Sacre de l'empereur Napoléon Ier et couronnement de l'impératrice Joséphine David Jacques-Louis

Sacre de l'empereur Napoléon Ier et couronnement de l'impératrice Joséphine

Dimensions

H. : 621 m cm ; L. : 979 cm

Provenance

Technique

Peinture

Matériaux

Huile sur toile

Datation

1806-1807

Lieu de conservation

France, Paris, musée du Louvre

Une page d’histoire ou un instrument politique ?

Cette immense toile image principale, où figurent environ deux cents personnes, a été commandée par Napoléon Ier au peintre Jacques-Louis David. Elle décrit le sacre, c’est-à-dire le couronnement, de l’empereur et de son épouse Joséphine dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804. L’artiste devait également réaliser trois autres tableaux évoquant les différentes étapes de la cérémonie : L’Intronisation, La Distribution des Aigles et L’Arrivée à l’Hôtel de Ville. Il n’en peindra que deux : Le Sacre (musée du Louvre) et La Distribution des Aigles (musée de Versailles). Le tableau du Louvre a été exécuté en deux ans par David, aidé de son élève Georges Rouget. Il raconte l’événement en suivant à la lettre les préconisations de Napoléon, qui n’a pas hésité à bousculer la réalité.

L’artiste et le commanditaire

Lorsqu’il reçoit la commande du Sacre, Jacques-Louis David vient d’être nommé premier peintre de l’Empereur. C’est un artiste célèbre, considéré comme le chef de file du courant néoclassique qu’il a inauguré en 1784 avec Le Serment des Horaces image 1. Durant la Révolution française, David adhère aux idées républicaines et se fait le chantre du nouveau régime. Puis il se rallie à Bonaparte, en qui il voit l’héritier des idées de la Révolution et l’homme d’État providentiel qui redressera la France. Napoléon Bonaparte (1769-1821), général victorieux des guerres de la Révolution, a pris le pouvoir en 1799 après le coup d’État du 18 brumaire (9 novembre). D’abord consul en 1800, il est proclamé empereur des Français par le Sénat en 1804 et devient Napoléon Ier. Napoléon désire établir un régime héréditaire par crainte du retour des Bourbons, la dynastie royale de Louis XVI. Il veut néanmoins créer un lien entre la France contemporaine et son passé monarchique, entre l’idéal républicain et la tradition catholique. En 1801, il signe un concordat avec le pape Pie VII.

Pour son couronnement en 1804, il prévoit une cérémonie religieuse dans la cathédrale de Paris. Napoléon veut rattacher son pouvoir à une légitimité antérieure à celle des rois de France : il établit une filiation symbolique avec l’Empire romain et le règne de Charlemagne. C’est pourquoi il exige la présence du pape à son sacre, en référence à Charlemagne couronné empereur d’Occident par le pape Léon III, à Rome, en l’an 800.

Une mise en scène grandiose

L’intérieur de la cathédrale a été transformé à l’occasion de la cérémonie en temple antique, le style gothique n’étant plus apprécié. Les architectes Percier et Fontaine ont conçu un magnifique décor de piliers en faux marbre, des tribunes pour les spectateurs, des tentures somptueuses. Le motif stylisé de l’abeille, emblème de l’Empire, est omniprésent. Au centre de la composition, Napoléon est debout, de profil, devant le maître-autel image b. Il est costumé en empereur romain : manteau pourpre, couronne de laurier, tunique, sandales. C’est un choix symbolique : il veut être comparé à César, le conquérant, mais aussi à Octave, son petit-neveu. Ce dernier instaure l’Empire romain en 27 av. J.-C. et, devenu Auguste, ramène la paix et l’abondance après les guerres civiles. Les regards de l’assemblée sont dirigés vers la couronne que Napoléon élève au-dessus de la tête de Joséphine, son épouse, agenouillée devant lui image c. Il tourne le dos à l’autel et au pape, dont il a refusé l’intervention pour le couronnement, affirmant ainsi l’indépendance du pouvoir vis-à-vis de la religion catholique. David avait prévu de représenter Napoléon se couronnant lui-même, mais préfèrera le geste plus élégant de l’empereur couronnant Joséphine. Le pape Pie VII image d est assis et fait un geste de bénédiction, le regard absent. Napoléon avait rejeté le premier projet de David qui le représentait les mains posées sur les genoux. Dans un but consensuel, les rites du sacre monarchique ont été conservés : le pape a donné l’onction au couple impérial et béni les regalia. À gauche, on entrevoit les honneurs de Charlemagne, symboles associés au sacre des rois de France à Reims : couronne, main de justice, épée, sceptre de Charles V image e. Au premier plan, sur la droite, les dignitaires Lebrun, Cambacérès et Bertin présentent les honneurs de l’empereur créés pour la circonstance : sceptre surmonté d’une aigle héraldique, main de justice, globe impérial image f.

