Vierge à l’Enfant trônant

Vierge à l'Enfant trônant

Auteur

Dimensions

H. 24 cm ; L. 10 cm

Provenance

Paris

Technique

sculpture

Matériaux

ivoire d'éléphant

Datation

vers 1240-1250

Lieu de conservation

Paris, musée national du Moyen Âge

Une Vierge en ivoire, blanche ou colorée ? L’ivoire, une spécialité de Paris ?

Au Moyen Âge, l'ivoire, fourni par les défenses d'éléphant, correspond à une matière précieuse importée d'Orient à grands frais. Son approvisionnement demeure irrégulier, en période de guerre notamment, lorsque les routes commerciales deviennent impraticables. La production d'objets en ivoire fluctue donc au rythme des conflits. Elle connaît un bel essor au XIIIe siècle sous le règne de Saint Louis (1226-1270). Sollicités par une clientèle raffinée, les ateliers d'imagiers prospèrent à nouveau. Ils fabriquent alors essentiellement des statuettes religieuses comme la Vierge à l'Enfant trônant [ image principale ] conservée au musée de Cluny, à Paris, caractéristique des années 1240-1250.

Une particularité liée à l'ivoire

Comme la plupart des statuettes en ivoire réalisées dans un seul bloc, le groupe apparaît très légèrement incliné sur la droite, du côté de l'enfant. Cette inclinaison provient du matériau lui-même, de la courbure naturelle d'une défense d'éléphant. Dans les statuettes de plus grande taille où la Vierge se tient debout, cette courbure s'accentue plus encore. Les meilleurs artistes du XIIIe siècle ont parfaitement su jouer avec cette contrainte, en imaginant pour la Vierge les cambrures les plus élégantes, comme dans la Vierge à l'Enfant de la Sainte-Chapelle [ image 1 ].

On s'émerveille souvent aujourd'hui de la blancheur de l'ivoire, qui semble parfaitement adaptée pour célébrer la Vierge et sa pureté, mais on oublie que les statuettes étaient parfois recouvertes de peinture et de dorure, comme dans le cas présent.

L'essor du culte marial au Moyen Âge

Sa couronne et sa position solennelle sur un trône désignent la Vierge comme la reine des cieux. Mais elle est aussi représentée comme la mère de Jésus, celle par qui s'accomplit le mystère de l'Incarnation, au cœur de la religion catholique. Elle offre à l'adoration des fidèles son fils qu'elle tient affectueusement sur ses genoux et devient elle-même le trône de gloire du Christ.

Ce type de représentation centré sur la relation de Marie avec son fils n'est pas nouveau. Il s'est d'abord développé dans l'art byzantin à partir du concile d'Éphèse en 431, où Marie est reconnue comme la mère de Dieu. Puis, il se répand en Occident plus tardivement, surtout à partir du XIIe siècle. Il y devient l'un des sujets religieux les plus répandus des derniers siècles du Moyen Âge.

En Occident, cette vénération pour la Vierge coïncide avec le développement de la littérature courtoise qui fait largement honneur à la femme. L'idéal de beauté chanté par les poètes est progressivement adopté par les artistes pour représenter la Vierge : la blondeur des cheveux, la blancheur de la peau, le rouge des joues et des lèvres.

Un naturalisme caractéristique du gothique qui se développe sous le règne de Saint Louis

Avec cette Vierge à l'Enfant trônant, on est bien loin des vierges romanes du XIIe siècle, hiératiques et impassibles, dont les vêtements retombent en plis stylisés et réguliers [ image 2 ]. La Vierge et le Christ adressent en effet au fidèle un sourire qui illumine leur visage et les rend expressifs [ détail b ]. Les étoffes par ailleurs traitées avec un grand naturel mettent en évidence les formes des corps : le manteau de la Vierge retombe sur ses genoux en plis lourds et cassés, tandis que sa robe d'un tissu plus fin adhère à sa poitrine. Un soin particulier est aussi apporté à la représentation des accessoires : la couronne, le bijou sur le col, les cordons qui retiennent le manteau, et surtout la ceinture de cuir [ détail c ].

Il émane de cette statuette une douceur caractéristique du gothique qui s'épanouit à Paris sous le règne de Saint Louis à partir de 1240. Son style doit beaucoup à la grande statuaire contemporaine qui orne les églises. Elle a d'ailleurs vraisemblablement été réalisée à la même époque que les apôtres de la Sainte-Chapelle qui témoignent d'un même souci d'élégance, de naturel et d'expressivité [ image 3 ]. La Vierge à l'Enfant trônant est l'une de ces nombreuses statuettes qui ont fait la réputation des ateliers parisiens dans le travail de l'ivoire. Elle atteste le renouveau qui transforme alors Paris en un foyer artistique qui rayonnera sur toute l'Europe.

Sous la direction de Cécile Maisonneuve

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/vierge-lenfant-tronant

Publié le 22/09/2022

Ressources

Sur la littérature courtoise :

http://expositions.bnf.fr/arthur/arret/06_1.htm

Voir des œuvres similaires au musée de Cluny

http://www.musee-moyenage.fr

Glossaire

Sainte-Chapelle : Chapelle du Palais de l’île de la Cité à Paris, construite à l’initiative de saint Louis (Louis IX) et consacrée en 1348, afin d’abriter les reliques de la Passion du Christ.

Concile : Assemblée d’évêques réunis pour résoudre les questions qui peuvent se poser sur le dogme, la morale ou la discipline ecclésiastique.

Imagier : Nom donné au Moyen Âge aux artistes qui réalisent des images, qu’elles soient sculptées, peintes ou gravées.

Incarnation : Mystère et dogme qui, dans la religion catholique, veut que Dieu se soit fait homme en Jésus-Christ.

Gothique : Style qui se développe à partir du milieu du XIIe siècle jusqu’au début du XVIe siècle dans l’Occident chrétien.

Ivoire : Matière blanche et dure provenant des dents ou des défenses d’animaux (cachalot, mammouth, éléphant…).