Les Nabis

Les Nabis

Auteur

Dimensions

H. 225 cm ; L. 212 cm

Technique

Peinture

Matériaux

Huile sur toile

Datation

1897

Lieu de conservation

Saint-Germain-en-Laye, musée départemental Maurice-Denis – le Prieuré

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Au cours des deux dernières décennies du XIXe siècle, les Nabis ont constitué un groupe uni à la fois par des relations d’amitiés fortes et par une recherche artistique commune et novatrice, mettant la question du décoratif au cœur de leurs préoccupations.

Le terme de « Nabi » provient d’un mot que l’on retrouve aussi bien en arabe qu’en hébreu et qui signifie «  prophète, inspiré ». C’est en partie par autodérision que les jeunes artistes se sont dénommés ainsi. Adoptant volontiers un humour potache, ils ont développé un vocabulaire propre leur conférant un air de société secrète, appelant « ergastère » ou « temple » leurs ateliers, se donnant des surnoms... Maurice Denis s’expliquera un peu plus tard du choix du mot de  « Nabi » : « c’était un nom qui, vis-à-vis des ateliers, faisait de nous des initiés, une sorte de société secrète d’allure mystique, et proclamait que l’état d’enthousiasme prophétique nous était habituel. » 

Un premier noyau du groupe se forme dès la fin des années 1880 autour de Paul Sérusier, Paul-Elie Ranson, Pierre Bonnard, Edouard Vuillard, Maurice Denis, alors élèves à l’Académie Julian. Ce groupe s’est progressivement élargi à d’autres membres comme Ker-Xavier Roussel ou Aristide Maillol, en fonction des rencontres et des affinités. A l’automne 1888, Paul Sérusier revient de Bretagne avec un petit paysage peint « sous la dictée » de Paul Gauguin. Ce tableau, que les autres membres du groupe surnomment bientôt Le Talisman, devient une source d’inspiration qui libère les artistes d’un certain nombre de conventions. La communauté d’intérêt qui unit les Nabis perdure jusque vers 1900 environ, moment après lequel les artistes poursuivront des voies plus personnelles. Quelques années plus tard, Maurice Denis raconte la naissance de ce tableau telle que la lui avait décrite son ami Sérusier : « Comment voyez-vous cet arbre, avait dit Gauguin devant un coin du Bois d’Amour : il est vert. Mettez donc du vert, le plus beau vert de votre palette; et cette ombre, plutôt bleue? Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible ». 

Le projet des Nabis était de proposer un décor moderne, qui corresponde à la vie que menaient leurs contemporains, à une époque où la Révolution industrielle modifiait profondément les cadres de vie. Il s’agissait aussi de sortir de l’esthétique du pastiche historique qui prévalait alors en matière d’art décoratif. La recherche des Nabis se développe en effet dans un contexte artistique très riche, notamment en ce qui concerne les arts décoratifs. Cette dynamique de renouvellement des arts décoratifs, qui avait débuté en Angleterre dans les années 1860 avec le mouvement Arts and Crafts, allait déboucher au tournant du siècle sur l’Art Nouveau. Le projet des Nabis est de faire tomber la frontière et la hiérarchie qui pouvaient exister entre les arts décoratifs, rapprochés de l’artisanat, et les Beaux-Arts, considérés comme plus élevés. En cela, ils s’inscrivent dans un courant qui traverse l’Europe à la fin du XIXe siècle et qui défend la conception d’un art total. Il s’agissait de faire travailler plusieurs disciplines artistiques différentes autour d’un projet commun. L’alliance de ces différents arts et techniques permettait la création d’une œuvre unique, embrassant toutes les dimensions de l’expérience artistique. Par le biais de commandes ou de leur propre impulsion, les Nabis se sont ainsi intéressés à des techniques aussi différentes que la tapisserie, le vitrail, la réalisation d’abat-jours ou de vaisselle. S’ils ont pu pratiquer eux-mêmes certaines de ces techniques, ils se sont parfois appuyés aussi sur d’autres pour réaliser ces objets à partir de leurs dessins. C’est ainsi que plusieurs épouses des Nabis, dont Clotilde Maillol et Marguerite Sérusier, ont brodé d’après des projets dessinés. D’autres projets ne seront jamais réalisés mais nous sont néanmoins parvenus sous la forme de prototype.

Sources

Extrait du dossier pédagogique Les Nabis et le décor

Dossiers pédagogiques

affiche nabis expo
Téléchargez le dossier pédagogique de l'exposition Les Nabis et le décor, qui a eu lieu au musée du Luxembourg du 13 mars au 30 juin 2019.
Dossier pédagogique
affiche expo Vallotton
Téléchargez le dossier pédagogique de l'exposition Félix Vallotton - Le feu sous la glace, qui a eu lieu au Grand Palais du 2 octobre 2013 au 20 janvier 2014.
Dossier pédagogique

Vidéos

Glossaire

Art nouveau : Style qui se développe dès la fin du XIXe siècle, d'abord en Belgique et en France. Il s’épanouit dans l’architecture et dans les arts décoratifs. La recherche de fonctionnalité est une des préoccupations de ses architectes et designers. L’Art nouveau se caractérise par des formes inspirées de la nature, où la courbe domine.

La Revue blanche : Revue d’avant-garde artistique et littéraire fondée en 1889 par les frères Natanson.  Elle promeut  notamment l’art des Nabis (Vuillard, Bonnard…) et l’Art nouveau. 

Nabi : Mot d’origine hébraïque signifiant « prophète ». Il désigne un groupe d’artistes postimpressionnistes, à la recherche d’une peinture nouvelle. Rassemblés à partir de 1888 autour de Paul Sérusier, les nabis partagent une esthétique faite de formes épurées, d’aplats de couleur, de contours, et parfois un certain sens du symbolisme et de la religiosité. Par ses écrits, le peintre Maurice Denis ne tarde pas à en devenir le théoricien. Sa formule, « un tableau […] est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées », traduit bien l’esprit de synthèse qui anime les nabis.