Banquet du mariage de Napoléon Ier et de Marie-Louise Dufay Alexandre (dit Casanova)
Banquet du mariage de Napoléon Ier et de Marie-Louise, 2 avril 1810
Service du Grand Vermeil
Dimensions
Provenance
Technique
Matériaux
Datation
Lieu de conservation
Repas ou spectacle impérial ?
L’annulation du mariage avec l’impératrice Joséphine en décembre 1809 permet à l’empereur Napoléon Ier d’épouser l’archiduchesse Marie-Louise de Habsbourg-Lorraine, fille de l’empereur d’Autriche François Ier. La cérémonie religieuse est célébrée le 2 avril 1810 dans le Salon carré du Louvre. Le soir, à 19 heures, un grand banquet image principale est organisé dans la salle de spectacle du palais des Tuileries transformée pour l’occasion en salle des fêtes. Le tableau du peintre Casanova permet de découvrir ce repas d’apparat que l’on appelle la cérémonie du Grand Couvert.
La famille impériale en représentation
La table est placée sur la scène. Un dais détail b couronne les fauteuils réservés aux souverains. C’est le système familial régissant la nouvelle Europe qui est ici mis en scène. L’empereur et l’Impératrice détail c ont pris place au milieu des rois et reines, princes et princesses de la famille de Napoléon. Les convives sont placés de part et d’autre du couple impérial.
À droite de Napoléon détail d prennent successivement place Madame Mère, portant un diadème en turban, puis six hommes, portant le grand cordon rouge de la Légion d’honneur. Les cinq premiers sont vêtus en princes français, de velours blanc brodé d’or : Louis, roi de Hollande, Jérôme, roi de Westphalie, le prince Camille Borghèse, époux de Pauline Bonaparte, Joachim Murat, roi de Naples puis Eugène, vice-roi d’Italie. Enfin, en bout de table, Charles de Bade, héritier du grand-duché de Bade, est le seul à être vêtu d’un uniforme bleu.
À gauche de Marie-Louise détail e sont ses belles-sœurs, chacune arborant une parure de diamants : Julie, reine d’Espagne, épouse de Joseph Bonaparte – le seul absent car retenu dans la péninsule ibérique en insurrection –, puis Hortense, reine de Hollande, Catherine, reine de Westphalie, Élisa, grande-duchesse de Toscane, Pauline Borghèse et la reine Caroline de Naples. Est ensuite représenté le seul homme placé « côté femmes », Ferdinand, grand-duc de Würzburg, oncle paternel de Marie-Louise – un Habsbourg prenant ici rang après les Bonaparte –, puis prennent place l’épouse d’Eugène de Beauharnais et enfin la princesse Stéphanie, épouse de Charles de Bade, qui lui fait pendant de l’autre côté de la table.
La maison de l’Empereur
Quand Napoléon devient empereur, une étiquette (protocole) est instaurée pour encadrer tous les moments de sa vie officielle. Elle se met en place dès 1804 sous la direction de M. de Ségur, nommé grand maître des cérémonies. Il est ici reconnaissable à sa canne de grand officier, avec derrière lui l’un de ses deux maîtres des cérémonies détail f
Devant la table à droite de l’Empereur, de profil, Duroc, grand maréchal du Palais détail g dont une des fonctions est de diriger le service de la Bouche, qui assure l’approvisionnement, la préparation et le service des repas. Occupés à apporter les assiettes garnies des convives, plusieurs pages, reconnaissables à leur uniforme vert à galons d’or, s’affairent autour de la table. Jérôme a tendu un verre à un serviteur qui lui verse le champagne détail h. Pauline tend son assiette vide détail i.
L’usage du vermeil pour les assiettes indique que c’est ici le moment du premier service, où sont proposés les entrées et les rôts (viandes rôties), et non celui du dessert, qui est servi dans la porcelaine. Au moment de quitter la table, l’empereur tendra sa serviette au grand maréchal et l’impératrice confiera la sienne au premier préfet du Palais. C’est le service de l’Écurie qui se chargera de retirer les fauteuils, et celui de la Chambre qui présentera les linges pour leur permettre de s’essuyer les mains. Ainsi prendra fin le somptueux spectacle, très codifié, du Grand Couvert organisé pour célébrer l’union destinée à sceller l’avenir de la dynastie impériale.
L’éclat de la porcelaine
En 1807, Napoléon commande à la manufacture de Sèvres un service destiné à la table impériale connu sous le nom de « service particulier de l’Empereur ». La livraison définitive a lieu quelques jours avant le mariage. Ce service figure sur la table du banquet le 2 avril 1810. Il est réparti en trois ensembles bien distincts. Le premier est un service d’entrée avec des beurriers, des saladiers, des assiettes à potage ornées en leur milieu d’une simple rosace en or. Puis, un service de dessert est composé de compotiers image 1, sucriers image 2, glacières et des assiettes ornées en leur centre de souvenirs agréables de l’Empereur. Parmi ceux-ci, l’Égypte occupe une place de choix. L’ibis, oiseau sacré, en est un exemple image 3. Le service est orné à l’or d’une frise de glaives à l’antique reliés par des branches de laurier. Ces motifs se détachent sur un fond vert de chrome image 4, couleur récemment mise au point par le chimiste Vauquelin.
D’un côté de la table sont disposées par groupes de trois, sur des plateaux en glace et bronze doré, des statuettes en biscuit de personnages antiques détail i faisant partie du surtout du service particulier. Seuls les plateaux devant l’Empereur et l’Impératrice restent vides, pour ne pas gêner la vue. Entre ces statuettes alternent de grands candélabres en vermeil à figures ailées détail c détail d et des vases Médicis garnis de fleurs détail c.
Napoléon retrouva son service aux Tuileries en mars 1815. À la fin des Cent-Jours, il en emporta une grande partie à Sainte-Hélène. Ainsi dans son exil Napoléon pouvait-il se remémorer, comme il l’avait souhaité, les moments les plus agréables de son règne.
L’éclat du vermeil
Un tel cérémonial ne pouvait se mettre en place sans une orfèvrerie d’apparat. Sur la table figurent des éléments du Grand Vermeil, ensemble d’orfèvrerie d’Henri Auguste offert au couple impérial par la ville de Paris à l’avènement de l’Empire en 1804 détail h détail i image 5. La table est recouverte d’une nappe frangée d’or détail h.
Aux deux extrémités sont installées sur de petites tables supplémentaires les deux nefs de l’Empereur et de l’Impératrice détail h détail i. Celle de l’Empereur porte une figure de Victoire à la proue et la Justice et la Prudence à la poupe image 5. Elle est posée du côté de Marie-Louise. Celle de l’impératrice figure la Bienfaisance à la proue et les Trois Grâces à la poupe image 6. On y mettait des serviettes entre des coussins de senteurs en soulevant le couvercle décoré d’abeilles. Devant les souverains sont les cadenas, plateaux ornés des armoiries impériales terminés par un coffret comprenant le sel, le poivre et les cure-dents image 7. Plus de 1 069 pièces constituaient le service.
Soucieux de renouer avec l’Ancien Régime et de magnifier la grandeur du pouvoir, l’Empereur considère que les repas font partie de l’étiquette à laquelle il doit se soumettre. Ce type de repas a toujours conservé un caractère exceptionnel : on en dénombre huit pendant tout l’Empire, cinq au palais des Tuileries et trois à l’hôtel de ville de Paris.
Antonella Colé
Permalien : http://panoramadelart.com/analyse/banquet-du-mariage-de-napoleon-ier-et-de-marie-louise
Publié le 19/05/2026