Napoléon Ier sur le trône impérial Ingres Jean-Auguste-Dominique
Napoléon Ier sur le trône impérial
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Un portrait dans la tradition, ou un portrait hors norme ?
Ce tableau image principale est une commande de l’administration impériale et était à l’origine destiné à l’empereur. Jugée impossible à présenter au souverain en raison de son aspect hors norme, l’œuvre est exposée au Salon de 1806. L’image figée présente en effet un personnage presque hors du temps. Son manteau aux plis pesants efface toute réalité corporelle. L’empereur apparaît dans cette œuvre comme une divinité désincarnée. Elle est achetée par le Corps législatif (aujourd’hui Assemblée nationale), et orna la salle de réception du président de l’assemblée. À chaque session, celui-ci se trouvait donc dominé par l’empereur.
Le sacre de l’empereur
Le 18 mai 1804, le consul à vie Napoléon Bonaparte reçoit la délégation du Sénat lui présentant le sénatus-consulte qui le proclame empereur des Français sous le nom de Napoléon Ier. Il est alors demandé au peuple, sous la forme d’un plébiscite, d’accepter l’hérédité de la dignité impériale. Mais l’empereur veut tenir son pouvoir non seulement du peuple mais encore de Dieu, pour devenir un souverain égal aux autres par l’onction sainte, et être au-dessus du commun des mortels. Il souhaite une double cérémonie religieuse et nationale. C’est pourquoi le sacre est organisé, le 2 décembre 1804, dans la cathédrale de Notre-Dame à Paris, événement immortalisé par le peintre Jacques-Louis David. Ce n’est pas aux sacres des rois à Reims que Napoléon se réfère lorsqu’il prépare le sien. Le souverain veut plonger les racines de sa dynastie au plus profond de l’histoire nationale. La figure de Charlemagne dominait alors la galerie des empereurs français. Avant d’être couronné, Napoléon se rend à Aix-la-Chapelle pour se recueillir devant l’endroit supposé être la tombe de Charlemagne, inhumé en 814.
Regalia et grand habillement
Dans son tableau, Ingres représente le souverain assis sur un trône somptueux image principale. Le dossier circulaire orné de lauriers forme comme une auréole autour de sa tête. Doré à la feuille d’or, le dossier du trône est décoré de rosaces et de rayons détail b. Les accoudoirs sont ornés de boules d’ivoire, l’une dans la lumière détail c, l’autre dans la pénombre. L’empereur porte ici le grand habillement. Le manteau de velours pourpre semé d’abeilles d’or détail d, brodé et doublé d’hermine, et dont l’échancrure permet d’apercevoir la tunique en soie frangée d’or, a été réalisé par le tailleur Chevallier détail b. Napoléon Ier porte également l’imposant collier de la Légion d’honneur détail b. Sa tête est ceinte d’une couronne de feuilles de laurier dorées, réalisée par l’orfèvre Martin-Guillaume Biennais, qui rappelle les empereurs de la Rome antique détail b. Il porte des souliers en soie posés sur un coussin brodé. Au sol, l’aigle, symbole des légions romaines, est représenté sur un tapis détail e. Ingres représente l’empereur avec l’épée dite de Charlemagne, surnommée Joyeuse, détail f et le sceptre de Charles V représentant, en son sommet, un Charlemagne trônant flanqué de deux aigles et sortant d’un lys épanoui image 1 détail g. Enfin, Napoléon tient la main de justice dite, à l’époque, de Charlemagne détail h image 2.
L’art du portrait
Prendre le pouvoir ne suffit pas. Encore faut-il asseoir son autorité. L’art du portrait y participe. La composition est ici originale. Ingres n’a pas choisi de représenter le souverain dans la tradition du portrait royal en pied, dont le portrait de Louis XIV par Hyacinthe Rigaud image 3 est l’exemple le plus célèbre. Le souverain est représenté assis, émergeant d’un espace pictural sans profondeur, rappelant la figure de Dieu le Père dans le retable de Gand peint par Jan Van Eyck image 4 image 5, qui était visible au musée Napoléon quand Ingres peignit ce portrait.
Ingres joue ici avec l’ombre et la lumière pour mettre en relief le côté divin de l’homme providentiel. Le visage sévère et peu ressemblant fait disparaître l’homme pour accentuer la représentation de la dignité impériale détail b. Bien que statique, l’œuvre apparaît pourtant élevée au ciel par la présence de l’aigle aux ailes déployées représenté sur le tapis détail e. Napoléon est assis dans une position qui rappelle celle du dieu grec dans la statue chryséléphantine de Zeus à Olympie du sculpteur Phidias image 6, réalisée vers 435 avant J.-C. Cette œuvre a été détruite, mais elle est connue grâce à des reproductions romaines. Cette même position sera réutilisée par Ingres dans son tableau Jupiter et Thétis image 7, peint en 1811. Cette œuvre représentant Napoléon Ier sur le trône impérial resta dans la collection du Corps législatif de 1806 à 1814, avant d’intégrer les collections royales. En 1832, Louis-Philippe la donna à l’hôtel des Invalides. Depuis 1897, elle est conservée au musée de l’Armée.
Le sacre de l’Empereur Napoléon Ier, une vidéo de L'Histoire par l'image, GrandPalaisRmn
Antonella Colé
Permalien : http://panoramadelart.com/analyse/napoleon-ier-sur-le-trone-imperial
Publié le 30/03/2026
Ressources
Glossaire
Regalia : Ensemble des instruments emblématiques d’une monarchie, servant lors de la cérémonie du sacre (instruments liturgiques, vêtements, insignes…). La couronne, le sceptre et la main de justice, insignes du pouvoir par excellence, en sont les principaux
Chryséléphantine : Adjectif tiré du grec qui qualifie une sculpture faite d’or et d’ivoire.