Le cirque Medrano Léger Fernand

Le cirque Medrano

Dimensions

58 x 94.5 cm

Provenance

Technique

Huile sur toile

Matériaux

Datation

1918

Lieu de conservation

Paris, musée national d’Art moderne – Centre Georges Pompidou

Fragments d’un spectacle populaire

Depuis la fin du 19e siècle, le cirque, spectacle à fois populaire et moderne, intrigue les artistes, qu’ils soient peintres, écrivains, poètes ou musiciens, auxquels il offre une source d’inspiration nouvelle. Le tableau de Fernand Léger transporte le spectateur sur la piste d’une institution célèbre à Paris, le Cirque Medrano, établi boulevard de Rochechouart, dans le quartier de Montmartre image a.

Au premier regard, on ne perçoit de la toile qu’un tourbillon de couleurs et de formes géométriques assemblées sur un même plan. À distance, on croirait une composition abstraite, jouant sur les contrastes. Mais à mesure que l’œil se rapproche, des bribes de réalité apparaissent et emportent le spectateur dans l’univers du cirque : un clown, un athlète, un chien, un écuyer perché sur un cheval, le ticket d’un spectacle. Des fragments d’architecture se devinent sous les formes schématiques : les cercles évoquent la piste ; les cylindres, les mâts ; les cônes, les gradins.

Du livre illustré image 1 et image 2 à la grande toile monumentale, le thème du cirque ponctuera l’œuvre de Léger jusqu’à la fin de sa vie.

1918 : retour à la vie civile d’un artiste transformé par la Grande Guerre

« 1918 : la Paix ». Fernand Léger écrit : « L’homme exaspéré, tendu, dépersonnalisé pendant quatre ans, enfin lève la tête, ouvre les yeux, regarde, se détend, reprend goût à la vie : frénésie de danser, de dépenser, de pouvoir enfin marcher debout, crier, hurler, gaspiller. » L’explosion de couleurs soudaine que Le Cirque Medrano représente dans l’œuvre de Léger ne se comprend pleinement que si l’on se souvient que la peinture date précisément de l’année de la paix.

Mobilisé en 1914, Léger traverse la guerre comme soldat du génie. De temps en temps, entre deux attaques, il dessine sur des papiers de fortune, tantôt inspiré par ses camarades qui trompent l’attente et l’ennui en jouant aux cartes image 3 ou en fumant la pipe image 4, tantôt fasciné par les rouages d’une pièce d’artillerie image 5. Les croquis schématiques qu’il rapporte du front sont à l’image de la guerre « grise et camouflée », comme il la décrit lui-même. Le Soldat à la pipe , exécuté à l’occasion d’une permission en 1916, est l’une des rares peintures à témoigner de ces « quatre années sans couleurs ».

Sans avoir rien perdu de son humanisme, Léger revient de la guerre profondément transformé. Il affirme : « c’est là que j’ai tout appris, tout compris, c’est là que j’ai trouvé ce que devait être véritablement ma peinture ». La guerre lui fait voir le monde qui l’entoure sous un autre jour : l’enfer des tranchées l’écarte définitivement de la tentation de l’abstraction pure. Il raconte encore : « je fus ébloui par une culasse de canon de 75 ouverte en plein soleil, magie de la lumière sur le métal blanc. Il n’en fallut pas moins pour me faire oublier l’art abstrait de 1912-1913 […] quand j’ai mordu dans cette réalité, l’objet ne m’a plus quitté ».

La dynamique infernale du cercle

L’intérêt de Léger pour la piste et pour les numéros du cirque correspond au moment où il se passionne aussi pour les disques, les rouages et la dynamique qu’ils engendrent image 6. Ce rapprochement, Léger le fait lui-même : « Rien n’est aussi rond que le cirque. C’est une énorme cuvette dans laquelle se développent des formes circulaires. Ça n’arrête pas, tout s’enchaîne. La piste domine, commande, absorbe. » Lieu par excellence de la liberté et du mouvement, le cirque se présente comme un défi : « Être un peintre et devant ce spectacle se sentir impuissant à résoudre cela sur la toile ! »

Il n’est guère étonnant qu’un artiste si désespérément investi dans la capture sur la toile du mouvement frénétique de la vie moderne se passionne aussi pour l’art nouveau qu’est le cinéma. Les films de Charlie Chaplin, qu’il découvre avec enthousiasme en 1916, rejoignent la fascination de Léger pour le cirque. Pour le Ballet mécanique, film expérimental qu’il réalise en 1924 avec Dudley Murphy, l’artiste va jusqu’à transformer Charlot en marionnette image 7 qu’il anime devant la caméra, s’appropriant complètement ce personnage, mi-marginal, mi-clown.

Exposition "Dix chefs-d'oeuvre de la peinture française", Macao, du 27 juin au 7 septembre 2014

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/le-cirque-medrano

Publié le 22/09/2022

Glossaire

Composition : Manière de disposer des figures, des motifs ou des couleurs dans l’élaboration d’une œuvre.