Pèlerinage à l’île de Cythère, Watteau Antoine

Pèlerinage à l'île de Cythère

Dimensions

H. 1,29 m ; L. 1,94 m

Provenance

Technique

huile sur toile

Matériaux

Datation

1717

Lieu de conservation

Paris, musée du Louvre

Qu'est-ce qu'une « fête galante » ? Quels liens se tissent grâce à Watteau entre peinture, théâtre, musique et poésie ?

Au lendemain de la mort de Louis XIV, en 1715, la régence de Philippe d'Orléans est une période qui voit fleurir dans la haute société le goût des fêtes et des plaisirs. Jean-Antoine Watteau, l'un des plus grands peintres français, est souvent associé à cette époque. Mais il la dépasse par la profondeur et la portée intemporelle de ses œuvres. Dans sa carrière très brève, Le Pèlerinage à l'île de Cythère [ image principale ], son morceau de réception à l'Académie royale de peinture et de sculpture en 1717, est la seule de ses œuvres que l'on peut dater avec certitude.

Cythère, l'île de Vénus

Si cette peinture a suscité maintes interprétations, un point n'est jamais contesté : Cythère, l'île de Vénus, déesse de l'amour, est au cœur de la scène. Mais plutôt que de représenter un épisode de la mythologie, Watteau a préféré suggérer le monde de l'amour. Dans un vaste paysage, des couples forment une guirlande entre la statue de Vénus [ détail b ], qui émerge des bosquets, et l'embarcation de la déesse [ détail c ]. Les roses qui s'enroulent autour de la statue et les petits amours qui s'envolent dans le ciel bleuté sont traditionnellement associés à Vénus. Les attitudes expressives des couples de pèlerins [ détail d ] évoquent les différentes étapes du sentiment amoureux.

Un genre pictural nouveau

Tout dans Le Pèlerinage à l'île de Cythère contribue à exprimer l'intemporalité et l'universalité de l'amour. Cette allégorie inédite incite les membres de l'Académie à inventer en 1717 un nouveau genre pictural qu'ils baptisent « fête galante » et qui vient alors s'ajouter aux autres catégories que sont la peinture d'histoire, le portrait, la scène de genre, le paysage et la nature morte. Antoine Furetière, auteur d'un dictionnaire de référence publié en 1690, définit la fête galante comme « une réjouissance d'honnêtes gens ».

Une danse rythmée par la couleur

Watteau donne un rythme musical à sa composition [ image principale ]. Il dispose les couples par trois et les sépare par un intervalle formant point d'orgue [ détail e ]. Cela évoque un menuet, danse à trois temps née à la fin du XVIIe siècle. Le rouge de certains vêtements ponctue la ligne mélodique. Watteau travaille la matière picturale en virtuose : rapide et variée, la touche est large et légère pour le ciel éclatant, plus dense ou plus appuyée pour les feuillages. Elle contribue aussi bien à noter les détails, par exemple l'aspect chatoyant d'un satin [ détail b ], qu'à envelopper toute la scène d'une sorte de mystère. Si les lointains vaporeux de Watteau évoquent ceux de Léonard de Vinci [ image 3 ], son travail sur la couleur le désigne surtout comme un grand coloriste, un héritier de Rubens et de la peinture vénitienne du XVIe siècle.

La « fête galante » : de la peinture à la musique et la littérature

Le thème de la « fête galante » est très présent dans l'œuvre de Watteau [ image 1 ]. Le Pèlerinage à l'île de Cythère marque l'aboutissement de ses recherches sur le sujet. Le tableau traduit avec naturel et poésie le sentiment amoureux. Il connut d'emblée un succès tel que Watteau en peignit une réplique [ image 2 ], aujourd'hui conservée à Berlin. D'Ingres à Monet, l'œuvre n'a cessé d'être admirée par les artistes.

Dans la première moitié du XVIIIe siècle, la « fête galante » est aussi à la mode dans d'autres formes d'art. En musique, François Couperin compose le Carillon de Cythère en 1717, la même année que Le Pèlerinage à l'île de Cythère de Watteau. Au théâtre, le thème apparaît chez Marivaux dès les années 1720, même si le ton y est déjà plus ironique. Au XIXe siècle, dans son poème Les Phares, Baudelaire rend hommage à Watteau, voyant en lui un artiste de même rang que Léonard de Vinci, Michel-Ange, Rubens, Rembrandt... Et c'est un spleen baudelairien qui flotte sur les Fêtes galantes de Verlaine, mises en musique par Debussy.

Par l'importance donnée à la nature, par la richesse de sa palette, par ses figures élégantes qui se meuvent entre rêve et réalité, par le choix du thème de l'amour, Watteau a fait « passer l'art de la majesté louis quatorzième à la grâce du XVIIIe siècle », pour reprendre les mots de Pierre Verlet.

Pour en savoir plus sur le contexte historique de la création de ce tableau, rendez-vous sur le site L'Histoire par l'image

Isabelle Schlienger

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/pelerinage-lile-de-cythere

Publié le 22/09/2022

Ressources

L'influence de Watteau et des maîtres français sur Turner

http://www.grandpalais.fr/fr/article/turner-et-ses-peintres-dossier-pedagogique

Une évocation de l'art du XVIII<sup>e</sup> siècle, pour la jeunesse

http://www.grandpalais.fr/fr/article/le-xviiie-siecle

Glossaire

Régence : Organisation du pouvoir en la minorité ou en l’absence d’un souverain.

Académie (institution) : L’Académie royale de peinture et de sculpture est fondée en 1648. En 1816, l'Académie des beaux-arts est créée par la réunion de l’Académie royale de peinture et de sculpture, de l’Académie de musique (fondée en 1669) et de l’Académie d’architecture (fondée en 1671).

Morceau de réception : Œuvre présentée par un artiste pour son admission à l’Académie royale de peinture et de sculpture.

Mythologie : Ensemble des croyances et des récits liés aux religions non monothéistes.

Danse

Vénus : Déesse romaine de l’Amour et de la Beauté, vénérée sous le nom d’Aphrodite par les Grecs. Son nom est donné aux statuettes préhistoriques, caractéristiques de la culture gravettienne, réalisées en pierre ou en ivoire, représentant des femmes aux formes généreuses.

Allégorie : Représentation figurée d’une idée abstraite.

Fête galante : Genre pictural, né au XVIIIe siècle, qui met en scène des couples d’amoureux dans un cadre champêtre.

Peinture d’histoire : Genre pictural majeur représentant des scènes inspirées de l’histoire, de la religion, de la mythologie ou de la littérature.

Nature morte : Représentation d’objets, de végétaux, de nourriture ou d’animaux sans vie.

Composition : Manière de disposer des figures, des motifs ou des couleurs dans l’élaboration d’une œuvre.

Touche : La touche désigne la matière picturale appliquée d’un seul coup de pinceau sur le support. Le terme peut également désigner plus largement la manière dont le peintre travaille.

Palette : La palette est la petite planche sur laquelle l’artiste dispose et mélange ses couleurs. Le terme désigne aussi l’ensemble des couleurs qu’il choisit pour une œuvre.

Scène de genre : Sujet de peinture qui présente la vie quotidienne en famille et en société.

Découvrir aussi