Valentine de Milan pleurant la mort de son époux, Fleury François-Richard

Valentine de Milan pleurant la mort de son époux

Dimensions

H. 54 cm ; L. 46 cm

Provenance

Technique

peinture

Matériaux

Huile sur toile

Datation

vers 1802

Lieu de conservation

Rueil-Malmaison, musée national des Châteaux de Malmaison et Bois-Préau

L’histoire de France ne peut-elle se raconter et se représenter que dans ses grands moments ?

Valentine de Milan pleurant la mort de son époux image principale est un tableau de Fleury François Richard.

Cette œuvre, achetée par l'impératrice Joséphine au Salon de 1802 et placée dans son appartement aux Tuileries, puis dans son salon de musique du château de Malmaison, est considérée comme l'acte de naissance de la peinture troubadour, dont la principale caractéristique est de s'inspirer du Moyen Âge.

Le château de Malmaison possède une réplique, réalisée par l'artiste lui-même, de ce tableau emblématique aujourd'hui conservé au musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg.

L'histoire nationale devient plus intimiste

Valentine de Milan est la fille de Jean Galéas Visconti, duc de Milan, et d'Isabelle de France. Elle épouse en 1389 Louis de France, fils du roi Charles V et futur duc d'Orléans. Mais ce dernier est assassiné en 1407 par son cousin et rival politique, Jean sans Peur, duc de Bourgogne. Valentine de Milan se retire alors au château de Blois, où elle meurt l'année suivante.

François-Richard Fleury ne choisit pas de représenter le moment de l'assassinat, mais la souffrance de sa veuve, venant d'écrire ce qui deviendra sa devise : « Rien ne m'est plus, plus ne m'est rien. »

Ce choix privilégiant l'anecdote sentimentale bouscule la tradition picturale. Redécouvrant l'art du Moyen Âge, François-Richard Fleury, élève de Jacques Louis David, délaisse dans ses œuvres les sujets mythologiques et antiques, privilégiés jusqu'alors par la tradition classique. Son intérêt se porte sur des épisodes nouveaux en peinture, tirés de la « petite histoire nationale », anecdotes sentimentales propres à émouvoir les âmes.

Un Moyen Âge retrouvé

À la suite de la Révolution, Alexandre Lenoir sauve de la destruction un certain nombre d'œuvres. Il les réunit dans le couvent désaffecté des Petits-Augustins, à Paris, qui devient le musée des Monuments français. Ce lieu, ouvert en 1795, joue un rôle déterminant dans la découverte de l'histoire de France et de son patrimoine, et contribue à remettre au goût du jour l'art médiéval.

Fleury François Richard fréquente assidûment le musée des Monuments français. Il y découvre notamment les tombeaux royaux de Saint-Denis. C'est celui de Valentine, sur lequel est gravée sa fameuse devise, qui inspire au peintre son tableau.

Dans sa toile, l'artiste fait preuve d'un grand souci de précision archéologique. Le costume de Valentine correspond exactement à celui porté par son gisant. Les étoffes précieuses indiquent la position sociale de la jeune femme. Le décor intérieur évoque le Moyen Âge : Valentine est assise sur un coussiège, près d'un vitrail coloré surmonté d'un arc trilobé et représentant les armes de la famille Visconti de Milan, entourées des fleurs de lys des Orléans.

Une référence à la peinture hollandaise du XVIIe siècle

Valentine de Milan pleurant la mort de son époux est un petit tableau de chevalet à la facture lisse et soignée, sur le modèle des œuvres hollandaises du XVIIe siècle.

Le cadrage resserré invite au recueillement et suscite la mélancolie. Valentine est seule, pensive, le dos courbé. Elle caresse un chien, symbole de la fidélité, et contemple un livre ouvert, le visage éclairé par la lumière qui pénètre dans la pièce par le vitrail. Ce jeu de clair-obscur permet au peintre de jouer avec les matières, évoquant notamment la transparence du rideau. Le caractère intimiste que les artistes troubadour donnent aux actions des grands de ce monde rappelle lui aussi les scènes de genre hollandaises du XVIIe siècle image 2.

Joséphine : la passion de la collection

Valentine de Milan pleurant la mort de son époux est emblématique du goût de l'impératrice Joséphine, grande collectionneuse. Celle-ci possède toutes sortes d'objets : des antiques, des sculptures, des pièces ethnographiques, des tableaux de maître. Mais elle a une préférence pour la peinture moderne et cherche des talents neufs, comme Pierre-Joseph Redouté, Jean Baptiste Isabey et les premiers peintres troubadour. Elle achète sept œuvres à François-Richard Fleury et l'invite même au château de Malmaison.

Une aquarelle d'Auguste Garneray image 1, datée de 1812, représente le salon de musique du château de Malmaison. L'œuvre montre une sélection des plus beaux tableaux troubadour en possession de Joséphine : on reconnaît notamment, dans l'accrochage serré apprécié à l'époque, Valentine de Milan pleurant la mort de son époux. On constate aussi qu'une autre toile de l'artiste lui faisait pendant : Charles VII écrivant ses adieux à Agnès Sorel .

Le style troubadour

La grande vogue pour le Moyen Âge se manifeste dès la fin du XVIIIe siècle. Le style troubadour resurgit avec force à la Restauration (1814-1830) et touche alors d'autres modes d'expression que la peinture, depuis la littérature jusqu'au théâtre, en passant par la sculpture et l'architecture.

La peinture de style troubadour ouvre la voie au genre historique pratiqué plus tard par des artistes comme Paul Delaroche ou Jean-Paul Laurens, et continuera à séduire jusqu'à la fin du XIXe siècle.

Ressources

« Visions du Moyen Âge au XIXe siècle », un dossier à télécharger sur le site du château de Pierrefonds

http://www.chateau-pierrefonds.fr/view/pdf/1321855

L’article sur le style troubadour du Dictionnaire de la peinture des éditions Larousse

https://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/style_troubadour/154669

Glossaire

Salon : Au XVIIIe siècle les expositions des membres de l’Académie royale de peinture et de sculpture se tenaient dans le Salon carré du Louvre. Le terme « Salon » désigne par la suite toutes les expositions régulières organisées par l’Académie.

Gisant : Figure en très fort relief représentant un défunt allongé. Le gisant placé sur un soubassement constitue la forme la plus fréquente des tombeaux du Moyen Âge, à partir du XIIIe siècle.

Charles V le Sage : (1338-1380) fils de Jean II le Bon et de Bonne de Luxembourg. En pleine guerre de Cent Ans, sa politique habile lui valut le surnom de « Sage ». Ce roi, de la dynastie des Valois, protecteur des arts, redonne une grande partie de son prestige à la couronne.

Scène de genre : Sujet de peinture qui présente la vie quotidienne en famille et en société.

Coussiège : Banc en pierre placé près des fenêtres dans les demeures du Moyen Âge.

Couvent des Petits-Augustins : Actuelle École nationale des beaux-arts à Paris.

Arc trilobé : Arc formé de trois cercles dans sa partie haute.