Rencontre d'Alexandre et de Diogène Puget Pierre
Rencontre d'Alexandre et de Diogène
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Comment Puget introduit-il dans sa composition le mouvement et l'expression ?
Pierre Puget a sculpté ce haut-relief image principale dans un bloc de marbre de Carrare. Cette œuvre, dont le sujet présente la Rencontre d’Alexandre et de Diogène, a été commandée par le ministre Jean-Baptiste Colbert en 1670.
Une histoire en haut-relief
Rapportée par Plutarque dans la Vie d’Alexandre et par Cicéron, la rencontre de l’empereur Alexandre le Grand et du philosophe Diogène le Cynique a été transformée en dialogue :
« Je suis Alexandre. – Et moi Diogène, le cynique. – Demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai. – Alors : ôte-toi de mon soleil. – Comment ? N’as-tu donc pas peur de moi ? – Et alors : qu’es-tu donc ? Un bien ou un mal ? – Un bien, évidemment ! – Qui donc pourrait craindre le bien ? »
À partir de cet épisode devenu légendaire, Puget compose une œuvre d’une dimension impressionnante (3,32 par 2,96 mètres) dans un des matériaux les plus nobles et les plus chers : le marbre de Carrare. L’empereur Alexandre le Grand détail b s’approche de Diogène détail d. Celui-ci est assis près du tonneau dans lequel il vit. L’armée entoure Alexandre, et un chien détail c, au premier plan, est tenu en laisse par un soldat. Une ville avec ses monuments imposants s’élève dans le fond de la composition détail e.
Reliefs tout en subtilité
Les personnages dépassent les limites que Puget donne au marbre par le cadre mouluré. Alexandre et son cheval détail b, le chien détail c, Diogène, son pied et sa main détail d, sculptés en haut-relief, se détachent du fond presque comme une ronde-bosse. Ce relief a été conçu comme un tableau, avec un point de vue unique. L'échelonnement des plans (architecture, draperies, personnages…) crée une perspective claire et donne l'illusion de la profondeur par les lignes de fuite. Le sculpteur a été attentif à réduire progressivement l’épaisseur des personnages et des architectures détail e, et a étudié avec soin les ombres pour accentuer les contrastes de lumière. La narration est claire, le dialogue s’instaure entre la droite et la gauche, le haut et le bas.
Un sculpteur baroque en France
Puget est un artiste un peu en marge de l'art officiel : il ne travaille pas à Paris, il n'est pas sculpteur du roi, il n'appartient pas à l'Académie royale. Originaire de Marseille, il se forme à la charpenterie de marine, devient sculpteur sur bois et peintre. En 1638, il part en Italie et travaille avec le peintre baroque Pierre de Cortone au palais Barberini, puis à Florence au palais Pitti. Il réside à Gênes pendant sept ans, au cours desquels il sculpte plusieurs statues. Il revient en France en 1667 et est engagé à l’arsenal de Toulon comme sculpteur pour la marine royale image 1 image 2. Il avait déjà auparavant été sollicité par la ville comme architecte, notamment pour le portail aux Atlantes de l’hôtel de ville de Toulon image 3 réalisé en 1656-1657. En 1668, il dirige l’atelier de sculpture de l’arsenal de Toulon et poursuit de grands projets d’urbanisme pour Marseille image 4 et Toulon.
Lors de ses voyages en Italie, Puget a vu les œuvres de Michel-Ange et du Bernin. Ses Atlantes ne sont pas sans rappeler l’art de Pierre de Cortone aux palais Barberini image 5 et Pitti image 6. Impressionné par l'art italien du XVIIe siècle traduisant l'émotion, le mouvement, le sentiment parfois violent, il s'imprègne du goût baroque et l'introduit en France. On le surnomme « le Michel-Ange français ». Il s'inspire également de l'Antiquité, et de Bernin (Constantin, Scala Regia).
Inspiré par ce parcours italien baroque, Pierre Puget réussit ici à rendre vivant le dialogue entre les deux personnages. Par l’étude des émotions, il exprime la prééminence de l’intelligence et de la morale de Diogène sur la force et le pouvoir de l’empereur Alexandre. Un souffle dynamique traverse ce marbre, par un jeu virtuose de diagonales et par l’envol des enseignes des soldats. Puge diverge de l'art classique traduisant l'équilibre, le devoir et la raison, si brillamment représenté par Poussin et Le Brun. Il fait surgir dans l'art français la dynamique, le mouvement, et l'expression parfois violente du sentiment qui remplacent les qualités du devoir, de l’équilibre et de la raison.
Puget à Versailles
Artiste indépendant et provincial, Pierre Puget n’a pas participé au grand chantier de Versailles qui marque son siècle. En 1670, il sollicite cependant l’autorisation de Colbert, surintendant des Bâtiments du roi, de sculpter trois blocs de marbre de Carrare délaissés dans l’arsenal de Toulon. Puget choisit ses sujets (Milon de Crotone, L’Enlèvement d’Andromède par Persée image 7, et Alexandre et Diogène image principale) puis envoie des esquisses au ministre, qui les approuve.
Le sculpteur ne livre le marbre de la Rencontre d’Alexandre et de Diogène qu’en 1689. La sculpture est installée au Louvre dans la salle des cent Suisses en 1752, avec la collection des Antiques. En 1807, elle est transportée à Versailles au salon bas de la chapelle (vestibule de la chapelle) jusqu'en 1833 où elle revient au Louvre dans la salle des 100 suisses.
Mots-clés
Marie-Bélisandre Vaulet-Lagnier
Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/rencontre-dalexandre-et-de-diogene
Publié le 26/08/2025
Ressources
La notice de l’œuvre sur le site web du Musée du Louvre
Un article des musées de Marseille sur Pierre Puget
https://musees.marseille.fr/pierre-puget-des-rues-du-panier-la-reconnaissance-publique
Une notice biographique de l’artiste sur le site du château de Versailles
https://www.chateauversailles.fr/decouvrir/histoire/grands-personnages/pierre-puget
Un article de France Inter sur la "Rencontre de Diogène et d’Alexandre le Grand"
Glossaire
Perspective : Technique qui permet de représenter l’espace et les objets avec de la profondeur et des volumes sur une surface plane pour donner l’illusion de la troisième dimension.
Ronde-bosse : Sculpture en trois dimensions, travaillée sur toutes ses faces. Toute statue est une ronde-bosse.