Méditerranée Maillol Aristide

Méditerranée

Dimensions

H. 110,5 cm ; L. 117,5 cm ; P. 68,5 cm

Provenance

Technique

Sculpture

Matériaux

Marbre blanc

Datation

entre 1923 et 1927

Lieu de conservation

Paris, musée d’Orsay

Comment atteindre la simplicité en art ? L’œuvre doit-elle représenter, signifier quelque chose ?

Au début de sa carrière, Aristide Maillol se consacre à la peinture image 1. Admis en 1882 à l'École nationale des Beaux-Arts, à Paris, il reçoit l'enseignement du maître académique Alexandre Cabanel, dont il se détourne rapidement.

En effet, très influencé par l'œuvre de Paul Gauguin, Aristide Maillol privilégie d'autres formes d'expression telles que la céramique, la sculpture sur bois et la tapisserie, pour laquelle il crée un atelier en 1895. Il fréquente aussi le groupe des Nabis et se lie d'amitié avec Maurice Denis.

À partir de 1900, l'artiste se consacre exclusivement à la sculpture. Le plâtre de Méditerranée, dit aussi La Pensée image principale, qu'il expose au Salon d'automne de 1905, lui apporte son premier grand succès public et l'impose comme sculpteur. L'œuvre est par la suite déclinée en plusieurs versions : en pierre, en marbre et, après le décès d'Aristide Maillol, en bronze.

Le nu féminin, motif favori d'Aristide Maillol

Après l'avoir représenté habillé, Aristide Maillol s'intéresse au corps féminin dans sa nudité la plus simple, à la recherche d'un idéal où les formes s'épanouissent harmonieusement. Le nu féminin devient ainsi un thème récurrent dans l'œuvre de l'artiste.

La baigneuse, d'abord peinte, tissée puis sculptée, est un motif de prédilection de l'artiste, qui sert de cadre à ses recherches. Mais, avec cette sculpture, Aristide Maillol souhaite aller plus loin et réaliser une œuvre intemporelle, au sujet résolument simple : il choisit de représenter une femme en position assise, repliée sur elle-même, qui semble méditer. L'artiste doit trouver le juste accord entre la flexion du torse, l'inclinaison de la tête, la position des membres, afin que la sculpture s'inscrive dans un cube presque parfait. La femme qu'il représente est ainsi assise, pensive, la main droite en appui sur le sol, une jambe repliée sous l'autre image b un genou relevé vers le buste image c, la tête inclinée vers l'avant, elle rassemble son corps en une masse simplifiée.

Le premier titre de l'œuvre est Jeune fille accroupie. Mais l'artiste précise : « Un jour de belle lumière, elle m'apparut si vivante, si rayonnante […] que je la baptisai Méditerranée. »

Le succès au Salon d'automne de 1905

André Gide écrit dans son compte rendu du Salon d'automne de 1905 : « On vient de voir dans une salle spéciale du rez-de-chaussée d'inégales œuvres de M. Rodin, quelques-unes admirables, chacune pantelante, inquiète, signifiante, pleine de pathétique clameur. On arrive au premier étage, dans cette salle pas très grande au milieu de laquelle repose la grande femme assise de M. Maillol. Elle est belle elle ne signifie rien c'est une œuvre silencieuse. Je crois qu'il faut remonter loin en arrière pour une aussi complète négligence de toute préoccupation étrangère à la simple manifestation de la beauté. »

Octave Mirbeau ajoute, à propos de l'œuvre : « Elle ne rêve pas, n'a jamais rêvé, mais elle vit intensément, normalement, dans la nature dont elle est en quelque sorte le symbole de joie et de santé. »

Ces deux critiques, insistant sur la beauté intérieure qui se dégage de la femme, mettent en évidence la conception novatrice de cette sculpture, bien différente des productions d'alors.

Un retour à l'ordre

Le style de Méditerranée apparaît dépouillé, avec ses formes lisses et harmonieuses. L'œuvre présente une rupture fondamentale avec « la sculpture gesticulante du siècle dernier », comme la qualifie Judith Cladel, notamment celle d'Auguste Rodin. Au travers d'un motif qu'il affectionne, Aristide Maillol cherche à se démarquer. De nombreuses études lui sont nécessaires image 3 pour aboutir à cette simplification qui s'inspire des arts dits primitifs tels que les arts khmer, égyptien et grec archaïque. D'après Maurice Denis, il faut aussi chercher l'origine de ce retour à une forme de classicisme du côté de Paul Cézanne et de Paul Gauguin. Certaines tahitiennes de ce dernier présentent d'ailleurs beaucoup de ressemblances avec Méditerranée image 2.

La générosité d'un mécène

Cette réalisation est liée à la personnalité d'un grand amateur d'art, le comte Harry Kessler. La rencontre de l'artiste avec ce dernier en 1904 inaugure une période fertile.

En visite dans l'atelier d'Aristide Maillol, Harry Kessler remarque un dessin de femme, qu'il commande aussitôt en pierre. Les dimensions étant importantes, le sculpteur en réalise d'abord un modèle en plâtre c'est la naissance de Méditerranée. Le comte Harry Kessler, désormais mécène d'Aristide Maillol, ouvre à l'artiste la voie d'une carrière internationale.

Des versions multiples

À partir de 1910, Aristide Maillol connaît une période de grande notoriété. Il expose aux États-Unis, en Angleterre, en Allemagne, en Suisse. Le collectionneur russe Morozov, à son tour, lui passe commande.

Les formes parfaites de Méditerranée et le succès de l'œuvre au Salon d'automne de 1905 amènent l'artiste à réaliser d'autres versions de cette femme assise. Après les modèles en plâtre et en pierre, Aristide Maillol en sculpte une version en marbre blanc image principale, commandée par l'État français en 1923 pour être placée en 1927 dans le jardin des Tuileries. C'est alors pour le sculpteur la concrétisation d'un souhait, lui qui, dans une lettre, avait écrit : « Qu'on me livre un jardin, et je le peuplerai de statues. » Le modèle en marbre a depuis été déplacé et se trouve aujourd'hui au musée d'Orsay.

La partie du jardin des Tuileries où se trouve la version en bronze qui le remplace image 4, toute proche du Louvre, est un véritable musée-jardin consacré à l'œuvre de l'artiste. Les statues, toutes des figures féminines, scandent les parterres de verdure. Elles sont placées sur des socles plats, conformément aux vœux d'Aristide Maillol, décédé dans un accident de voiture en 1944.

Véronique Duprat-Roumier

Permalien : https://panoramadelart.com/analyse/mediterranee

Publié le 22/09/2022

Glossaire

Néoclassicisme : Mouvement artistique qui se développe du milieu du XVIIIe au milieu du XIXe siècle. Renouant avec le classicisme du XVIIe siècle, il entend revenir aux modèles hérités de l’Antiquité, redécouverts par l’archéologie naissante. Il se caractérise par une représentation idéalisée des formes mises en valeur par le dessin.