La propagande par l’image

Le style du tableau est caractéristique du néoclassicisme. Le décor scande la composition et le mouvement des personnages de gauche à droite. Les figures sont alignées en frise, de façon classique, mais le réalisme des visages, l’effet de clair-obscur et le mouvement ascendant vers la droite tempèrent le côté statique. Par rapport à ses œuvres précédentes, plus épurées, David a ajouté une richesse décorative nécessaire pour lui à l’expression du pouvoir politique. Il s’inspire du tableau de Rubens Le Couronnement de Marie de Médicis image 2, mais sans le dynamisme baroque. Les verticales qui scandent la composition expriment la force et la stabilité du nouveau régime. L’élément central est la croix, symbolisant le rôle de la religion comme facteur d’unité. Les personnages, en grandeur réelle, sont ordonnés en groupes distincts suivant leur place dans la société. À gauche, on trouve la famille de l’empereur image g : ses frères Louis et Joseph, ses sœurs Caroline, Pauline et Élisa, ses belles-sœurs Hortense de Beauharnais (tenant par la main de son fils Napoléon Charles) et Julie Clary. Plus près du centre, l’armée image h, qui constitue l’élément primordial dans l’accès au pouvoir de Napoléon, est représentée par les maréchaux. En avant se tient le prince Murat, beau-frère de l’empereur, portant le coussin sur lequel était placée la couronne. À droite, se placent le clergé puis le monde politique composé de ministres, ambassadeurs et dignitaires image i. On distingue en particulier Talleyrand, grand chambellan, et le prince Eugène de Beauharnais, fils de Joséphine. À la demande de Napoléon, David a dû prendre quelques libertés avec la réalité. Au centre du tableau, Letizia Ramolino, la mère de l’empereur, apparaît sur un balcon, semblant présider l’assemblée image j. Elle était en réalité absente, en déplacement à Rome. L’importance donnée dans l’image à Madame Mère ainsi qu’à Joséphine humanise la dimension héroïque de Napoléon, en jouant sur les sentiments. Le peintre, invité à la cérémonie, s’est représenté sur la tribune la plus haute, entouré de sa famille et de ses élèves image k.

Le tableau enthousiasme Napoléon, qui remercie l’artiste d’avoir « pénétré jusqu’au fond de sa pensée ». C’est aussi une consécration pour David, qui a su allier son talent artistique et son engagement politique. Après sa présentation au Salon de 1808, le tableau reste dans l’atelier de David. En 1837, le roi Louis-Philippe l’expose au musée historique du château de Versailles. Lorsqu’à la fin du XIXe siècle, la toile entre au musée du Louvre, celle-ci est remplacée à Versailles par une réplique peinte par David pour une association américaine (1808-1822). Cette peinture peut se lire à la fois comme une œuvre d’histoire et de propagande, et comme un chef-d’œuvre de l’histoire de l’art.

Le Sacre de l’Empereur Napoléon Ier, une vidéo de l'Histoire par l'Image, RMN-Grand Palais/Arte

Ressources

La notice de l’œuvre sur le site du Musée du Louvre

https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010065720

Le Sacre de Napoléon sur le site web de l'Histoire par l'image

https://histoire-image.org/etudes/sacre-napoleon

Le sacre de Napoléon Ier sur le site Histoire des Arts.culture.gouv

https://bit.ly/3KUC1yJ

Glossaire

Sacre : Cérémonie religieuse conférant au souverain un caractère sacré.

Néoclassicisme : Mouvement artistique qui se développe du milieu du XVIIIe au milieu du XIXe siècle. Renouant avec le classicisme du XVIIe siècle, il entend revenir aux modèles hérités de l’Antiquité, redécouverts par l’archéologie naissante. Il se caractérise par une représentation idéalisée des formes mises en valeur par le dessin.

Regalia : Ensemble des instruments emblématiques d’une monarchie, servant lors de la cérémonie du sacre (instruments liturgiques, vêtements, insignes…). La couronne, le sceptre et la main de justice, insignes du pouvoir par excellence, en sont les principaux