Mercure Bologne Jean de

Mercure

Place de la Bastille

Dimensions

H. : 169 cm ; L. : 54 cm

Provenance

Technique

Sculpture, Fonte à la cire perdue

Matériaux

Bronze

Datation

1574-1700

Lieu de conservation

France, Paris, musée du Louvre

Comment l’artiste flamand est-il devenu célèbre en Italie ?

Mercure est la statue la plus célèbre de Jean de Bologne image principale. On en connaît au moins quatre versions, conservées à Florence image 1, Vienne, Dresde et Paris. À l’origine, il s’agit d’une commande du pape Pie IV pour décorer le cortile de l’université de Bologne : le dieu Mercure montre du doigt le ciel pour indiquer l’origine divine du savoir. Cette figure en bronze est particulièrement convaincante par son élan dynamique.

Un dieu en plein vol

Mercure est le nom romain du dieu grec Hermès, messager des dieux et protecteur des voyageurs et du commerce. Jean de Bologne le représente au moment où il prend son envol, propulsé par le souffle du vent, le zéphyr image principale. Ce dernier est symbolisé par une tête d’enfant joufflue, placée sous le pied gauche du dieu détail b. La statue, de taille moyenne, est en bronze, réalisée avec la technique de la fonte à la cire perdue. Mercure apparaît comme un jeune homme svelte entièrement nu. Il est identifié par ses attributs : le casque ailé, les ailes aux chevilles et le bâton orné de deux serpents enroulés (le caducée), qu’il tient dans la main gauche détail c. Sa pose est extraordinaire parce qu’elle donne un sentiment d’équilibre instable. Dans son élan vers le haut, le corps repose uniquement sur la pointe du pied gauche détail d. Mercure lève le bras et la jambe gauche. De sa main droite, le doigt tendu, il désigne le ciel détail e. En tournant autour de la statue, on peut en apprécier les différents points de vue, tous aussi spectaculaires détail f détail g détail h. On sait que la statue du Louvre a servi de fontaine décorative. L’eau jaillissait sous le pied gauche de Mercure, ajoutant à la sensation de légèreté aérienne.

Une sculpture caractéristique du maniérisme

La pose de Mercure est reprise d’une fresque de Raphaël à la villa Farnésine de Rome. Jean de Bologne crée un effet illusionniste plus intense encore en réalisant une œuvre en trois dimensions. Cette recherche de virtuosité pure est caractéristique du maniérisme, dernier courant artistique de la Renaissance. Le but des artistes de cette génération est de s’inspirer des modèles antiques et des grands maîtres de la Renaissance classique en les dépassant. On dit qu’ils travaillent « à la manière de ». À Florence, au milieu du XVIe siècle, les grands représentants du maniérisme en sculpture sont Benvenuto Cellini image 2 et Bartolomeo Ammanati image 3. Dans la seconde moitié du siècle, le sculpteur le plus célèbre est Jean de Bologne. Ces artistes ont en commun un goût pour la complexité du mouvement et la sophistication des formes. Pour eux, l’art de Michel-Ange est une référence absolue, en particulier dans la forme spiralée qu’il donne à certaines de ses figures, comme l’Esclave rebelle du Louvre. Cependant, ils ne lui empruntent pas le sens du tragique ni la puissance des corps. Dans un souci d’originalité, ils s’éloignent du naturalisme, étirent les corps dans un mouvement sinueux d’une grâce raffinée. Cet art intellectuel et subjectif est une réponse à la période de crise que connaît l’Italie à cette époque. Le développement de la Réforme protestante à partir de 1517 et le sac de Rome en 1527 en sont les épisodes les plus marquants.

