière expédition y serait écrite en bronze par un bas-relief de huit cent trente pieds, représentant les opérations de la mémorable campagne de 1805, de même que l’expédition contre les Daces l’a été sur la colonne Trajane ». Il ne s’agit plus de rendre hommage aux « braves du département » ni au peuple français, mais à l’armée impériale.

Une bande dessinée de 253 m de long

Les architectes Lepère et Gondouin construisent un piédestal image 4 image 5 qui supporte la colonne. Celle-ci est couverte de 425 plaques de bronze. Au centre, un escalier très étroit de 176 marches, qui mène à la plateforme supérieure s’enroule en spirale autour du fût, sur lequel sont relatés des faits militaires : le camp de Boulogne-sur-Mer face à l’Angleterre, le départ de l’armée, les batailles, le retour triomphal de l’empereur à Paris à la tête de sa garde, le 26 janvier 1806. Au sommet, se trouve une statue de Napoléon Ier en empereur romain (que nous appelons version 1) par Chaudet. Une inscription l’identifie : « Monument élevé à la gloire de la Grande Armée par Napoléon le Grand, commencé le 25 août 1806, terminé le 15 août 1810. » L’inauguration est prévue pour le jour de l’anniversaire de Napoléon (15 août), mais celui-ci sera absent à la cérémonie. En effet, il vient d’épouser Marie-Louise, archiduchesse d’Autriche, fille de l’empereur vaincu à Austerlitz.

De multiples transformations entre 1815 et 1870

En 1814, le roi Louis XVIII succède à l’Empire : c’est la Restauration. La statue de l’empereur (version 1) est fondue image 6. Le bronze permettra de fabriquer, en 1818, la statue d’Henri IV sur le Pont-Neuf, à Paris.

À l’époque du roi Louis-Philippe, en 1831, la popularité de Napoléon est considérable. Aussi, le roi fait replacer une statue sur la colonne le 28 juillet 1833. Le sculpteur Charles-Émile Seurre représente l’empereur en soldat (version 2) image 7. Il est vêtu de la redingote et du bicorne de « petit caporal », la main gauche glissée dans son gilet. Il porte l’étoile de la Légion d’honneur. En chef militaire, il illustre le patriotisme, un idéal d’héroïsme.

En 1852, sous le Second Empire, Napoléon III, neveu de Napoléon Ier, considère que cette précieuse statue de son oncle en soldat (version 2) est en péril au sommet de la colonne et la fait déposer en 1863. Il demande au sculpteur Dumont une copie de la statue de Napoléon en empereur par Chaudet (version 1), qui avait été fondue en 1818, et dont seule la Victoire image 8 semble avoir été préservée. Dumont sculpte un autre Napoléon en empereur (version 3) et replace dans sa main la Victoire de la version 1. Napoléon III trouvait sûrement plus prestigieux de représenter son oncle en empereur. Cette statue se trouve encore aujourd’hui au sommet de la colonne Vendôme.

1871 : la Commune et l’affaire Courbet

En 1870, Napoléon III est vaincu par les Prussiens. L’année suivante, de mars à mai 1871, une partie de la population parisienne se soulève contre le gouvernement : c’est la Commune, célèbre mouvement insurrectionnel. Le peintre Gustave Courbet, élu président de la Commission des arts, est chargé de la sauvegarde des œuvres d’art parisiennes.  Le 14 septembre 1870, il demande à déboulonner la colonne pour la faire reconstruire aux Invalides, puis finalement pour la transporter à l’hôtel de la Monnaie et en fondre le bronze : « La Commune de Paris, considérant que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité, décrète : article unique – La colonne Vendôme sera démolie. ». Élu à la Commune de Paris le 16 avril 1871, il fait démolir la colonne le mois suivant, 16 mai image 9 image 10. Lors de la reprise de Paris, les photographies image 11 prises au moment de la destruction de la colonne sont étudiées. Certains reconnaissent Courbet. Celui-ci est arrêté le 7 juin et condamné à six mois de prison et 500 francs d’amende.

En 1873, l’Assemblée nationale de la IIIe République vote la reconstruction de la colonne image 12 image 13. Le tribunal civil condamne Courbet à la financer (323 091,68 francs). Ses biens saisis, il s’exile en Suisse. Le premier versement est fixé au 1er janvier 1878, mais l’artiste meurt le 31 décembre 1877, avant d’avoir pu honorer sa dette.

La République restaure la colonne

L’administration des Beaux-Arts finance alors des travaux de restauration. L’architecte Dusillion, qui possédait une copie des plans de Lepère et Gondouin, propose ses services à titre gracieux, mais le président Mac-Mahon lui préfère l’architecte Normand pour la reconstruire à l’identique. La colonne est relevée le 28 décembre 1875. La statue de Dumont (version 3) retrouve sa place image 14. La Victoire qu’elle tenait en main a toutefois disparu au moment où la colonne s’est brisée sur le pavé de la place Vendôme. Le sculpteur Mercié fond une autre Victoire, sur le même modèle.

Le 31 mars 1992, la colonne est classée au titre des Monuments historiques. Elle a bénéficié d’une importante restauration en 2014-2015 (bronze, ferronnerie, couverture, maçonnerie). « La ville de Paris a son grand mât tout de bronze, sculpté de Victoires, et pour vigie Napoléon. » Comme en témoigne cette citation d’Honoré de Balzac, la colonne Vendôme fut tout au long du XIXe siècle un symbole de la capitale française sur lequel chaque gouvernement voulut apposer sa marque. image 15 Son histoire mouvementée forme un saisissant raccourci de celle de la nation.

La Colonne de la Grande Armée de Nicolas Brenet en 3D

Napoléon quitte les Invalides, une vidéo du musée de l'Armée

Gustave Courbet était-il place Vendôme le 16 mai 1871 ?, une vidéo du Monde

Marie-Bélisandre Vaulet-Lagnier

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/la-colonne-vendome

Publié le 15/12/2022

Ressources

La colonne de la Grande Armée au camp de Boulogne-sur-Mer

https://www.colonne-grande-armee.fr/#

Une vidéo sur les grandes heures de la place Vendôme sur le site de l’Ina

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/cpf86634221/les-grande-heures-de-la-place-vendome

Recueil iconographique. La colonne de la place Vendôme

https://bibliotheques-specialisees.paris.fr/ark:/73873/pf0001925727

La Grande Armée sur le site de l'Histoire par l'image

https://histoire-image.org/etudes/grande-armee-fidele-empereur

Le Hors-série sur Napoléon sur le site de l'Histoire par l'image

https://histoire-image.org/hors-series/napoleon-bonaparte

Glossaire

Second Empire : Régime politique impérial français né du coup d’état du 2 décembre 1852 qui met fin à la Seconde république. Napoléon III, neveu de Napoléon Ier, devient l’empereur des Français. Le second empire prend fin le 4 septembre 1870, lors de la débâcle de Sedan pendant la guerre de 1870 contre la Prusse. C’est un régime autoritaire dans lequel l’empereur exerce un pouvoir absolu.

Restauration (1814-1830) : Période au cours de laquelle la royauté est « restaurée », de 1814 à 1830, exceptés les Cent-Jours. Deux rois Louis XVIII et Charles X règnent. La Restauration succède à l’Empire et précède la Monarchie de Juillet (Louis-Philippe Ier).

Victoire (allégorie) : Allégorie de la mythologie grecque (Nikè) et romaine (Victoria), représentée sous la forme d’une femme ailée tenant en main l’épée et la couronne de laurier à remettre au vainqueur.