Le plus grand sculpteur en Italie après Michel-Ange

Jean de Bologne n’est pas italien. Il est né à Douai, dans les Flandres. Il arrive en Italie en 1554, séjourne à Rome où il rencontre Michel-Ange, puis s’établit à Florence. Ce dernier avait quitté définitivement la ville en 1534. Le Flamand devient le sculpteur officiel des Médicis, alors grands ducs de Toscane. Sa première réalisation importante est une fontaine ornée de statues représentant Neptune et les sirènes sur la place San Petronio, à Bologne image 4. C’est un succès. Le dynamisme et l’expressivité des figures frappent les contemporains. C’est à ce moment-là qu’on commence à l’appeler Giovanni da Bologna, ou Giambologna. Jean de Bologne réalise pour les Médicis des fontaines, des statues équestres, des sculptures animalières. Une de ses œuvres les plus curieuses est la statue géante représentant l’Apennin sous l’aspect d’un rocher en stalactites, dans le jardin de la villa médicéenne de Castello image 5. À l’apogée de sa carrière, il sculpte son chef-d’œuvre, L’Enlèvement d’une sabine (1581-1582) image 6. Dans un bloc unique de marbre, il figure un groupe de trois personnages entrelacés : un Romain prend dans ses bras une jeune fille sabine, qu’il enlève à son père âgé. Leur mouvement tournoyant s’inscrit dans une dynamique ascendante, caractéristique de la figure serpentine. Ce type de composition, dont les prémisses se trouvent dans l’art de Michel-Ange, s’épanouit avec le maniérisme. L’art de Jean de Bologne a eu un grand retentissement grâce à l’activité de son atelier. Ses assistants fabriquaient des petits bronzes d’après ses créations  Ils étaient diffusés rapidement dans toutes les cours d’Europe. Mercure a inspiré en particulier une statue du Français Pierre Biard destinée à orner un tombeau, La Renommée, soufflant dans une trompette image 7. En 1836, Auguste Dumont se souvient de Mercure lorsqu’il réalise Le Génie de la liberté image 8, qui surmonte la colonne de Juillet, place de la Bastille à Paris image 9.

Colette Féraudet

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/mercure

Publié le 23/08/2023

Ressources

La notice de l’œuvre sur le site web du musée du Louvre

https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010092360

Un commentaire de l’œuvre sur le site web "Petite Galerie du Louvre"

https://petitegalerie.louvre.fr/oeuvre/mercure-volant

Un texte sur le maniérisme sur le site web "Aparences "

https://www.aparences.net/periodes/le-manierisme/le-style-manieriste/

Glossaire

Médicis : Famille florentine de banquiers collectionneurs et protecteurs des arts. Ses membres s’emparent progressivement du pouvoir à Florence au XVe siècle. Deux grands papes de la Renaissance en sont issus : Léon X (1475-1521) et Clément VII (1478-1534). Anoblie au XVIe siècle, la famille Médicis s’allie deux fois à la France en lui donnant deux reines et régentes : Catherine (1519-1589), épouse d’Henri II, et Marie (1575-1642), épouse d’Henri IV.

Renaissance : Mouvement artistique né au XVe siècle en Italie et qui se diffuse dans le reste de l’Europe au XVIe siècle. Il repose sur la redécouverte, l’étude et la réinterprétation des textes, monuments et objets antiques. À la différence de la pensée médiévale qui donne à Dieu une place centrale, c'est l'homme qui est au cœur de la pensée de la Renaissance.   

Sac de Rome : Lors de la septième guerre d’Italie, qui oppose l’empereur Charles Quint au roi François Ier, Rome est envahie et pillée par les soldats entre le 6 mai 1527 et février 1528.

Maniérisme : Courant artistique né en Italie au XVIe siècle que l’on considère comme la dernière phase de la Renaissance. Il tire son nom du mot italien maniera utilisé pour désigner le style personnel d’un artiste. Pour les peintres qui se rattachent à ce courant, l’effet de style prime sur l’équilibre et l’harmonie. Ils se distinguent par une élégance du dessin, des compositions complexes privilégiant tensions et déséquilibres, une distance par rapport à l’imitation servile de la nature.

Figure serpentine (ou figure ondulée) : Style de peinture et de sculpture typique du maniérisme. Elle ressemble, mais n’est pas identique, au contrapposto et représente fréquemment des figures dans une pose en spirale. Les premiers exemples peuvent être observés dans les œuvres de Léonard de Vinci, Raphaël et Michel-Ange, et dans le groupe antique de Laocoon découvert en 1506.